Pakistan: Les dirigeants refusent l’abrogation de la loi sur le blasphème

« Nous considérons cette loi comme essentielle à notre foi »

Bruxelles, 7 octobre 1997 (APIC) La demande du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique au Pakistan d’abroger la loi sur le blasphème, qui punit de mort la diffamation du prophète Mohammed, a déclenché des critiques très dures de la part des religieux et des dirigeants politiques pakistanais.

Les représentants du gouvernement, les religieux et les intellectuels ont défini la suggestion faite par le département d’Etat du président Clinton de « flagrante intrusion dans les affaires internes du Pakistan ». Les partis politiques d’inspiration islamique ont prévenu le gouvernement des ’pires conséquences’ s’il prenait en compte la demande américaine. « Nous considérons cette loi comme essentielle à notre foi et à notre amour envers le saint Prophète. Nous ne l’abrogerons pas à le demande des Etats-Unis », a affirmé le président Farooq Ahmed Khan. Le Premier ministre a déclaré de son côté qu’il n’était même pas nécessaire d’y réfléchir plus longtemps. Le ministère des Affaires étrangères a fait valoir que cette loi était en accord avec le Coran et la tradition islamique, ajoutant: « Nous n’écrirons rien sous la dictée de quiconque ».

Quazi Hussain Ahmed, chef du parti politico-religieux Jammat-i-islami, a déclaré de son côté que le blasphème était une question de sensibilité et qu’aucun musulman au monde ne pourrait permettre à quelqu’un d’offenser le prophète Mohammed. Ahmed a rappelé que, du temps de Benazir Bhutto, la même tentative avait provoqué de très vives réactions parmi les masses et demandé que le gouvernement fasse parvenir aux Etats-Unis une protestation en bonne et due forme.

Quant aux défenseurs des droits de l’homme qui ont lutté contre la loi sur le blasphème, ils hésitent à faire référence à cette demande américaine. D’après la Commission pakistanaise des droits de l’homme, en 1996, la police n’aurait enregistré qu’un seul cas, celui d’un chrétien, Ayub Masih, qui aurait diffamé le Prophète. Selon un rapport de la Commission catholique « Justice et paix », des supérieurs majeurs pakistanais, quatre chrétiens, trois hommes et une femme, accusés de blasphèmes, seraient actuellement en prison dans la province de Punjab.

Un rapport du département d’Etat américain sur la persécution dont sont victimes les chrétiens de par le monde, signale qu’au Pakistan, bien que les non-musulmans puissent se convertir à la religion de leur choix, « le prosélytisme auprès des musulmans est illégal ». Il ajoute qu’en cas de crimes commis contre les minorités, très souvent, la police évite de procéder aux enquêtes nécessaires ou de poursuivre leurs auteurs, « ce qui contribue à créer un sentiment d’insécurité parmi de nombreuses communautés religieuses minoritaires ».

Peine de mort

La loi sur le blasphème, section 295-B et C du code pénal pakistanais, a été introduite en 1986 sous la présidence du général Mohammad Zia ul-Haq en vue de l’islamisation du pays. La section 295-B déclare que les injures envers le Coran sont passibles d’emprisonnement à vie, tandis que la section 295-C stipule que diffamer le Prophète mérite la peine de mort ou la prison à vie. D’après les interprétations formulées ultérieurement par le tribunal de la charia (loi islamique), la peine de mort pour les crimes qui relèvent de la section 295-C a été exigée. Un certain nombre d’ahmadis, déclarés non-musulmans en 1974 par un amendement constitutionnel, de chrétiens et de musulmans ont été victimes de cette loi.

Antérieurement à l’amendement du gouvernement Bhutto, les cas relevant de la section 295-C – diffamations verbales, par représentations visibles, imputation, allusion ou insinuation quelconque, directement ou indirectement – s’étaient multipliés sous l’empire, dit-on, de la rancune ou de l’appât du gain. Plusieurs chrétiens furent condamnés à mort au Punjab, mais la sentence et la communication furent annulées par la Haute Cour de Lahore. Quelques-uns, par contre, furent tués alors qu’ils attendaient de passer en jugement.

Promesses non tenues

Au cours d’un séminaire interreligieux qui s’est tenu le 25 juillet, Mgr John Joseph, évêque de Faisalabad, avait critiqué ouvertement les lois du Pakistan, les jugeant discriminatoires pour les religions minoritaires, et reproché au président de ne pas tenir ses promesses. Il a rappelé que deux ans plus tôt, le président Farroq Ahmed Leghari avait en effet promis à une délégation chrétienne de dix membres, en présence de huit ministres fédéraux, que le gouvernement entamerait une procédure pour abroger cette loi sur le blasphème. « Le gouvernement ne tient pas ses promesses », a déclaré l’évêque, reprochant au président Leghari sa récente déclaration publique affirmant que cette loi sur le blasphème ne changerait jamais. « La section 295-C est une épée de Damoclès suspendue au-dessus des religions minoritaires », a ajouté l’évêque. Il a aussi promis: « Nous ferons tout pour changer cette loi. Nous somme mêmes prêts à sacrifier nos vies pour cela. » (apic/cip/eglisi/ba)

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