Deux conférenciers résolus dénoncent l’OMC et les multinationales

Fribourg: Les adversaires du néo-libéralisme organisent la résistance

Fribourg, 19 octobre 1997 (APIC) Les détracteurs de la mondialisation de l’économie sont catégoriques: « L’Organisation mondiale du commerce (OMC), sous prétexte de libre-échange, fait le jeu des multinationales en ruinant les petits agriculteurs et en contrecarrant les efforts des petites industries et des artisans des pays du Sud ». De passage vendredi soir à la Maison du peuple à Fribourg, la Nicaraguayenne Ana Barahona, syndicaliste à Managua et l’Indien D. Nanjundaswamy, originaire de l’Etat de Karnataka, président d’une association regroupant 10 millions de petits paysans en Inde, n’ont pas mis de gants. Ils ont dénoncé avec virulence les méfaits de l’OMC et des entreprises multinationales

Ils ont demandé aussi aux militants des pays du Nord de comprendre leur action, puis de s’associer à leur lutte. Pour favoriser, en Europe aussi, la promotion d’un commerce mondial plus respectueux de l’environnement et de la dignité humaine.

Ana Barahona, membre du syndicat des travailleurs(es) du textile à Managua, reproche d’abord à l’ancien gouvernement Violeta Chamorro, de concert avec l’OMC, d’avoir fermé les entreprises nationales de textile en donnant ainsi le feu vert « aux zones franches » qui tolèrent sans problèmes des conditions de travail détestables. « La majeur partie des employées – 14 à 25 ans pour la plupart – travaillent 12 heures par jour, y compris le samedi et le dimanche. Avec un salaire d’environ 50 dollars par mois, ce qui est en dessous du salaire minimum. Nous faisons des grèves et la police nous persécute. « Je suis venu en Suisse pour dénoncer le commerce mondial tel que le préconise l’OMC et pour éviter que le monde entier ne devienne une grande zone franche », a-t-elle conclu.

La domination des multinationales

« 300 multinationales imposent leur domination sur le monde ». L’ancien député de Bangalore, D. Nanjundaswamy, en excellent tribun, ne mâche pas ses mots. « Il s’agit de nous lever contre un système infamant qui détruit le système alimentaire de nos pays. Je m’élève contre les clauses de l’OMC qui, en Inde, interdisent au gouvernement de subventionner l’agriculture. Je n’accepte pas le monopole de certaines multinationales qui interdit les différents brevets sur les semences. Je m’insurge aussi contre les dangers de la « biotechnologie » (transplantations génétiques) contraire à la biodiversité. « On veut jouer à Dieu et nous polluons ou éliminons des espèces nécessaires pourtant à l’agriculture diversifiée ».

A l’heure des questions, l’Indien donnera des exemples concrets de lutte victorieuse dans son pays. Un port sur mer, planifié pour une grande multinationale de grains, n’a pu être concrétisé, grâce la pression des paysans dans la rue. « A Goa, une usine de nylon, de la compagnie Du Pont de Nemours, a été brûlée », savoure, très calme, le partisan de la non-violence. Quelqu’un, dans l’assemblée rétorque: « Mais cela n’est pas très démocratique d’expulser ainsi les multinationales! ». L’ancien député réplique: « Quand j’étais au parlement, nous étions très démocratiques, mais cela n’a servi à rien. Les démocraties représentatives ne fonctionnent pas. Certes, je suis partisan des méthodes de Gandhi basées sur la désobéissance civile. Et bien, une deuxième indépendance est maintenant en marche contre l’OMC et les multinationales. Nous lançons des ultimatum contre certaines multinationales. Si elles n’obtempèrent pas, nous agissons ».

Dans l’assemblée de vendredi soir, il y avait plusieurs paysans fribourgeois membres de l’Union des producteurs suisses (UPS). Ils ont rappelé aussi leur manifestation de décembre 94 contre les accords du GATT à Genève. Et l’intérêt, comme certaines associations paysannes indiennes citées par D. Nanjundaswamy, d’organiser parfois des manifestations spectaculaires pour se faire entendre. Autre clin d’œil et même manière d’agir: renouveler des marchés traditionnels entre producteurs et consommateurs. Sans intermédiaires.

Les deux conférenciers, forts des appuis locaux qu’ils ont derrière eux, comptent aussi réveiller l’Europe, non seulement qu’elle devienne plus solidaire avec leurs luttes, mais pour qu’elle agisse aussi sur place contre l’OMC. Pour engranger des victoires possibles, ici-même, contre l’ultra-libéralisme destructeur. (apic/ba)

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