Rome: Congrès sur l’Eglise face à la drogue

Le cardinal Sodano demande une «stratégie appropriée»

Rome 9 octobre 1997 (APIC) Le cardinal Secrétaire d’Etat, Angelo Sodano, a donné jeudi le coup d’envoi du Congrès sur la drogue, organisé au Vatican par le Conseil pontifical pour la pastorale des services de santé. Il a demandé la mise en place d’une «stratégie appropriée» pour la prévention, les soins et la réinsertion des personnes droguées. Pour le cardinal, l’éventuelle dépénalisation des drogues douces est une fausse question: le vrai problème est social et moral; il constitue une responsabilité pour les autorités publiques, et un défi pour l’Eglise.

Le cardinal a pris d’emblée la mesure du phénomène qu’il qualifie, en reprenant les termes de Jean-Paul II en 1984, d’épidémie, de «fleuve souterrain» ayant des ramifications avec la délinquance et le «milieu». Avec le Rapport des Nations Unies sur la drogue (1997), le cardinal Sodano rappelle en effet les réseaux internationaux qui permettent le trafic de la drogue: groupes criminels centralisés, personnel spécialisé, depuis la chimie jusqu’à la communication, le recyclage de l’argent, les avocats, les milices de sécurité, etc.

Le Secrétaire d’Etat a souligné ensuite les effets dévastateurs de la drogue «tant pour la santé que pour la conscience, la culture et la mentalité collective». Et d’insister sur la «dégénérescence éthique» et la «désagrégation sociale» comme conséquences du développement de la toxicomanie, dans un «contexte de violence, d’exploitation sexuelle, de commerce des armes, du terrorisme» qui favorise le phénomène.

En 1991, Jean-Paul II voyait dans les trafiquants de drogue des «marchands de mort». Ce sont des «trafiquants de la liberté de leurs frères qu’ils réduisent à un esclavage parfois plus terrible que celui des esclaves noirs», disait-il en 1986, en Colombie. «Les marchands d’esclaves, empêchaient l’exercice de la liberté de leurs victimes. Les narco-trafiquants réduisent leurs propres victimes à la destruction de leur personnalité».

Une dépendance infernale qui induit un esclavage douloureux

Citant ces paroles, le cardinal Sodano rappelle la condamnation de ceux qui sont, directement ou indirectement, impliqués dans ce trafic. Mais il n’en cite pas moins le catéchisme de l’Eglise catholique pour rappeler la responsabilité et la «faute grave» commise par celui qui fait usage de la drogue, en dehors des strictes nécessités théérapeutiques.

Il ne s’agit pas, précise immédiatement le Secrétaire d’Etat, d’un jugement sur la responsabilité subjective des personnes. La «dépendance infernale», insiste le cardinal, rend les personnes «au moins en partie incapables du choix radical nécessaire pour se soustraire à cet esclavage douloureux». Mais il souligne la nécessité de poser un tel principe moral comme d’une aide pour la conscience afin qu’elle acquière vigueur et cohérence. Le cardinal s’inquiète de la «dégénérescence éthique» corrélative au fléau de la drogue.

Non à la libéralisation des «drogues douces»

La responsabilité des autorités publiques est en cause, ajoute le cardinal Sodano. Il s’agit d’affronter la question de façon décisive, demande-t-il, au niveau national et international, en adoptant des résolutions qui découragent au départ l’infâme trafic.

Angelo Sodano rappelle en particulier la question «délicate et difficile» des agriculteurs en difficulté dans les pays de production de la drogue: il faut leu offrir, des ressources de substitution, comme le préconisait le pape dans son discours de 1996 aux évêques de Bolivie, de façon à ce qu’ils abandonnent ces cultures illicites.

Mais le cardinal aborde ensuite la question de la légalisation ou de la dépénalisation des drogues «prétendument douces». Il répond en deux points principaux. D’une part, «la légalisation irait dans le sens opposé à celui de l’éducation et de la prévention». De plus, les risques sont nombreux, pour la santé, et le coût élevé pour la société. Enfin ajoute-t-il, cela ne diminuerait en aucun cas le trafic, la violence et la criminalité.

D’autre part, les échecs des expériences allant dans le sens de la libéralisation, affirme le cardinal, manifestent qu’il faut compter davantage sur la prévention, la répression et la réinsertion. C’est pourquoi, dans les termes du document de janvier dernier du Conseil pontifical pour la famille, le cardinal demande qu’on évite la «politisation d’une question qui est profondément humaine et éthique».

Citant ce même document, il relève que la distinction entre «drogues douces» et «drogues dures» conduit à un cercle vicieux: «A travers la légalisation de la drogue, ce sont les raisons qui conduisent à consommer tel ou tel produit qui se trouvent validées».

Il convient donc de se pencher sur les racines sociales de la consommation de drogue. Reprenant les termes de Jean-Paul II en 1991 le cardinal diagnostique, un «mal-être profond», un «vide existentiel dû à l’absence de valeurs et un manque de confiance en soi, dans les autres et dans la vie». Il dénonce une «société permissive, sécularisée, où prévalent l’hédonisme, l’individualisme, les pseudo-valeurs, les faux modèles»: un contexte social malade.

Une stratégie appropriée

C’est pourquoi les remèdes demandent, continue le Secrétaire d’Etat, une stratégie appropriée. Pour la prévention, il faut, dit-il, un engagement de tous, et proposer des valeurs authentiques, en particulier spirituelles. Pour les soins et la réinsertion, il faut aller bien au-delà d’un simple traitement médical. Ils requièrent l’aide de la psychothérapie, impliquent la personne et son entourage familial, ainsi qu’un soutien spirituel.

Le cardinal aborde la question également controversée des produits de substitution qui, selon lui, ne «constituent pas une thérapie suffisante». Il y voit une forme de démission: «elles sont plutôt une forme voilée de capitulation devant le problème». Où est la solution? Pour le cardinal, dans la liberté de l’individu: «Seul l’engagement personnel de l’individu, dit-il, sa volonté de renaître et sa capacité de se reprendre peuvent assurer le retour du monde hallucinant des narcotiques à la vie normale». Mgr Sodano souligne aussi la nécessité d’aides sociales et familiales, et celle des communautés thérapeutiques,

Un défi qui se présente à l’Eglise.

Prévention et réinsertion des victimes de la drogue passent aussi, affirme le cardinal Sodano, par la vie des paroisses, les différentes formes d’évangélisation, les célébrations liturgiques, la vie communautaire. Il en appelle à la responsabilité des communautés paroissiales, des familles, des institutions éducatives, ainsi que des moyens de communication sociale.

Enfin, le cardinal reconnaît le rôle tout à fait spécial des «communautés thérapeutiques d’inspiration chrétienne» et invite à cette espérance qui, insiste-t-il, caractérise le message évangélique. (apic/imed/mp)

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