Rome: Quatre nouveaux synodes particuliers avant l’an 2000
Madrid, 6 octobre 1997 (APIC) L’institution synodale, née dans la foulée du Concile pour décentraliser, n’est-elle pas trop « romanisée » ? Deux mois pour réagir à un document de travail mis au point à Rome, est-ce suffisant pour jouer le jeu de la participation ? Le Synode n’est-il pas acculé à approuver ce qui a été décidé préalablement dans les hautes sphères de la curie? A la veille du « Synode des Amériques », qu’ont précédé et que suivront d’autres synodes particuliers, l’hebdomadaire catholique espagnol « Vida Nueva » a donné la parole à Antonio Pelayo, vaticaniste en poste à Rome depuis 25 ans. Il ne cache pas ses appréhensions.
La « machinerie synodale », dirigée avec une « efficacité prussienne » par le cardinal belge Jan Schotte, est « imparable », écrit A. Pelayo, et on se trouve, « presque sans s’en rendre compte », aux portes de l’assemblée spéciale pour l’Amérique du Synode des évêques, qui aura lieu à Rome du 16 novembre au 14 décembre. Et, selon les indications de la lettre de Jean-Paul II « Tertio millenio adveniente » (A l’aube du troisième millénaire), des assemblées séparées pour l’Asie, l’Océanie et, pour la deuxième fois, l’Europe, sont prévues avant l’an 2000.
Interventionnisme
Pour le journaliste espagnol, une première observation s’impose après l’expérience des synodes précédents, « qui n’ont pas suscité des enthousiasmes extraordinaires par leurs résultats et par leur force de mobilisation ». La critique la plus fréquente est que l’institution synodale, née dans le mouvement du Concile, pour décentraliser les responsabilités pastorales des Eglises locales, s’est trop « romanisée », en raison d’un « interventionnisme excessif » du secrétariat général, « qui fait et défait, sans accorder un jeu authentique aux voix plurielles qui existent dans l’Eglise ».
« Bien entendu, écrit A. Pelayo, on garde les apparences et on respecte la lettre des règlements, mais les points de vue centralistes continuent de prévaloir dans la sélection des personnes qui vont occuper les postes clés et qui peuvent influencer la marche des travaux. Bref, comme l’admettait devant moi un père synodal de longue expérience, on obtient que le Synode finisse par approuver ce qui a été déjà décidé préalablement dans les hautes sphères de la curie. »
Experts domestiqués
L’inquiétude face à cet état de choses augmente devant « l’inflation » des assemblées synodales annoncées, affirme le vaticaniste. Si, d’un côté, on reconnaît que le cardinal Schotte, avec une équipe réduite de collaborateurs, est capable d’accomplir rigoureusement le calendrier des réunions préalables et les rythmes préparatoires des documents de travail, il « devient aussi de plus en plus évident que le pluralisme légitime qui règne aujourd’hui au sein des Eglises locales disparaît, écrasé par le rouleau compresseur des experts domestiqués et des hommes de la plus grande confiance de Rome dans les différents continents ».
Selon Antonio Pelayo, ce climat peu encourageant paraît régner dans de larges secteurs des Eglises d’Amérique avant l’Assemblée spéciale du Synode consacré au « continent de l’espérance », et la récente publication du document de travail (« Instrumentum laboris ») de l’assemblée a confirmé les appréhensions. Tout d’abord, deux mois semblent une période de temps trop courte pour étudier en profondeur un texte aussi complexe et articulé, estime Pelayo: « Sera-t-il possible aux épiscopats, aux familles religieuses, aux mouvements apostoliques, aux communautés de base, à tous ceux qui sont directement concernés de l’analyser, le critiquer, le compléter avec des apports originaux ? Est-il imaginable […] que s’élèvent des vois alternatives, des positions à partir d’autres points de vue, des corrections des lignes de fond? ou tout va-t-il se réduire à des retouches de détail, à des corrections de style, à des suggestions sur des points mineurs ? ».
Et la théologie de la libération ?
A. Pelayo a du « s’accrocher » pour lire la cinquantaine de 50 pages du document de travail intitulé « Rencontre avec Jésus-Christ vivant, chemin pour la conversion, la communion et la solidarité en Amérique ». Il ne cache pas sa déception. Même s’il n’est pas expert sur « une problématique aussi complexe que le moment pastoral de l’Eglise dans un continent très vaste et avec des disparités aussi abyssales entre le Nord et le Sud », mais simplement « un informateur qui suit l’actualité de l’Eglise depuis un quart de siècle », il s’étonne qu’il y soit fort peu question de la théologie de la libération. Cela ne fera-t-il pas naître le soupçon, demande-t-il, qu’un document aussi ample n’y consacre « qu’un espace minime, presque inexistant, comme si c’était un phénomène tout à fait négatif et dont l’influence a aujourd’hui complètement disparu des deux Amériques ? »
« On a affaire, conclut le vaticaniste, à un document de cabinet, élaboré par des experts qui connaissent évidemment par coeur – et ils les citent à loisir – les méandres du magistère pontifical et épiscopal, mais auquel manquent l’impulsion, l’encouragement, l’élan prophétique […], l’ambition pastorale, avec trop de prudences et pas mal de craintes. S’il le synode pour l’Amérique devait finir ainsi, on aurait perdu une occasion historique. Plaise à Dieu que je me trompe ! » (apic/cip/mg/ba)
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