APIC- Interview
Les Eglises pauvres sont plus généreuses
Rome, 12 octobre 1997 (APIC) – Depuis 175 ans, les Oeuvres Pontificales Missionnaires (OPM) prient, travaillent et recueillent des offrandes pour soutenir la mission universelle. L’effort de toute l’année se concentre de manière spéciale sur la Journée mondiale des missions célébrée cette année le 19 octobre.
Mgr Bernard Prince, Secrétaire Général de l’Oeuvre Pontificale de la Propagation de la Foi, et de l’Oeuvre Pontificale de Saint-Pierre Apôtre a expliqué à l’agence Fides la signification et l’ampleur de cet engagement.
Quelle est la signification principale de la collecte de fonds liée à la Journée mondiale des missions ?
Mgr Bernard Prince: C’est une question de fraternité entre les Eglises riches et pauvres, pour soutenir la mission envers les non-chrétiens. Même les pauvres donnent de leur pauvreté, de manière proportionnelle. Les petites sommes de l’Afrique, comparées à celles de l’Italie ou de l’Espagne ne sont rien, mais pour les Africains, ce sont des montants énormes. Il y a trois ans, durant l’assemblée des directeurs nationaux des OPM, nous avons éprouvé une grande émotion: au moment même des massacres au Rwanda, une paroisse de ce pays a envoyé 70 dollars pour la collecte de la Journée mondiale des missions. Nous étions tous émerveillés.
Les sommes d’Europe et d’Amérique ne sont rien si elles sont calculées par rapport à la population et au revenu « pro capite ». La somme généreuse de l’Italie, par exemple, correspond seulement à 30 lires par catholique.
Les sommes récoltées suffisent-elles à répondre à tous les besoins?
B.P.: Un autre aspect doit être précisé. Les gens sont plus généreux pour aider le développement matériel. Pour le développement spirituel, il y a toujours moins d’offrandes. Par exemple au Canada, la collecte faite pendant le Carême, et destinée aux pays du tiers-monde, était dix fois plus importante que celle de la Journée mondiale des missions. Si je veux réaliser un projet agricole, il m’est facile de trouver des financements; mais pour construire une église, un couvent, réaliser des programmes de pastorale, imprimer des livres liturgiques etc., nous ne trouvons pas d’aides. Et pourtant, la majorité des demandes que nous recevons concerne des bréviaires, des missels etc. Pour acheter un bréviaire, en français ou en anglais, il faut 150 dollars. Pour de nombreux prêtres africains, c’est le salaire de toute une année!
Sur quels autres financements peuvent compter les OPM ?
B.P.: Les offrandes de la Journée Mondiale des Missions représentent la moitié de la somme que nous distribuons. Le reste provient de testaments, et d’offrandes particulières. Le tout s’élève à 150 millions de dollars: un quart à peine de ce dont nous aurions besoin.
Il y a aussi des urgences: l’Afrique a un grand besoin de séminaires. Ils ont tellement de vocations que les séminaires sont bondés. Nous devrions construire tout de suite dix nouveaux séminaires au moins en Afrique, mais nous n’avons pas d’argent. Tant de vocations attendent. Il y a des centaines de séminaristes, mais pas de places en suffisance. Le Saint-Père, a déclaré il y a quelques années que l’on ne devait perdre aucune vocation pour des questions d’argent…
Les OPM ne se contentent pas de recueillir et de distribuer de l’argent?
B.P.: Non, il y a aussi l’animation spirituelle et l’information sur les missions et sur les pays de mission. Cette animation se fait aussi dans les pays d’Afrique et d’Asie. Et le résultat, d’une certaine mesure, est précisément cette croissance du nombre des vocations, et des vocations missionnaires. Désormais, des Africains, des Asiatiques, des Latino-Américains sont envoyés dans d’autres pays. Et ils ne veulent pas aller seulement en Amérique, pour avoir une vie plus confortable. L’Europe elle aussi absorbe des missionnaires africains et asiatiques. Mais les besoins restent plus grands chez eux. Dans ces continents il y a un prêtre pour cinq ou dix mille personnes; dans certaines parties d’Europe, il y a encore un prêtre pour quelques centaines de fidèles. (apic/fides/mp)
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