« Les excès ne sont pas la règle ! », relève le cardinal Eyt
Paris, 21 novembre 1997 (APIC) L’instruction romaine sur la collaboration des laïcs au ministère des prêtres crée un climat de soupçon, regrette le cardinal Pierre Eyt, archevêque de Bordeaux. Les excès ne sont pas la règle, réagit-il dans un texte publié vendredi dans « La Croix ».
Le cardinal s’inscrit en faux contre l’idée, suggérée par le ton général du document, que, dans certains diocèses, on serait à la recherche d’une pratique « alternative » de l’équilibre des ministères dans l’Eglise. Président de la commission doctrinale de la conférence des évêques de France et membre de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, le cardinal prend note que l’avant-propos du document romain fait état des « avancées » dans le sens d’une responsabilité des laïcs. Lesquelles ne mettent en péril la vocation et la mission des prêtres « que si, par malheur, des frontières étaient volontairement et durablement transgressées ». De tels dysfonctionnements ne pourrait advenir, ajoute-t-il, que si se développait « un esprit de compétition », en perdant de vue « la place sacramentelle, indispensable dans l’Eglise, du ministère ordonné ».
Pas de situations « bloquées »
En France, des applications ont été dégagées par les synodes diocésains pour essayer de faire face à « la légitime aspiration des fidèles aux responsabilités qui leur incombent » et à la diminution rapide du nombre de prêtres, constate le cardinal de Bordeaux. Des dispositions « marquées par la fidélité à l’Eglise, par le respect de la vocation des laïcs, par le souci des vocations sacerdotales et par la préoccupation des conditions de vie concrète des évêques et des prêtres ». Ce dont « partout, les évêques se préoccupent activement et en détail », ajoute-t-il.
« S’il arrive parfois que l’on relève chez des pasteurs et des laïcs un discernement insuffisant, des solutions hâtives ou des comportements ne respectant pas les dispositions habituelles de prudence, de telles situations ne sont pas la règle et ne sont jamais totalement bloquées. « Loin s’en faut », constate Mgr Eyt. Tous les évêques peuvent l’attester, et ils n’ont pas manqué de le faire lors de leurs visites à Rome, « notamment lorsque des courriers zélés ou même malveillants à notre égard nous avaient précédés devant les congrégations romaines ».
Quoi qu’il en soit et « quelle que soit l’autorité » du document, « ce qui risque d’être surtout retenu sert l’impression, certainement non fondée, de défiance envers les fidèles laïcs, envers les prêtres, envers les évêques en charge des diocèses », déplore le cardinal: « le ton général », notamment dans la partie pratique, « semble, qu’on l’ait voulu ou non, accréditer l’idée que les uns et les autres nous serions à la recherche sinon d’une théologie, du moins d’une pratique ’alternative’ de l’équilibre des ministères dans l’Eglise.
Ceci n’est pas vrai, même si « se manifestent face à de réelles situations d’exception des excès ou du moins des interprétations de la règle de l’Eglise qui exigent d’être mieux orientées ».
L’apport du magistère romain
Pour le cardinal, le problème principal que l’instruction laisse ouvert est de savoir qui peut, dans l’urgence, déterminer les situations de nécessité, de manque, d’impossibilité, d’indisponibilité, etc. Il répond: « Ce discernement ne peut revenir effectivement qu’à l’évêque et à ses collaborateurs, parmi lesquels il faut compter les pasteurs des communautés locales où se posent directement ces problèmes. L’apport du magistère romain est essentiel à un tel discernement, mais il ne remplace pas l’appréciation complémentaire des circonstances immédiates. » L’archevêque note que si l’instruction fournit des clarifications dans son exposé des principes théologiques, « elle ne répond pas pour autant à nos questions pratiques, ni pour le présent, ni pour l’avenir immédiat. »
D’où sa conclusion: « Les dispositions pratiques consignées dans l’Instruction exigeront donc de la part des évêques et de tous les destinataires de ce document des commentaires qui, ’a priori’, devront tenter d’exorciser les soupçons que ce texte semble, malgré tout, insinuer. Il faudra complémentairement que soient davantage marqués dans chacun de nos diocèses le souci de la formation de tous au discernement, l’encouragement confiant et, surtout, le bonheur indépassable sur cette terre de coopérer, par sa grâce, à l’oeuvre du Christ, Rédempteur de l’homme. » (apic/cip/cx/mp)
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