Plaidoyer pour les populations autochtones

Rome: Synode pour l’Amérique

Rome, 27 novembre 1997 (APIC) Le pape Jean Paul II, qui paraît à tous très « en forme » et très attentif, a applaudi en tapotant sur sa table à une intervention de Harry Lafond, auditeur au Synode sur l’Amérique, qui est intervenu mercredi après-midi en faveur de ses pairs, les populations autochtones du Canada.

Cette intervention a été également saluée par les Pères synodaux. D’autres interventions soulignaient, à travers tout le continent américain, la situation très précaire de ces populations. Les sessions de ces deux jours ont également souligné l’urgence de la mission.

Harry Lafond, complet-veston, certes, mais avec une longue tresse, représente les populations autochtones du Canada. Il est le Chef de la tribu indienne du lac Meskeg dans le Saskatchewan, les « Cri ». Il s’est adressé directement au pape en lui donnant le titre honorifique dans sa langue, de « Grand Papa ».eFormé et engagé, il a expliqué comment la relation entre les Eglises chrétiennes et les peuples aborigènes ont été « troublées ». Il a rappelé les « mea culpa » des différentes Eglises à cet égard. L’impérialisme européen, a-t-il dit, a causé des dommages au niveau de la langue, de la culture, de la spiritualité et de la famille (les jeunes étaient éloignés des familles, considérées comme incapables de donner une éducation adéquate). Il a demandé une révision radicale de la question à l’occasion de l’entrée dans le 3e millénaire, occasion de réconciliation et de partenariat autour de l’Evangile du Christ.

Dans ce sens, il a demandé un nouvel effort d’inculturation, et de prise en compte de la position sociale des « Anciens », les « Elders », dans les tribus et l’Eglise. Ils sont en effet traditionnellement les chefs spirituels. Une quinzaine de diacres permanents ont été ordonnés, mais se pose la question de l’ordination d’hommes mariés, le célibat n’étant pas encore intégré comme une valeur positive.

Le sens communautaire

Mgr Toribio Ticona Porco, de Corocoro en Bolivie, lui-même indien, a pour sa part regretté que le libéralisme impose ses normes à tous, et provoque l’exploitation irrationnelle des richesses naturelles de son pays. Il a souligné l’importance de l’attention pastorale de l’Eglise aux populations indigènes, face à l’offensive des sectes, et préconisé le développement d’un plus grand sens communautaire.

Pour ce qui est de la dimension missionnaire, liée à la question des populations autochtones, de l’inculturation, et de la pauvreté Mgr Rufino Rodriguez Martinez, du Honduras, a souligné l’importance, dans son pays, des « Délégués de la Parole de Dieu », une spécificité qui favorise le dynamisme et l’unité de l’Eglise, explique l’évêque. Cela suppose de mettre en place des programmes de formation continue. Les délégués se retrouvent régulièrement autour de l’Eucharistie. Il a souligné qu’avec la mise en place de 13’000 d’entre eux, le pays a vu les vocations sacerdotales et religieuses augmenter, ainsi qu’une juste promotion de la femme dans l’Eglise. Il a demandé aux Pères synodaux de s’inspirer de ce modèle pastoral.

Le Père. François Lapierre, supérieur général des Missions étrangères du Canada, a de côté plaidé pour une véritable « coopération missionnaire ». Il a souligné que la mission ne va plus seulement du Nord vers le Sud, comme on le pensait traditionnellement, mais aussi du Sud vers le Nord. Il est allé jusqu’à proposer que la prochaine réunion missionnaire d’Amérique latine (le COMLA) qui aura lieu en Argentine en 1998 s’ouvre aux Eglises du nord du continent.

Autres interventions remarquées: celle du cardinal O’Connor (New-York), du cardinal Etchegaray et de Mgr Ireneu Danelon, de Lins, au Brésil, sur la pastorale des jeunes.

Pour ce dernier, les jeunes du Brésil crient leurs besoins dans trois directions. Premièrement la drogue: 25% des jeunes consomment de la cocaïne. Secundo: la marginalisation et l’analphabétisme. A l’époque d’internet, a relevé l’évêque, 15 millions de jeunes de plus de 15 ans sont analphabètes. C’est dire l’urgence de l’éducation de base. Tertio: La formation de responsables jeunes, de « leaders ». Il faut là aussi, a demandé l’évêque, prendre en considération la priorité de l’éducation.

Quant au cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical Justice et Paix, il a affirmé que la question de l’allègement ou de la remise de la dette internationale est l’une des priorités de l’action de son dicastère. La question devrait être reprise demain dans la > finale.

Demain, on entendra les cinq dernières interventions, ce qui portera leur nombre à 205, sur 233 évêques (car ils ne sont pas tenus de tous prendre la parole). Puis viendra la très importante > finale de cette première partie du Synode, préparée sous la direction du cardinal Juan Sandoval Iniguez, du Brésil. On sait déjà que ce document rassemblera les interventions autour des trois grands thèmes du Synode: Conversion, communion et solidarité. (apic/imed/pr)

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