Actualité: Le dimanche 19 octobre les catholiques du monde entier célèbrent le dimanche de la Mission universelle. L’Eglise du Congo Zaïre est l’hôte spécial de Missio OPM Suisse

APIC – Interview

Dimanche de la mission universelle : rencontre avec l’abbé Baudouin Kabambu N’Kuti

« Oser la solidarité »

Par Maurice Page, de l’Agence APIC

Fribourg, 14 octobre 1997 (APIC) Un territoire grand comme la Suisse, pas d’électricité, pas de téléphone, pas de routes, trois hôpitaux, quatre médecins, le diocèse de Popokabaka, au sud-ouest du Congo-Kinshasa, est un peu le bout du monde. Après 32 ans de « Mobutisme », les Eglises sont pratiquement les seules structures encore en place. Elles suppléent largement l’Etat pour les écoles, les centres de santé, les routes, les transports…

APIC: Après 32 ans de dictature de Mobutu, l’arrivée au pouvoir de Laurent Désiré Kabila a suscité de nombreux espoirs mais aussi des craintes …

B.K.: Nous sommes loin de Kinshasa, à 450 kilomètres vers le sud. Pour nous, voir changer le système politique a été une joie. Pendant les 32 ans de la dictature de Mobutu le pouvoir central nous a totalement négligés. Notre région par exemple n’a pas d’électricité. Seules les paroisses ont des groupes électrogènes qui fonctionnent deux heures par jour. Il n’y a pas de téléphone non plus, ni de télévision. Les routes n’ont pas de ponts. Depuis que Kabila a pris le pouvoir, les gens ont retrouvé la liberté avec la circulation des biens et des personnes mais pour le reste, nous attendons. Nous espérons un Etat de droit où règnent la justice la paix et l’amour d’autrui. Nous souhaitons que les dirigeants actuels puissent vraiment avoir le sens du bien commun. Kabila n’est là que depuis six mois. Il faut lui laisser le temps de faire ses preuves.

APIC: La prise du pouvoir par Kabila s’est faite par les armes, souvent dans la violence.

B.K.: La région de Popokabaka n’a pas connu de combats ni de violences majeures, mais elle a souffert « moralement » des combats qui se sont déroulés dans la région voisine de Kenge, avec laquelle la population a de nombreux liens familiaux. Il y a aussi eu le passage de soldats qui fuyaient le front. Les militaires de Kabila sont finalement entrés en douceur pour prendre position sur la frontière avec l’Angola.

APIC: Qu’en est-il des politiciens locaux et des autorités régionales ?

B.K. Les militaires de Kabila ont instauré une commission politico-administrative pour désigner les responsables à divers niveaux. Nous avons hérité des structures érigées par Mobutu avec des zones, divisées en collectivités, puis en localités. De nouveaux responsables de zones devraient être élus par le peuple. Mais je pense que les structures ne vont pas changer. Nous sommes en période de transition.

APIC: Plusieurs régions du Congo-Zaïre ont connu ces dernières années de forts mouvements de population avec des flots de réfugiés.

B.K: : La région est toujours restée calme et assez stable, malgré un afflux relativement important de réfugiés angolais au moment des conflits dans ce pays. Un grand nombre sont rentrés depuis. Ceux qui sont restés se sont bien intégrés. La population de la région est homogène, nous parlons la même langue et n’avons pas de conflits ethniques. Raison pour laquelle on n’entend presque jamais parler de Popokabaka en dehors des frontières congolaises. Nous sommes restés en marge.

APIC: Comment s’organise la vie de l’Eglise catholique ?

B.K. : Le diocèse a une superficie de 45’000 km2 – un peu plus grand que la Suisse – pour environ 400’000 habitants dont une bonne moitié de catholiques. Les protestants sont environ 15%. Il y a en outre de nombreuses petites sectes et les animistes. Nous sommes une quarantaine de prêtres diocésains, une vingtaine de jésuites et deux claretins. Il y a aussi les frères de St-Joseph qui sont des religieux non-prêtres, et les sœurs de Ste Marie. Fondé en 1961, le diocèse est encore jeune. Il compte seize paroisses souvent distantes l’une de l’autre d’une centaine de kilomètres et qui rassemblent des populations dispersées dans un grand nombre de villages.

APIC: Dans une région telle que vous nous la décrivez, quels sont les principaux défis pour l’Eglise ?

B.K.: Nous voulons d’abord redynamiser les Communautés ecclésiales de base. Si les chrétiens prennent en charge eux-mêmes leur Eglise, un grand pas aura été fait. Nous devons donc être près d’eux pour apporter l’information et la formation nécessaires pour s’assumer comme Eglise.

