France : La Commission sociale de l’épiscopat français s’exprime sur la drogue
Paris, 15 octobre 1997 (APIC) Mgr Albert Rouet, évêque de Poitiers et président de la Commission sociale des évêques de France, a présenté mardi à la presse le livre « Drogues, Eglise et société », accompagné de quelques-uns de ses auteurs. Les évêques membres de cette commission et signataires de la déclaration « Drogue : évitons le risque d’exclure » renvoient dos à dos les politiques de répression ou de libéralisation à priori. Ils en appellent à une logique qui vise d’abord à réinsérer les toxicomanes perçus comme des personnes en rupture de lien social.
La Commission sociale de l’épiscopat français a la réputation d’être l’une des plus travailleuses et audacieuses. Réputation que cette nouvelle publication n’entachera pas. « Pas un collège de France où les jeunes n’avouent pas qu’ils « fument » (du cannabis, ndlr). Cette banalisation de la drogue a attiré notre attention », explique Mgr Rouet. Comme à l’accoutumée, médecins, chercheurs, éducateurs, politiques, associations s’expriment. Des points de vue croisés qui font la force des textes de cette commission sur le logement, le sida, le travail ou les loisirs. En prime, pour clore le livre, une déclaration officielle – approuvée par le président et le conseil permanent de la Conférence épiscopale de France – qui met en garde contre « le risque d’exclure ».
« Les toxicomanes sont marqués par des blessures personnelles mal cicatrisées et souffrent tous d’une rupture du lien et de l’insertion sociale. Il ne faudrait pas aggraver leur situation en privilégiant la dépénalisation à priori, ou au contraire la répression. Ce sont les deux faces de la même pièce : un désinvestissement social radical. Dans un cas, la responsabilité est renvoyée aux forces de l’ordre. Dans l’autre cas, au toxicomane lui-même, libre d’acheter son toxique, alors qu’on sait bien qu’il en est dépendant » explique l’évêque de Poitiers. Et de distinguer dépénalisation à priori et dépénalisation à posteriori. Laquelle suppose tout un maillage de centres de prévention, de soins et de réinsertion qui permettent à une personne toxicomane de « retrouver sa fécondité sociale ». « la dépénalisation à posteriori existe déjà car chacun sait qu’on ne peut, sauf dans de rares cas, exposer les toxicomanes à un sevrage brutal » remarque Mgr Rouet.
Cette approche participe d’une « logique sociale globale », qui suppose « que le toxicomane soit respecté comme personne libre et qui attend de chaque citoyen qu’il se sente responsable de la vie en société de tous les membres qui la compose. » Plutôt que de prendre en compte l’offre, la Commission sociale propose, comme l’ONU, de partir de la demande, de réfléchir comment faire pour la baisser. Demande qui précisément porte sur la réinsertion sociale. La loi française de 1970 est dans le collimateur car elle aborde la toxicomanie sous le seul angle de la délinquance.
La Commission sociale, qui a beaucoup croisé dans ce travail les questions liées à l’alcoolisme, – que l’on devrait appeler « alcoolomanie », souligne le père Cordier, médecin directeur d’un centre de soins spécialisé pour toxicomanes – envisage d’en faire le nouvel objet de son travail. « L’alcool est de loin le toxique le plus consommé. Drogue banalisée, légitimée, dont l’impact négatif sur la santé publique est bien plus considérable que tous les autres » rappelle Sœur Marie du Christ Coudurier, secrétaire du Comité épiscopal pour la santé. (apic/jcn/als)
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