Des pierres d’attentes ou des leviers pour la sauvegarde de la création existent effectivement dans les différentes traditions religieuses. D’origine indienne, le Professeur Anand Nayak, de l’Institut de missiologie et science des religions de l’Université de Fribourg, estime que dans l’hindouisme par ex., « religion de la nature verdoyante et de l’eau – et pas religion du désert comme le judaïsme ou l’islam », il y a pourtant loin de la coupe aux lèvres. Même si le Gange est considéré comme la « mère de tous les fleuves » et que le symbolisme de l’eau est très fort dans l’hindouisme, le passage du champ spirituel à la réalité concrète et pratique a du mal à se faire.
Cela s’explique d’une part par le fait que les responsables qui mettent en œuvre les politiques de développement ont des structures mentales marquées par l’héritage du colonialisme occidental. Par ailleurs, les personnes responsables de la pensée religieuse n’ont pas fait l’effort de réfléchir la religion par rapport aux problèmes concrets des gens et leur vie matérielle. Pour un développement durable, il est absolument essentiel aujourd’hui, dans le contexte de la rencontre des religions et des cultures, non seulement de se concerter sur le dialogue interreligieux en tant que tel, mais aussi et surtout sur les problèmes réels de l’être humain. « C’est dans ce sens là, dans le domaine pratique, qu’il y aura un avenir pour le dialogue entre les religions ». Le Professeur Nayak constate, en accord avec Hans Küng, la nécessité d’une éthique globale et planétaire, appliquée concrètement à la sauvegarde de la création. JB
Pour le théologien protestant Lukas Vischer, ne pas remplacer la réalité par le symbole
Le Professeur de théologie Lukas Vischer, de l’Université de Berne, ancien directeur de la Commission « Foi et Constitution » du Conseil œcuménique des Eglises, salue la conception du Symposium de Klingenthal: d’abord la présentation de cas concrets concernant la gestion et les problèmes de l’eau à travers le monde, puis le symbolisme de l’eau dans les religions.
« Je pense qu’il est très important pour les religions qu’au-delà des déclarations d’intention, elles deviennent concrètes dans leur engagement pour la sauvegarde de l’environnement ». Il s’agit de chercher des pistes pour l’action, estime le théologien protestant. Et de considérer que les symboles présents dans toutes les religions, « un véritable trésor », sont une force que l’on peut mobiliser.
Le professeur Vischer tient toutefois à relever une ambiguïté toujours présente: « Les religions ont la tentation de remplacer la réalité par le symbole ». Il y a d’une certaine façon un double langage aussi chez les chrétiens, quand ils s’émerveillent de ce que le christianisme dit de la création, mais ne le traduisent pas dans les faits. A l’instar de certaines prises de position catholiques très claires, c’est également pour le théologien protestant un grave péché contre le Créateur que de porter atteinte à la création. Face aux pollutions qui menacent la survie de la planète et les conflits qui risquent de surgir en raison de la pénurie d’eau, Lukas Vischer insiste: « Il est urgent d’agir! ». JB
Conflit autour de la nappe phréatique palestinienne: des propositions pour la paix
La crise de l’eau dans les territoires palestiniens révèle un potentiel de conflit extrêmement dangereux, mais en même temps une possibilité d’ancrer la paix par une résolution du problème qui privilégie un partage « raisonnable et équitable », selon deux intervenants, Juif et Palestinien, qui ont dialogué à Klingenthal. Norbert Lipszyc, président de la section française de la Société pour la protection de la nature en Israël (Paris) a présenté la proposition d’un groupe de travail israélo-palestinien, rédigée par le professeur Hillel I. Shuval, de l’Université hébraïque de Jérusalem.
L’eau viendra de toute façon à manquer pour tous, même si Israël cessait de prélever la majeure partie de l’eau disponible dans la nappe phréatique palestinienne (un Israélien consomme quatre fois plus d’eau qu’un Palestinien; l’Accord d’Oslo II signé à Washington le 28 septembre 1995 n’attribue que 18 % des réserves aquifères de Cisjordanie aux Palestiniens contre 82 % aux Israéliens). Le projet propose donc un partage de l’eau équitable, qui fasse la part égale aux deux peuples. Il s’agit d’investir dans des projets de dessalement de l’eau de mer pour la partie manquante, tout en poussant au maximum le recyclage de l’eau et l’utilisation des ressources renouvelables.
Pour N. Lipszyc, Israël a intérêt à ce que les Palestiniens aient de l’eau en suffisance, sur la base d’une égalité de traitement avec les Israéliens. « Je suis persuadé dans ce cas là que l’eau ne sera pas un obstacle à la paix entre Israéliens et Palestiniens, je dirais même que ce genre de projet, s’il peut être mis en œuvre, pourrait contribuer à la solution politique du problème et à la garantie de sa durée dans le futur ». De nombreux secteurs de la population israélienne soutiennent cette idée, affirme-t-il.
Favorable à un tel projet, pas encore popularisé auprès des Palestiniens, Abdellatif Mohammed, directeur du Comité d’entraide agricole palestinienne PARC, à Ramallah, a rappelé la situation actuelle: « Les droits des Palestiniens en eau ne sont pas encore reconnus par les Israéliens; nous ne pouvons consommer que 17% des ressources en eau situées sur leur territoire, nos droits comme riverains du Jourdain ne sont pas reconnus. La consommation domestique d’eau en Cisjordanie et à Gaza est de 34m3 par an et par habitant, contre trois fois plus pour les Israéliens, qui contrôlent l’eau ». De plus, étant donné l’interdiction israélienne de forer de nouveaux puits depuis 30 ans, date de l’occupation des territoires palestiniens, la quantitéé disponible est restée stable malgré le fort accroissement de la population et l’afflux massif de réfugiés. La consommation par tête a donc dramatiquement reculé, alors que les colons juifs installés sur les territoires palestiniens ont, eux, accès à l’eau et sont de grands consommateurs. La résolution du problème de l’eau sur la base de l’équité sera donc cruciale pour ancrer la paix dans le long terme, estime le directeur du PARC, qui travaille sur des projets d’irrigation économe en eau. JB
Précision: Dans la nouvelle APIC 331 sur l’ouverture du 2ème Symposium de Klingenthal, une erreur de transcription d’un rédacteur a altéré le sens de la correspondance envoyée depuis Klingenthal. La phrase en cause: « les signataires, dont également des représentants des courants rationalistes (et non nationalistes, comme recopié par erreur) et universalistes, ont très rapidement constaté les convergences fondamentales quant aux objectifs à atteindre, en dépit des traditions et sensibilités distinctes. Une ligne a d’utre part « sauté »: Ces Symposiums ( …) sont fortement soutenus par la Fondation Johann Wolfgang von Goethe (Bâle), etc. Avec toutes nos excuses pour ces erreurs regrettables. (apic/ba)
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