Les écoles constituent une seconde priorité, elles sont en grande partie aux mains de l’Eglise. Il faut maintenir le niveau de formation des enfants et permettre aux enseignants d’assumer leur tâche convenablement. Depuis pas mal de temps, l’Etat ne paie plus les enseignants. Les parents doivent eux-mêmes s’organiser pour salarier les maîtres et fournir le matériel nécessaire. C’est là aussi que nous rejoignons le thèème de Missio Suisse « Oser la solidarité ». Si nous abandonnons l’école, une partie du peuple chrétien nous échappe. Un prêtre est chargé spécialement de la coordination des écoles catholiques.

APIC: Dans la plupart des pays d’Afrique la santé est devenue un problème majeur en particulier avec le fléau du sida…

B.K.: Dans tout le diocèse, nous n’avons que trois hôpitaux et quatre médecins ! Chaque paroisse a un dispensaire et une maternité tenus par des religieuses. Ces lieux de santé doivent être aussi un témoignage de la présence de l’Eglise auprès de ceux qui souffrent. Selon la parole du Christ « j’étais malade et vous m’avez visité ». Heureusement le fléau du sida est encore très limité et ne nécessite pas de grands efforts de prévention. Les maladies endémiques comme le paludisme, la maladie du sommeil, la tuberculose, le choléra et même encore la lèpre nous posent des difficultés plus graves. Le problème est bien sûr l’approvisionnement en médicaments et en matériel médical. On cherche de gaucheà droite. Nous obtenons du matériel notamment grâce à la Caritas de Kinshasa.

APIC: Vous dites que votre région est toujours restée à l’écart.

B.K.: Le développement constitue lui aussi un défi pour l’Eglise. En particulier les routes que l’Etat n’entretient plus depuis des décennies. Le diocèse a dû prendre la responsabilité de mettre sur pied des équipes de cantonniers pour les réparer. En outre les paroisses sont souvent les seules à posséder des véhicules. Le ravitaillement passe presque exclusivement par Kinshasa, à 450 kilomètres au nord. Les commerçants utilisent les routes mais ne veulent pas les entretenir.

Avec ses mines de diamants, la région de Tembo constitue l’eldorado régional mais cette richesse ne profite pas au développement local, car elle repart immédiatement vers Kinshasa ou ailleurs.

Le sol est assez fertile et les paysans font l’élevage de gros bétail. Mais les gens ont dû apprendre à se débrouiller tous seuls sans compter sur l’Etat. C’est pourquoi l’aide de l’Eglise est si importante. C’est la seule structure qui soit restée fiable et durable.

APIC: L’Eglise a donc à sa charge un grand nombre d’activités. Mais quelles sont ses ressources ?

B.K.: Nous avons évidemment beaucoup de difficultés pour assumer toutes ces tâches. L’Eglise a besoin de l’aide extérieure tant pour le développement que pour la pastorale. Elle n’est pas en mesure de s’auto-financer. Comme animateur du clergé séculier par exemple, je n’ai même pas de véhicule pour aller visiter mes confrères dans les missions. Si je suis bloqué au niveau des communications ou des transports, c’est un gros problème.

Le diocèse avait un troupeau sur lequel il pouvait compter mais le cheptel a été fortement entamé par une mauvaise gestion. La population n’a pas les moyens de contribuer davantage. Elle doit d’abord se débattre pour survivre. Cependant un effort de prise de conscience reste à faire pour appeler les chrétiens à prendre en charge leur Eglise.

APIC: La vie de l’Eglise s’appuie sur les communautés ecclésiales de base. Comment vivent-elles et s’organisent-elles ?

B.K.: Les communautés ecclésiales de base se sont greffées sur les structures des villages. Comme il y a un chef de village, la communauté ecclésiale a son chef qui coordonne l’ensemble des activités religieuses. Ce chef est secondé par un sous-chef, un secrétaire un trésorier et un groupe de conseillers, catéchistes, responsable des catéchumènes, responsable du développement, animateur liturgique. Le chef du village fait souvent aussi partie de ces conseillers. Le « régionnaire » et l’assistant pastoral font les liens avec la paroisse. Quand il y a des conflits, ils ont aussi le rôle d’arbitres. Ces deux personnes préparent le travail du prêtre en matière de sacrements: baptêmes, catéchuménat, mariages première communion. Le prêtre réside habituellement au siège de la paroisse et visite périodiquement ces communautés de base.

APIC: Une soixantaine de prêtres pour un diocèse aussi grand que la Suisse c’est peu. Qu’en est-il de la relève ?

B.K.: A nos yeux les communautés ecclésiales de base sont aussi le lieu d’éclosion des vocations sacerdotales et religieuses. L’épiscopat du pays vient d’opter pour la création de séminaires propédeutiques diocésains où les jeunes sont formés pendant deux ans avant de rejoindre un grand séminaire régional. Nous avons beaucoup de vocations, elles ont besoin d’être soutenues et encouragées. Nous insistons sur la formation sur place pour être proches des réalités du pays. Les candidats ne doivent pas devenir des étrangers dans leur propre pays. Le noviciat des Sœurs de Marie, une congrégation d’origine belge, travaille dans le même sens. (apic/mp)

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