Les doutes de Paul VI face à l’»Ostpolitik»
Rome, 25 novembre 1997 (APIC) Le pape Paul VI avait de sérieux doute sur l’»Ostpolitik», témoigne aujourd’hui à Rome celui qui fut son «ministre des Affaires étrangères», le cardinal Agostino Casaroli.
Lors d’une conférence donnée en séance solennelle au Vatican à l’occasion du centenaire de la naissance de Paul VI, Mgr Agostino Casaroli, aujourd’hui âgé de 83 ans, a en effet révélé les doutes de ce pape sur l’»Ostpolitik» – politique de dialogue et d’ouverture de l’Eglise vis-à-vis du bloc communiste – qui était alors pratiquée par le Vatican.
«Un jour, raconte le cardinal Casaroli, le pape m’a dit, comme au terme d’un examen de conscience, que le Saint-Siège ne conduisait pas `une politique de gloire’, selon ses propres termes, vis-à-vis des pays à régimes communistes». L’auto-contrôle que devait s’imposer l’Eglise pour ne pas rendre plus difficile le dialogue commencé avec ces pays, pesait sur le pape. «Sa réaction naturelle et son tempérament l’auraient plutôt porté à déplorer fortement et avec insistance devant le monde […] les injustices et les oppressions dont l’Eglise était victime. Je me permis de lui faire observer, mais Paul VI en était déjà convaincu: le Saint-Siège rendait dans tous les cas un service réellement historique fut-il au prix de grands sacrifices».
De fait, la stratégie à adopter n’était pas facile comme en témoigne le cardinal Casaroli: «Paul VI suivait de près toutes les rencontres avec les gouvernements du monde communiste. Il était tiraillé par le doute et la perplexité. Un phénomène accentué par d’autres conseillers qui mettaient en question l’opportunité, sur le plan ecclésial, d’avancer sur un terrain non seulement difficile mais miné. Il fallait en effet vérifier en permanence, par une critique sévère et dépassionnée, si le bien de l’Eglise et des âmes, conseillait de continuer ou de changer de route».
«En avant avec courage…»
L’examen se concluait par une réponse invariable: «Je dois dire que toujours après un tel questionnement qui prenait en compte, quand c’était possible, la pensée des évêques des pays intéressés, la décision du pape, même au prix d’effort coûteux contre ses réactions naturelles et ses sentiments, fut : en avant avec courage, au Nom du Seigneur ! En avant pour la défense des structures ecclésiastiques légitimes et pour chercher à combler le mieux possible le bien des âmes, en particulier pour les très nombreux catholiques, restés fidèles dans leur coeur, mais en grave danger de déchristianisation».
Une évaluation d’autant plus difficile à mener qu’à l’époque ces régimes s’annonçaient comme éternels: «Dans les années 60-70, observe le cardinal, le monde communiste apparaissait comme un colosse invincible et hors du temps. Ses responsables et ses théoriciens raisonnaient sur des siècles, voire sur des millénaires, et sans limite de temps. Mais un oeil attentif pouvait déjà percevoir les vides croissants et les fissures intérieures qui annonçaient la crise du système (…). La déception des travailleurs qui devait être le nerf et la force du système, la désaffection progressive des jeunes, puis leur opposition étaient autant de signes d’une évolution qui ne paraissait pas proche mais inévitable. (apic/imed/pr)
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