Brésil: Le pape prend la défense des enfants victimes de la désintégration des familles

« Le crime abominable de l’avortement, honte de l’humanité »

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

Rio de Janeiro, 5 octobre 1997 (APIC) « Je voudrais encore une foi lancer un cri d’espérance et de libération ». Interpellant les quelque 160’000 personnes rassemblées samedi à Rio de Janeiro dans ce mythique temple du football qu’est le stade de Maracana, le plus grand du monde, Jean Paul II a lancé un plaidoyer d’une rare vigueur en faveur de la famille. Il a également dénoncé une nouvelle fois « le crime abominable de l’avortement », qu’il a qualifié de « honte de l’humanité ».

Cette cérémonie marquait le premier acte de la « Journée Mondiale des Familles » dont le point d’orgue était la messe en plein air du dimanche 6 octobre où près de deux millions de personnes étaient attendues.

Dans son discours, Jean Paul II a tout d’abord voulu s’opposer au pessimisme ambiant. « On diffuse aujourd’hui un faux message sur un bonheur impossible et inconsistant. Il porte en lui désolation et amertume. Le bonheur ne se trouve pas sur les voies de la liberté sans vérité. En effet, cette voie est celle de l’égoïsme irresponsable qui désagrège les familles et la société. Non, ce n’est pas vrai, les époux ne sont pas des esclaves condamnés à leur propre fragilité et qui ne pourraient pas rester fidèles au don total d’eux-mêmes jusqu’à la mort ! » En effet, ajoute le pape en s’adressant aux couples, « le Seigneur (…) fait que votre union ne court pas le risque de la trahison qui prive de dignité et du bonheur, et qui introduit division et amertume dans le foyer. En définitive, ce sont les enfants qui en sont les principales victimes. »

C’est dans ce contexte que le pape a voulu pousser « un cri d’espérance et de libération » pour les familles, précisant aussitôt : « Familles d’Amérique Latine et du monde entier, ne vous laissez pas séduire par ce message mensonger qui avilit les peuples (…) qui fait retomber tant de souffrances et de malheurs sur les enfants. »

Des lois justes qui protègent la famille

Ainsi Jean Paul II a-t-il appelé à prendre vraiment en main la cause de la famille: « Nous avons besoin de lutter pour cette cause afin d’assurer votre bonheur et le futur de la famille humaine.(…) Je lance une invitation à tous ceux qui se regroupent pour l’édification d’une société nouvelle où règne la civilisation de l’amour: défendez vos familles comme un don précieux et irremplaçable; protégez-les par des lois justes qui combattent la misère et la plaie du chômage. Des lois qui permettent aux parents d’accomplir leur mission jusqu’à son terme. Comment des jeunes peuvent-ils créer une famille s’ils ne disposent pas des moyens pour subvenir à ses besoins ? La misère détruit la famille, empêche l’accès à la culture et à l’instruction de base, corrompt les coutumes et mine à sa base la santé des jeunes et des adultes. Aidez-les ! Votre futur en dépend. »

Du coup, Jean Paul II appelle à un examen de conscience sur la famille : « Il existe dans l’histoire moderne, toute une série de phénomènes sociaux qui invitent à faire un examen de conscience sur la famille. Dans de nombreux cas il faut reconnaître que des erreurs ont été commises. Comment ne pas dénoncer ces comportements, motivés par l’avidité et l’irresponsabilité ? Ils portent à traiter des êtres humains comme de simples choses ou comme des instruments de plaisir éphémères et vides. Comment ne pas réagir au manque de respect, à la pornographie, et à toutes sortes d’instrumentalisations, dont souvent les enfants paient le prix le plus élevé. »

Il conclut par une série d’avertissements : « Les sociétés qui se désintéressent de l’enfance ne sont pas humaines. Elles sont irresponsables. Les foyers qui n’éduquent pas intégralement leurs propres enfants, et qui les abandonnent commettent une très grave injustice dont ils devront rendre compte devant le tribunal de Dieu. Je sais toutefois, dans ces situations qui les dépassent, que de très nombreuses familles sont des victimes. Mais dans de tels cas, il importe de faire appel à la solidarité de tous. Ce sont en effet les enfants qui finissent par être les victimes de toutes les formes de pauvreté: celle de la misère économique, et surtout celle de la misère morale (…) ».

