L’Eglise réformée n’a pas assumé sa «fonction prophétique»
Berne, 26 novembre 1997 (APIC) L’Eglise réformée du canton de Berne n’a pas «assumé sa fonction prophétique durant la seconde guerre mondiale. Les autorités ecclésiastiques de cette Eglise n’ont «pris position que de manière timorée contre l’antisémitisme et la persécution des juifs», affirme dans un rapport Hermann Kocher, historien. Qui relève en revanche que l’Eglise réformée bernoise a été active dans la prise en charge pratique des réfugiés.
Même en ce qui concerne la politique envers les réfugiés, le Conseil synodal et le Synode ecclésiastique n’ont pratiquement pas assumé leur «fonction prophétique», peut-on lire dans ce rapport. Selon Hermann Kocher, la consultation des archives du Conseil synodal montre que les autorités ecclésiastiques bernoises ont craint de prendre position publiquement contre le national-socialisme et plus tard contre la guerre. Dans la seconde moitié des années trente, cette retenue a provoqué un conflit entre les autorités ecclésiastiques d’une part, la «Communauté de travail théologique» et la «Société pastorale théologique évangélique» d’autre part.
Suivant l’exemple de «l’Eglise confessante» en Allemagne, les deux groupements admettaient qu’en Allemagne se jouait un conflit fondamental, représentatif aussi pour d’autres Eglises, entre la foi et l’hérésie, ce qui remplissait les conditions pour créer le «status confessionis» contre le national-socialisme. Le Conseil synodal, par contre, mettait en garde, disant que s’immiscer dans la «querelle des Eglises» allemandes pouvait non seulement avoir des conséquences fatales pour les Eglises de là-bas, mais aussi faire éclater l’unité du protestantisme suisse.
Rares prises de position
En décembre 1938 – peu après la «Nuit de Cristal» – le Synode ecclésiastique adopta une «déclaration sur la persécution des juifs» dans laquelle les auteurs de la persécution des juifs n’étaient certes pas évoqués nommément, mais qui désignait la persécution des juifs comme «l’expression d’un esprit qui n’a rien de commun avec l’esprit de Jésus Christ». Selon le rapport Kocher, la théologie qui s’exprime dans la circulaire du Conseil synodal sur la «question juive» datant de 1942 est floue. Par contre, le Conseil synodal s’est prononcé plus clairement à l’occasion de la persécution des juifs de Hongrie en 1944.
Politique envers les réfugiés
Selon le rapport Kocher, en ce qui concerne la politique des réfugiés, le Conseil synodal et le Synode ecclésiastique n’ont guère assumé la «fonction prophétique», ancrée dans la Constitution ecclésiastique, vis-à-vis de l’Etat et de la société. Le travail pratique de l’Eglise réformée bernoise auprès des réfugiés était certes à de nombreux égards comparable à celui d’autres Eglises cantonales.
Sur le plan politique toutefois, les autorités ecclésiastiques de Zurich et de Bâle ont assumé plus clairement qu’à Berne leur «fonction prophétique» face à la politique officielle envers les réfugiés. Une seule fois, en décembre 1938, le Conseil synodal est intervenu auprès du Conseil fédéral en lui demandant d’accorder à des chrétiens d’origine juive une autorisation provisoire de séjour en Suisse.
Travail en faveur des réfugiés
A partir de 1935 déjà, l’Eglise bernoise assuma des responsabilités dans la prise en charge de réfugiés évangéliques – surtout judéo-chrétiens – en créant un Secours de l’Eglise aux réfugiés. A partir de 1940, «l’obole pour les réfugiés» – collecte d’argent dans les paroisses – fut soutenue officiellement par le Conseil synodal. Le Conseil synodal se distança néanmoins publiquement de l’action «places libres» du pasteur zurichois Paul Vogt, qui cherchait à héberger les réfugiés dans des familles. Ce n’est qu’à partir de 1942 que le Conseil synodal décida de s’occuper de réfugiés juifs, car les organisations juives n’étaient pas en mesure d’assumer le flux massif de réfugiés juifs.
Au sein de l’Eglise bernoise, le mouvement des «Croisés» autour de la «mère des réfugiés», Gertrud Kurz, était particulièrement actif auprès des réfugiés. Gertrud Kurz s’est engagée pour la prise en charge de réfugiés aux appartenances religieuses ou politiques les plus diverses et est intervenue auprès des autorités politiques en faveur des persécutés.
Pour le Conseil synodal de l’Eglise réformée bernoise, le rapport sur l’attitude de l’Eglise avant et pendant la deuxième guerre mondiale n’atteindra son but que s’il devient le point de départ d’une réflexion actuelle sur les tendances antisémites et racistes dans l’Eglise et la société. «Il s’agit de trouver, moyennant un véritable dialogue, des formes de cohabitation pacifique avec les membres d’autres religions et traditions». (apic/spp/pr)
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