France: l’évêque «contestataire» Mgr Jacques Gaillot est décédé

Mgr Jacques Gaillot, ancien évêque d’Evreux (Eure), est décédé le 12 avril 2023 à Paris, à l’âge de 87 ans. En porte-à-faux avec la hiérarchie catholique, il avait été démis de sa charge épiscopale en 1995.

L’ancien évêque d’Evreux était l’un des prélats les plus médiatisés de France et son décès est largement commenté dans la presse du pays. Sa révocation par Rome, en 1995, avait fait grand bruit, bien au-delà des cercles ecclésiaux. La polémique sur «l’enfant terrible» de l’épiscopat marquait déjà dans les années 1980 et 1990 des lignes de failles entre tendances «conservatrices» et «progressistes» dans le catholicisme français et européen.

Il était principalement reproché à Mgr Gaillot une médiatisation excessive et une propension à contester certaines décisions et positions de l’épiscopat. Devenu évêque d’Evreux, un petit diocèse rural du nord-ouest de la France, en 1982, il avait, un an plus tard, voté contre le texte «trop prudent» des évêques de France sur le nucléaire, note le journal La Croix. De manière générale, on lui reprochait ses prises de position libérales sur les sujets de société, tels que la contraception, les homosexuels, l’ordination des prêtres mariés, ou encore les divorcés-remariés…

Chantre de la non-violence

Il avait également provoqué une polémique en défendant publiquement La dernière tentation du Christ, de Martin Scorsese (1988), qui avait fait scandale en présentant une relation entre Jésus et Marie-Madeleine. Il s’était attiré les foudres de ses confrères en se prononçant en faveur du préservatif, pour contrer l’épidémie de sida. Les interviews qu’il avait accordés à des magazines homosexuels avaient aussi agacé la hiérarchie catholique de l’époque. «J’essaie d’être un évêque à la manière de saint Paul, qui aimait annoncer l’Évangile aux païens», se justifiait-il.

Jacques Gaillot, né à Saint-Dizier (Haute-Marne) en 1935, était également un ardent partisan de la non-violence, après avoir fait son service militaire en Algérie, entre 1957 et 1959, alors que le pays était marqué par des troubles indépendantistes. «L’excès de violence m’a poussé à la non-violence», expliquait-il, tout en défendant publiquement l’objection de conscience.

L’évêque «fantôme»

Alors qu’il continuait à s’afficher dans les médias et à tenir des propos jugés «non-orthodoxes», il avait été convoqué en janvier 1995 par le cardinal Bernardin Gantin, préfet de la Congrégation pour les évêques, qui lui avait demandé de démissionner. Face à son refus, il avait alors été «transféré» évêque de Partenia, un diocèse fantôme sans églises ni catholiques depuis des siècles, en Algérie.

La décision du pape Jean Paul II avait suscité une vague d’indignation en France et un vaste élan de soutien pour Mgr Gaillot. Plus de 20’000 fidèles avaient participé à sa dernière messe à la cathédrale d’Évreux, en janvier 1995. Près de 40’000 lettres de protestation avaient été reçues à la nonciature. En quelques mois, «l’affaire Gaillot» était devenu le symbole d’un malaise profond, tant parmi les évêques de France, vexés d’avoir appris cette démission par la presse, que parmi ceux qui se reconnaissaient dans ce «Monseigneur des autres», comme on le surnommait alors, souligne La Croix. Un malaise qui s’était aggravé les mois suivants, alors que Mgr Gaillot avait rejeté les missions que la Conférence des évêques de France (CEF) lui proposait pour lui trouver un statut.

Un prélat aux «périphéries»

L’évêque avait préféré poursuivre «en marge» de l’Eglise son combat pour les droits des exclus, notamment les sans-papiers. Avec Albert Jacquard et Léon Schwartzenberg, il avait fondé l’association «Droits devant!», pour soutenir les sans-papiers et les Roms. Mgr Gaillot avait notamment vécu pendant un an au milieu de 300 pauvres, dans un squat parisien. Il avait également été sollicité pour bénir des couples de divorcés remariés ou de personnes homosexuelles.

L’élection du pape François, en 2013, avait rapproché son action de la ligne de l’Eglise, en particulier après l’appel de l’Argentin à aller «aux périphéries». L’ancien évêque d’Evreux saluait «un pape qui apporte la nouveauté à l’Eglise». «Il a une ouverture universelle et veut que l’Eglise réponde aux besoins de son temps», affirmait-il en 2017 dans une vidéo du journal Le Parisien. Il avait été invité au Vatican par François en 2015. Une rencontre chaleureuse qui sera perçue comme une reconnaissance, mais pas comme une réhabilitation, note La Croix.

Mgr Gaillot était bien connu également en Suisse, où il se rendait régulièrement pour donner des conférences ou soutenir des actions. Il s’était notamment déplacé à Berne en 2001 pour rencontrer des sans-papiers, ainsi qu’à Fribourg, pour rencontrer les 84 sans-papiers occupant l’église Saint-Paul.

Mgr Gaillot était hébergé depuis septembre 2022 dans une maison de retraite à Paris. (cath.ch/cx/ag/arch/rz)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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