Citant l’exemple de construction de « cités des enfants » déjà réalisées par l’Eglise pour accueillir les enfants abandonnés au Rwanda et à Salvador de Bahia (Brésil), le pape a observé: « Cet effort porte en lui un message et une invitation adressée au monde entier : accueillez vos enfants dans un amour responsable; défendez-les comme un don de Dieu, dès le moment où ils sont conçus (…); que le crime abominable de l’avortement, honte de l’humanité, ne condamne pas les embryons à la plus injuste des exécutions, celle des êtres humains les plus innocents ! »

Une grandiose fête de la famille

Avant ce discours très applaudi, une fête de la famille avec des chants, des danses, de la musique, soulignée par d’imposants jeux de lumière, s’est déroulée sous les yeux d’un pape visiblement ravi. Entre ces tableaux une série d’une dizaine de témoignages ont été insérés (sur dix neuf prévus faute de temps).

Parmi eux, un grand moment d’émotion quand Simon-Pierre, un jeune indien handicapé sur un fauteuil roulant, a dit sa joie d’avoir été accueilli dans une famille « où il se sent aimé et respecté ». Cette famille d’accueil belge est peu ordinaire puisqu’elle compte 19 enfants. Les parents, Paul Marie et Christiane Boldo, en ont adopté 10, dont plusieurs handicapés. Autre moment intense, quand la fille de Gianna Beretta Molla, béatifiée par le pape en avril 1994, a dit un merci publique à sa mère qui s’est sacrifiée pour lui donner la vie.

Très souriante, cette famille espagnole: Miguel Angel et Chari Raposo Gordillo racontent leur difficulté à donner 42 biberons en 24 heures ! Ne pouvant pas avoir d’enfant, Chari a subi un traitement aboutissant à une grossesse de huit embryons. Refusant d’en supprimer plus de la moitié comme les médecins le recommandaient, tous ont été portés à terme, sauf deux qui n’ont pas survécu. D’où la naissance de sextuplés.

Dans un autre registre, Kevin Andrews, membre du Parlement fédéral australien, a raconté comment il avait obtenu l’annulation de la loi permettant l’euthanasie, qui fut votée dans un premier temps par le Parlement du Territoire du Nord: « Pour nous, conclut-il, cela a été la confirmation que le sens du désespoir qui prévaut dans la société contemporaine peut être vaincu par la bonté, la prière et la persévérance ». L’exemple a été également donné de centres italiens et mexicains, qui accueillent les bébés de femmes qui auraient souhaité avorter. 38’000 enfants ont été ainsi « sauvés de l’avortement » en Italie et 15’430 « femmes en difficultés » ont été aidées à Mexico.

Cette soirée oscillant entre la fête, le sérieux des discours, et une confusion plutôt sympathique, s’est terminée par une improvisation du pape en portugais à partir de l’architecture de la ville de Rio: »Architecture où se mêle l’architecture humaine et divine. Il est en de même dans la famille, où « Amour et Responsabilité » (titre d’un ouvrage écrit par Karol Wojtyla), sont deux architectures qui s’entrecroisent et qui me paraissent nécessaire pour former le mariage et la famille ».

Heureux de soutenir les familles, étonnant de forme malgré sa difficulté à se déplacer, Jean Paul II a quitté le stade en faisant tournoyer sa canne au pommeau d’argent, à la manière de Charlie Chaplin… (apic/jmg/imedia/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/bresil-le-pape-prend-la-defense-des-enfants-victimes-de-la-desintegration-des-familles/