Le travail des enfants en Europe... et en Suisse ?

Genève: L’Action catholique des enfants débat du travail des enfants

Genève, 22 octobre 1997 (APIC) Onze heures de travail par jour pour un salaire équivalent à 400 francs suisses par mois, sans assurance, ni vacances… la porte d’un avenir meilleur semble bien fermée pour Olivia une jeune portugaise de quinze ans ouvrière dans l’industrie textile. L’Action catholique des Enfants (ACE) de Genève a tenu à rappeler que le travail des enfants n’est plus un phénomène propre au tiers-monde mais qu’il prend de l’ampleur en Europe et même en Suisse.

A l’occasion de son 20e anniversaire, l’ACE avait invité lundi soir au collège Calvin deux jeunes travailleuses portugaises pour venir partager leur expérience quotidienne. A partir de ces témoignages et d’un film documentaire les intervenants ont proposé quelques pistes de réflexion et d’action.

Dans un documentaire tourné en 1995, le journaliste Gordian Troeller présente divers cas d’enfants travailleurs au Portugal et analyse les causes du phénomène lié à un appauvrissement généralisé. La mondialisation provoque au Portugal comme ailleurs une forte pression sur les prix avec comme corollaire une augmentation du chômage. De nombreuses familles sont alors poussées à retirer les enfants des écoles pour les envoyer travailler. Certaines usines préfèrent même engager des enfants plutôt que des adultes car cette main-d’œuvre coûte moins cher. Dès que les jeunes atteignent l’âge légal, à partir duquel ils ont théoriquement le droit de travailler, ils sont renvoyés. Dans la plus parfaite impunité ! Gordian Troeller se garde cependant de se lancer dans un plaidoyer pour l’abolition totale du travail enfantin. Il préconise plutôt une meilleure réglementation et une surveillance accrue.

Ni assurance, ni droit aux vacances

Olivia et Teresa, 15 et 16 ans travaillent dans l’industrie textile au Portugal. Pour des journées de labeur de 11 heures pour l’une et de 16 heures pour l’autre, elles gagnent par mois environ 50’000 escudos , soit environ 400 francs suisses. C’est ce que gagnent, à peu de choses près, les adultes avec qui elles travaillent, mais Olivia et Teresa n’ont ni assurance, ni droit à des vacances. Pour elles, le travail des enfants est « une porte fermée sur l’avenir » surtout parce qu’il signifie l’interruption de la scolarité. Toutes deux ont commencé à travailler parce que leurs familles étaient trop pauvres pour leur payer des études. Toutes deux ont la même détermination: quand elles auront des enfants à leur tour, elles feront tout pour qu’ils échappent au sort de l’usine.

Et en Suisse?

Si la Suisse ne connaît pas le travail enfantin de masse, relève Charles Beer, secrétaire syndical à Genève, c’est parce que nous sommes encore relativement riches. Mais la Suisse n’échappe pas aux modèles économiques dominants. Ce qui aboutit aussi au développement du travail des enfants. Certaines entreprises de nettoyage poussent par exemple leurs employés à augmenter leur rendement. Il n’est pas rare alors que ceux-ci fassent appel à leurs enfants pour les aider. Autre phénomène, des familles immigrées emmènent avec elles des jeunes filles au pair de douze ou treize ans qu’elles emploient comme bonnes à tout faire en dehors de toute législation. Enfin l’assouplissement des horaires d’ouverture des magasins a élargi l’accès des enfants au travail. On observe de plus en plus souvent des enfants qui tiennent la caisse de certains petits commerces, kiosques, boulangeries, épiceries de quartier.

Si une des solutions au problème passe par la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, il faut aussi défendre un politique plus globale portant notamment sur la gratuité du matériel scolaire et des transports ainsi que les allocations familiales.

Ne pas tout mettre dans le même panier

« Il faut agir étape par étape, en éliminant d’abord les situations les plus scandaleuses, » estime Michel Barde, secrétaire général de la Fédération romande des syndicats patronaux. Les instances onusiennes et le Bureau international du travail s’y appliquent activement. Tout le problème est de savoir que faire des enfants qui ne travaillent pas si les moyens nécessaires à leur scolarisation manquent. Il faut en outre éviter de tout mettre dans le même panier: il n’y a aucun rapport entre le jeune de quinze ans qui vend des branches de chocolat dans le kiosque familial le dimanche après-midi et l’enfant des rues qui vend son corps pour survivre.

Abolir n’est pas la solution

Il y a actuellement plus d’un million d’enfants au travail en Europe occidentale, et pas seulement dans les pays méditerranéens, explique Lorenzo Lanni, permanent auprès de l’ACE genevoise. Ainsi on estime qu’en Angleterre, un enfant de moins de treize ans sur quatre travaille. Au Danemark, les enfants travailleurs sont 100’000. Pour la Suisse, les chiffres fiables manquent.

Ce travail enfantin, rémunéré ou non peut certes jouer un rôle éducatif et culturel, mais il peut aussi mettre en danger la santé et le développement physique et psychologique des enfants. En outre, l’enfant sera toujours amener à protéger le cercle familial, même si celui-ci l’exploite. Il dira par exemple alors que cette activité n’est qu’occasionnelle et ne le prive pas de ses loisirs. Un constat s’impose cependant. Il est impossible de prôner son abolition sans proposer d’alternative. Dans bien des cas supprimer purement et simplement le travail des enfants revient à priver des populations entières de leurs moyens d’existence avec pour seul résultat de pousser les enfants à la prostitution ou au vol. (apic/gth/mp)

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