Sénégal: Appel du cardinal Thiandoum pour l’arrêt des hostilités en Casamance
De notre correspondant à Dakar Ibrahima Cissé
Dakar, 6 octobre 1997 (APIC) Le cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar, a lancé dimanche un appel à l’arrêt des hostilités en Casamance (région du Sud du Sénégal), estimant qu’il faut préférer «la paix par le dialogue à la violence des armes». Depuis juillet dernier, les forces indépendantistes ont fait plus de 200 morts, civils et militaires confondus.
Le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), créé par le prêtre catholique Diamacoune Senghor, réclame l’indépendance de la Casamance depuis décembre 1982. La semaine dernière, un hebdomadaire sénégalais «Le Témoin», avait laissé entendre que l’abbé Diacamoune Sanghor bénéficiait de sympathies de milieux d’Eglise, notamment à Ziguinchor.
Le cardinal Thiandoum, qui présidait dimanche l’ouverture de l’année pastorale, a cependant souligné avec force, dans son appel, l’importance de ne pas admettre «la partition du territoire ni de mettre en péril l’unité nationale». Selon lui, tout le monde parle de la crise de Casamance avec «des variantes, des variations, des contradictions et des suppositions».
Grande offensive de l’armée gouvernementale
L’appel à la paix de l’archevêque de Dakar coïncide avec le lancement par l’armée gouvernementale d’une grande offensive contre des positions rebelles. Plus de 3’000 soldats participent à cette opération sans précédent depuis 1995, au lendemain de la disparition de quatre touristes français dans la région, dont on est toujours sans nouvelles.
Selon un bilan fourni dimanche par l’Etat-Major de l’armée sénégalaise, 22 rebelles et deux soldats ont été tués. De nombreux blessés sont aussi dénombrés parmi les forces officielles. Deux grandes bases militaires des rebelles auraient été détruites. Les troupes sénégalaises ont exprimé le mois dernier leur volonté de raser tous les camps rebelles identifiés de longue date, mais pour le moment intouchables, du fait d’un cessez-le-feu unilatéral proclamé par le fondateur du MFDC, en décembre 1995. Des renforts en hommes et en matériel ont été acheminés dans la région. Les militaires emploient des armes de destruction massive, dont l’artillerie lourde à longue portée. Avec des obus à charge creuse ou explosant en altitude. Des méthodes qui avaient autrefois été critiquées, à cause des dégâts qu’elles provoquent sur la faune et la flore. Critiquées aussi du fait des atteintes à l’intégrité de la Guinée-Bissau, pays voisin, quand des obus passent la frontière.
L’opération militaire de grande envergure en Casamance fait suite à la multiplication des actes de violence attribués aux forces sécessionnistes qui ont mis fin progressivement à l’accalmie depuis l’appel au cessez-le feu de l’abbé Diacamoune Senghor. Les troubles ont repris au début de cette année, atteignant un point de non retour en août dernier, avec l’assassinat d’un groupe de 25 soldats sénégalais, dont des officiers par les rebelles du MFDC. Depuis lors, plus de 200 civils et militaires ont été tués en attaques et contre-attaques.
Des observateurs politiques estiment que le gouvernement sénégalais et les séparatistes n’ont pas su mettre à profit la période d’accalmie pour entamer des négociations. Cela vient d’une part des divisions au sein du mouvement séparatiste, entre opposants et adversaires d’un dialogue avec le gouvernement, ainsi que sur le lieu des négociations.
Médiation de la communauté de Sant’ Egidio
Pour essayer d’engager un dialogue, la communauté de Sant’Egidio qui était intervenue avec succès dans le règlement de la guerre civile au Mozambique, a apporté un appui «limité et discret» au MFDC. Ce soutien avait pour but de permettre à la direction du mouvement indépendantiste de se concerter avec son aile extérieure pour harmoniser leur position avant de faire une négociation sérieuse avec le gouvernement sénégalais. Le MFDC avait fait une demande formelle auprès de la communauté Sant’Egidio pour accueillir les négociations. Un membre de la communauté Sant’Egidio, le Père Ricardo Camelio, a déclaré au début de l’année au quotidien sénégalais «L’Aurore» que sa communauté était «disponible pour abriter une telle rencontre». (apic/ic/ba)
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