Evangile de dimanche: Passage vers la lumière

Vous connaissez peut-être la fable de Jean de la Fontaine: le rat et l’huître. Un rat «de peu de cervelle» abandonne son trou pour courir le pays. De loin, affamé, il découvre et savoure déjà comme sa victuaille une huître ouverte, «bâillant au soleil», blanche, grasse et de bon goût. «Le rat plein de belle espérance approche de l’écaille, allonge un peu le cou, se sent pris comme aux lacs; car l’huître tout d’un coup se referme, et voilà ce que fait l’ignorance.» Tel est pris qui croyait prendre! Ainsi s’achève la fable.

D’une certaine manière, l’Evangile de ce dimanche pourrait emprunter la même conclusion. Cet aveugle-né, guéri par Jésus, rend curieux les gens qui le connaissent. «Est-ce vraiment lui?» se disent-ils. Traqué par les pharisiens, il fait l’objet d’une enquête serrée, sans concession. D’ailleurs, c’est Jésus qui est sujet de l’enquête. Qui est-il vraiment? Que t’a-t-il dit? Qu’a-t-il fait? En plus, un jour de sabbat! Le miraculé est impressionnant. Ses réponses sont d’une liberté évidente. Il parle en toute transparence. Libre comme le vent.

Le quiproquo pourtant est de taille: qui sont les vrais aveugles? Celui qui était aveugle et qui voit désormais ou ceux qui, enfermés dans leurs certitudes, sont empêchés de voir? Lui, l’aveugle-né dont nous ne savons pas le nom, va découvrir en Jésus non seulement celui qui l’a guéri, mais, à la question du Seigneur, il proclamera sa foi en lui comme Fils de Dieu. Cet anonyme devient croyant et nous entraîne sur le chemin vers Pâques pour qu’à notre tour, guéris de notre mal, nous puissions voir comme lui Celui qui est vivant.

«L’aveugle-né est un guide formidable. Il est témoin de ce que Jésus réalise aussi pour nous.»

Ce n’est pas de voir qui donne de croire. Beaucoup demande à voir pour croire. «Ah, si je pouvais voir ceci, cela, j’arriverais à croire!» Or, c’est le contraire qui se révèle ici. Quand je crois, je vois. C’est de croire qui donne de voir le Réel. La pensée de St Ignace de Loyola est traversée par cette expérience: «Voir Dieu en toutes choses. C’est dire l’élan de la foi et sa puissance de vie.

L’aveugle-né est un guide formidable. Il est témoin de ce que Jésus réalise aussi pour nous. Notre cécité conditionne si souvent notre manière de croire. Parfois même, elle nous empêche d’aller plus loin et de grandir dans la foi comme si nous pouvions nous satisfaire de ce que l’on sait de Dieu, de Sa Parole, de l’Église etc…

Le temps du Carême est le temps favorable pour dessiller nos yeux et ajuster nos regards à la Bonne Nouvelle. La Parole de Dieu est agissante. Elle libère nos vies de tout ce qui entrave notre marche vers Pâques. Cette lumière pascale nous donne de voir dans l’espérance l’accomplissement de l’histoire dans l’Unique Amour. A la manière des nombreux témoins de Dieu qui jalonnent l’histoire, comme eux qui voyaient l’Invisible, laissons le Christ nous toucher comme il le fit pour l’aveugle-né. Ce geste unique et singulier donne à voir les merveilles de Dieu.

Bernard Miserez | Vendredi 17 mars 2023


Jn 9, 1-41

En ce temps-là,
en sortant du Temple,
    Jésus vit sur son passage
un homme aveugle de naissance.
    Ses disciples l’interrogèrent :
« Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents,
pour qu’il soit né aveugle ? »
    Jésus répondit :
« Ni lui, ni ses parents n’ont péché.
Mais c’était pour que les œuvres de Dieu
se manifestent en lui.
    Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé,
tant qu’il fait jour ;
la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.
    Aussi longtemps que je suis dans le monde,
je suis la lumière du monde. »
    Cela dit, il cracha à terre
et, avec la salive, il fit de la boue ;
puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
    et lui dit :
« Va te laver à la piscine de Siloé »
– ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ;
quand il revint, il voyait.

    Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant
– car il était mendiant –
dirent alors :
« N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
    Les uns disaient :
« C’est lui. »
Les autres disaient :
« Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui disait :
« C’est bien moi. »
    Et on lui demandait :
« Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
    Il répondit :
« L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue,
il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit :
›Va à Siloé et lave-toi.’
J’y suis donc allé et je me suis lavé ;
alors, j’ai vu. »
    Ils lui dirent :
« Et lui, où est-il ? »
Il répondit :
« Je ne sais pas. »

    On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
    Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue
et lui avait ouvert les yeux.
    À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir.
Il leur répondit :
« Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé,
et je vois. »
    Parmi les pharisiens, certains disaient :
« Cet homme-là n’est pas de Dieu,
puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »
D’autres disaient :
« Comment un homme pécheur
peut-il accomplir des signes pareils ? »
Ainsi donc ils étaient divisés.
    Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
« Et toi, que dis-tu de lui,
puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit :
« C’est un prophète. »
    Or, les Juifs ne voulaient pas croire
que cet homme avait été aveugle
et que maintenant il pouvait voir.
C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
    et leur demandèrent :
« Cet homme est bien votre fils,
et vous dites qu’il est né aveugle ?
Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
    Les parents répondirent :
« Nous savons bien que c’est notre fils,
et qu’il est né aveugle.
    Mais comment peut-il voir maintenant,
nous ne le savons pas ;
et qui lui a ouvert les yeux,
nous ne le savons pas non plus.
Interrogez-le,
il est assez grand pour s’expliquer. »
    Ses parents parlaient ainsi
parce qu’ils avaient peur des Juifs.
En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord
pour exclure de leurs assemblées
tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.
    Voilà pourquoi les parents avaient dit :
« Il est assez grand, interrogez-le ! »

    Pour la seconde fois,
les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle,
et ils lui dirent :
« Rends gloire à Dieu !
Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
    Il répondit :
« Est-ce un pécheur ?
Je n’en sais rien.
Mais il y a une chose que je sais :
j’étais aveugle, et à présent je vois. »
    Ils lui dirent alors :
« Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
    Il leur répondit :
« Je vous l’ai déjà dit,
et vous n’avez pas écouté.
Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ?
Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
    Ils se mirent à l’injurier :
« C’est toi qui es son disciple ;
nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
    Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ;
mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
    L’homme leur répondit :
« Voilà bien ce qui est étonnant !
Vous ne savez pas d’où il est,
et pourtant il m’a ouvert les yeux.
    Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs,
mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
    Jamais encore on n’avait entendu dire
que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
    Si lui n’était pas de Dieu,
il ne pourrait rien faire. »
    Ils répliquèrent :
« Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance,
et tu nous fais la leçon ? »
Et ils le jetèrent dehors.

    Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors.
Il le retrouva et lui dit :
« Crois-tu au Fils de l’homme ? »
    Il répondit :
« Et qui est-il, Seigneur,
pour que je croie en lui ? »
    Jésus lui dit :
« Tu le vois,
et c’est lui qui te parle. »
    Il dit :
« Je crois, Seigneur ! »
Et il se prosterna devant lui.

    Jésus dit alors :
« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement :
que ceux qui ne voient pas
puissent voir,
et que ceux qui voient
deviennent aveugles. »
    Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui
entendirent ces paroles et lui dirent :
« Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
    Jésus leur répondit :
« Si vous étiez aveugles,
vous n’auriez pas de péché ;
mais du moment que vous dites : ›Nous voyons !’,
votre péché demeure. »

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