Mgr Tong Hon croit à l’ouverture de Pékin

Hong-Kong: Les craintes n’ont pas été confirmées

Königstein, 25 novembre 1997 (APIC) Avant et au moment du retour de Hong-Kong à la Chine (le 1er juillet dernier), beaucoup ont émis des craintes pour le sort des habitants de l’ancienne colonie britannique. Mgr John Tong Hon, évêque auxiliaire catholique, les rassure: tout se passe bien. «Les gens s’aperçoivent qu’ils peuvent organiser des protestations, voyager librement, que l’Eglise a gardé ses écoles et ses services sociaux et qu’elle peut promouvoir l’évangélisation», a-t-il confié lors d’une visite au secrétariat de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) à Köngistein.

Les craintes portaient entre autres sur la création d’un Bureau des Affaires Religieuses. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’intervention de la part du gouvernement de Hong-Kong, affirme Mgr Tong Hon. Un exemple: Hong-Kong a accueilli du 8 au 16 juillet le Congrès de la Fédération luthérienne mondiale et les trois prélats (dont le cardinal Cassidy) qui composaient la délégation du Saint-Siège sont entrés dans le territoire sans demander de visa. Par ailleurs, il y a dans le gouvernement de Hong-Kong des catholiques fervents, comme le numéro deux, Anson Chan, et le numéro trois, Donald Tsang, secrétaire aux Finances, «qui va à la messe tous les matins».

Ce dernier a confié à l’évêque qu’en quittant Hong-Kong après la cérémonie de rétrocession, Qian Quichen, le Ministre venu de Pékin, l’avait rassuré. «Si nous gardons Hong-Kong tel quel, le gouvernement de Pékin ne nous importunera pas», a ajouté Donald Tsang, qui, depuis, «n’a reçu aucun coup de téléphone du gouvernement de Pékin».

Des gages de liberté

Pax Christi ou Justice et Paix pourront-ils faire des déclarations sans qu’on les accuse d’être des organisations politiques ? Mgr Tong Hon en est persuadé. En mai dernier, il s’est rendu à Pékin avec son évêque, Joseph Zeng, pour entamer un dialogue avec les autorités et ce point a été abordé. Ils ont averti que «cette commission devra de temps en temps se faire entendre, même si parfois, elle dira des choses qui vous déplaisent». «Nous évaluons aussi la situation avec eux, de temps en temps, et nous gardons le contact avec eux et vice-versa. C’est notre principe et notre façon d’agir: nous les informons avant de prendre des initiatives… Jusqu’à présent, la Commission peut toujours faire ce qu’elle veut».

Mgr Tong Hon ne voit pas non plus de problèmes concernant la venue des missionnaires à Hong-Kong, «car c’est garanti par la Constitution»: la loi no 141 autorise l’Eglise de Hong-Kong à conserver ses écoles et à ouvrir des séminaires, à acheter des terrains, à recevoir des missionnaires étrangers, à envoyer ses propres missionnaires à l’extérieur. Désormais, les missionnaires, ceux présents à Hongkong depuis plus de sept ans, peuvent demander le droit de résidence. Responsable pour les visas, Mgr Tong Hon a déjà signé plus de cent requêtes et en général les missionnaires obtiennent ce droit. Ils ont plus de privilèges que sous le gouvernement britannique car, avant, lorsqu’ils avaient obtenu le visa pour séjourner à Hong-Kong, ils n’avaient pas le droit de quitter la ville pour plus d’un an.

Mgr Tong Hon doit avouer «à son grand regret» qu’en ce qui concerne les vocations «la situation est loin d’être idéale». Le séminaire de Hong-Kong compte bien 150 étudiants, mais la plupart sont des laïcs. Il n’y a que 20 séminaristes, dont 8 seulement appartiennent au diocèse. La situation n’est guère meilleure en Chine continentale, avec à peu près 2’000 séminaristes pour plus de 130 diocèses.

Dialogue avec Rome: Pékin reste récalcitrant

Hong-Kong pourra-t-elle servir de pont pour améliorer les relations entre la Chine et le Vatican ? L’évêque admet que ce ne sera guère facile: lors des massacres de Tienanmen (1989), Hong-Kong a été considérée comme une base «contre-révolutionnaire», si bien que Pékin a parfois très peur de Hong-Kong et de son Eglise.

«Les gens doivent comprendre que le gouvernement chinois est encore très récalcitrant lorsqu’il s’agit d’ouvrir un dialogue avec le Saint-Siège, explique Mgr Tong Hon, car il est obnubilé par l’argent et par le développement économique… C’est une erreur, parce que le développement intégral et sain d’un pays inclut le développement moral, que le Vatican peut, à mon avis, offrir à Pékin.

Si le gouvernement de Pékin pouvait comprendre la nécessité de ce développement moral, il s’ouvrirait et désirerait avoir des contacts avec le Vatican. Ce serait bénéfique pour les deux parties». L’évêque s’explique mal cette méfiance multiséculaire, qu’il attribue à «une erreur de jugement», vu que «l’Eglise contribue toujours grandement au bien de la société et du peuple». A Hong-Kong, 25 % des étudiants fréquentent une des 329 écoles gérées par l’Eglise catholique. Même s’il les subventionne, le gouvernement y trouve son compte, dit-il. «Malheureusement, le gouvernement chinois ne s’en est pas réellement rendu compte, déplore-t-il. Je voudrais m’exprimer en termes très critiques pour décrire le gouvernement chinois. Il a une vue très étroite de l’Eglise et c’est pourquoi il en a peur. Sinon, il dirait «Soyez les bienvenus», car l’Eglise est un bien pour la société. Le gouvernement n’y perd rien, bien au contraire.»

«Officiels» et «clandestins»: prudence !

Dans le passé, l’Eglise de Hong-Kong a beaucoup aidé l’Eglise de la Chine continentale et continuera à le faire «prudemment et avec intelligence», affirme Mgr Tong Hon. Cette aide à jusqu’ici été destinée à la formation des séminaristes et des religieuses et à des projets sociaux (creusement de puits, cliniques dans des régions isolées). Aujourd’hui, l’Eglise de Hong-Kong est sollicitée pour l’envoi de prêtres et de religieuses. Cet échange est très enrichissant, car «lorsque nous allons apporter de l’aide en Chine ou simplement les visiter, ils nous apprennent aussi des tas de choses». L’Eglise de Hong-Kong se sent aussi le devoir de contribuer à l’amélioration des relations entre les catholiques «clandestins» et ceux de l’Eglise «officielle» et entre ceux-ci et le gouvernement chinois. Face à ces déchirement «malheureux», il s’agit une fois encore d’agir «très prudemment», en gardant toujours à l’esprit que l’enjeu est la réconciliation.

L’évêque reconnaît que ce n’est pas facile. «Nous devrions être ouverts aux deux parties, dit-il, car ce sont tous nos frères et soeurs et nous devons ouvrir notre coeur et embrasser les deux côtés. La situation ne le permet pas toujours. Mais nous évitons de froisser l’une ou l’autre partie. Parfois nous ne nous rendons pas compte que ce que nous faisons avec les meilleures intentions peut créer des dégâts de l’autre côté. Nous devons être très prudents. Lorsque nous nous rendons en Chine pour aider un côté, nous devons aider aussi l’autre. Si les deux Eglises ne peuvent s’entendre et que par notre aide nous aggravons le conflit, alors notre aide devient dommageable».

Des arrière-pensées politiques

Et la réconciliation entre le gouvernement et l’Eglise de Chine ? «Nous profitons de chaque occasion pour leur dire que I’Eglise clandestine ne cherche pas à le contrarier et qu’elle cherche tout simplement à conserver l’intégrité de sa foi, explique Mgr Tong Hon. (…) Nous devons considérer les réactions et les activités de l’Eglise clandestine du point de vue de la foi. Malheureusement, il y a certaines personnes qui la manipulent pour arriver à leurs buts politiques». L’évêque vise la Fondation Cardinal Kung, basée aux Etats-Unis, qui «n’a pas grand-chose affaire avec le cardinal», qui est «un homme très bon, qui mérite le respect», mais dont le nom a été «monopolisé par son neveu qui a essayé de donner un contexte politique à l’Eglise clandestine», alors que celle-ci «veut uniquement lutter pour les droits humains, pour la liberté et pour la pratique de sa foi».

Selon Mgr Tong Hon, les évêques de Hong-Kong ne désirent pas faire partie d’une Conférence épiscopale chinoise, qui n’a pas été reconnue officiellement par le Saint-Siège, pas plus que «la soi-disant Conférence épiscopale de l’Eglise clandestine». Pékin ne les considère d’ailleurs pas comme des membres de la Conférence épiscopale chinoise et «nous nous en tiendrons donc à la situation existante», précise-t-il.

Une visite du pape ? Patience !

Interrogé sur les chances de voir le pape se rendre en Chine dans un avenir proche, l’évêque pense que la situation va s’améliorer: «Elle sera plus ouverte et plus démocratique, car la Chine devient plus riche grâce à sa réussite économique. La classe moyenne sera plus forte, l’éducation meilleure… Cela transformera la société de l’intérieur et ce défi pourra ouvrir le gouvernement et le pays entier à la démocratie.

De là à envisager une visite du pape… «Récemment, rappelle l’évêque, le Ministre des Affaires étrangères Qian Qichen a dit que, à moins d’une solution au niveau diplomatique et politique, les relations dans le domaine religieux ne pourront être rétablies. La Chine n’a pas encore une idée très claire des aspects religieux. Le gouvernement pense uniquement en termes de développement économique et d’argent. L’heure n’est pas encore venue pour améliorer les relations avec le Vatican. C’est pourquoi il faudra remettre la visite du Pape à plus tard. Il faut du temps.»

L’Eglise de Chine a besoin d’évêques compétents

Mgr Tong Hon s’exprime enfin sur les besoins spécifiques de l’Eglise de Chine. La priorité des priorités est à ses yeux la formation, spécialement des jeunes prêtres. Il y a en Chine quelque 130 évêques, dont l’âge moyen est de 75 ans, et bon nombre mourront dans les dix ans. Il y a un large fossé entre le clergé âgé et les jeunes prêtres, dont la plupart ont été ordonnés ces dix dernières années.

Ces jeunes, qui ont entre 25 et 35 ans, n’ont pas pu reçu une formation adéquate au séminaire. Or certains seront nommés évêques avant d’avoir 40 ans, au fur et à mesure des décès des évêques âgés, à moins de laisser les diocèses vacants. Comme ils n’ont pas reçu une solide formation théologique, spirituelle et administrative, leurs diocèses ne pourront être tenus convenablement si des organisations comme l’»Aide à l’Eglise en Détresse» n’apportent pas leur aide, souligne en conclusion Mgr Tong Hon. (apic/cip/pr)

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