En vue du Synode pour l’Amérique

L’Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour l’Amérique s’ouvrira le dimanche 16 novemebre. Le Synode étudiera le thème suivant: « Rencontre avec Jésus-Christ vivant, chemin pour la conversion, la communion et la solidarité en Amérique ». En préparation à cette rencontre, qui réunit pour la première fois les représentants de l’Eglise de l’Amérique septentrionale, de l’Amérique centrale et de l’Amérique Latine, l’agence romaine Fides présente le témoignage de Mgr Moacyr Grechi, évêque de Rio Branco, capitale de l’Etat d’Acre, en peine Amazonie brésilienne.

Brésil: Pauvreté et problèmes sociaux au centre de l’évangélisation en Amazonie

Entretien avec Mgr Moacyr Grechi, évêque de Rio Branco

Rome, 27 octobre 1997 (APIC) – L’exploitation sans scrupules des eaux et des forêts du vaste territoire de l’Amazonie brésilienne, constitue pour l’Eglise elle-même un des problèmes majeurs, notamment à cause des conséquences économiques et sociales. Mgr Moacyr Grechi, dont le diocèse rencontre les frontières du Pérou et de la Bolivie, en parle sans détour et en connaissance de cause.

Quels sont les problèmes les plus urgents aujourd’hui en Amazonie ?

M.G.: Ce sont la grande pauvreté et l’indifférence du monde politique vis-à-vis des maux qui frappent les gens: santé, agriculture, éducation, travail, sécurité. A Rio Branco, 80% de la population survit et n’a pas d’avenir. Les gens sont véritablement exclus de la vie, frappés par une pauvreté non seulement matérielle, mais aussi morale. La situation s’aggrave encore plus lorsque tous ceux qui vivaient dans les forêts détruites arrivent en ville. Ils ne trouvent pas de travail, mais bien des conditions de vie détériorées: les violences de la rue, la prostitution infantile et le commerce de la drogue.

Notre région a aussi un autre problème: l’exploitation déraisonnable de la nature. La forêt est détruite pour pouvoir développer les élevages de bétail, ou tout simplement pour s’approprier le bois précieux. Les fleuves, qui par leur débit sont les plus grands du monde et constituent une richesse locale énorme, sont exploités pour la pêche avec des moyens qui ne respectent plus l’équilibre naturel et les rythmes des animaux. Les bateaux de pêche qui viennent du sud ou même d’autres pays, dévastent le milieu ambiant. Conséquence: ceux qui vivent sur les rives des fleuves perdent leurs moyens de vivre. Les chercheurs d’or exploitent les personnes qu’ils rencontrent sur place en n’hésitant pas à les corrompre, voire même à les éliminer physiquement s’ils sont un obstacle à leur appât de gain.

D’où viennent ces personnes ?

M.G.: En général, du sud du Brésil. Elles sont généralement très liées aux personnalités influentes de la région. Dans certains cas, elles sont protégées par les gouvernements locaux. Le gouvernement central, à Brasilia, prétend défendre les droits des indigènes. Mais il le fait sans beaucoup de conviction.

Et que fait l’Eglise dans ce contexte difficile?

M.G.: Le premier problème, ce sont les distances. Mon diocèse, qui n’est pourtant pas parmi les plus grands, s’étend tout de même sur 120’000 km², pratiquement sans routes. Il faut beaucoup de temps pour se déplacer d’un endroit à l’autre. Pour atteindre certaines communautés, il faut voyager en barque jusqu’à sept jours de suite. Quand commence la saison des pluies, nous sommes complètement isolés.

Le manque de prêtres est un autre grand problème de toute l’Amazonie. Malgré les efforts importants faits durant ces derniers temps. Dans mon diocèse il y a 24 prêtres, et je suis encore privilégié par rapport à d’autres confrères évêques. On rencontre des difficultés également pour la formation des séminaristes. Il y a un centre unique à Manaus, et il faut deux heures de vol environ pour y arriver depuis mon diocèse.

Comment se réalise l’évangélisation dans votre diocèse?

M.G.: L’évangélisation a quatre aspects fondamentaux. En plus de celui de l’inculturation qui les concerne tous: la justice, le dialogue (surtout avec les Noirs et les minorités qui ont été longtemps opprimés), l’annonce explicite de l’Evangile et le témoignage. Sous ces quatre aspects, on s’efforce d’affronter les défis du monde moderne. Jusqu’à l’an 2000, nous avons programmé les « Semaines Sociales » sur le grand thème du rachat de la dette sociale: chaque année, on abordera un thème (réforme agraire, ville, droits de l’homme) et l’on créera ainsi une conscience plus profonde sur ces questions.

Les prêtres sont peu nombreux, mais nous pouvons compter sur la collaboration irremplaçable de milliers de laïcs et de religieuses. Nous avons partout des petites communautés: dans les forêts, le long des fleuves, dans les centres habités. Les caractéristiques de ces communautés sont l’Evangile, la prière, la catéchèse, la fraternité, l’engagement dans la vie, y compris dans le domaine social et politique. Presque toutes les communautés, qui se comptent par milliers, sont animées par les laïcs, hommes et femmes: 75 % en effet des célébrations dominicales se font sans la messe, même si nous autres prêtres, nous célébrons de nombreuses messes. Il s’agit toutefois d’une Eglise très vivante et active, qui exprime sa vitalité et sa joie principalement dans la liturgie. Nous avons aussi des pastorales spécifiques pour les différents milieux, à l’échelon régional et diocésain: la pastorale de la terre qui s’adresse plus aux paysans, la pastorale pour les Indiens soutenue par le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI), et la pastorale pour la défense des droits de l’homme. Il y a en outre différentes autres pastorales ordinaires: catéchèse, ministères, malades, prisonniers.

Qu’attend-on du Synode pour l’Amérique, et quelles questions devraient y être traitées?

M.G.: Il s’agit, bien sûr, d’une opinion personnelle; mais, dans ma région, on ne parle pas de ce Synode. Les raisons sont diverses: la situation particulière, la proximité de Saint-Domingue (La IV° Conférence générale de l’Episcopat Latino-américain qui s’est tenue en 1992, ndlr.) l’effort déjà en cours pour la préparation du Jubilé. Il est toutefois important que, pour la première fois, se trouvent ainsi réunis les problèmes des trois Amériques; et je n’exclus pas que cela puisse se passer comme à Saint-Domingue, quand l’intérêt s’enflamma presque à l’improviste dès le début des travaux de l’assemblée. Au centre du débat, il y devrait y avoir principalement les aspects sociaux , politiques et économiques. Le dialogue sur ces questions pourra déjà être un bon résultat.

Comment se poursuit la préparation du Jubilé de l’an 2000?

M.G.: Notre Eglise est très engagée dans cette préparation, qui a commencé aussitôt après la publication de la Lettre du pape « Tertio Millenio Adveniente », que je n’hésite pas à déclarer providentielle, dans la mesure où elle nous a donné le point de départ pour centrer notre prédication et notre catéchèse durant ces trois années, sur les aspects fondamentaux de la foi. Nous avons fait une synthèse de ce document, et nous l’avons appelée « Projet pour le nouveau Millénaire ». L’Eglise du Brésil tout entière est engagée dans cette préparation en vue du Jubilé, et chaque communauté a préparé son programme, en prévoyant même des subsides pour la catéchèse, la liturgie. L’effort missionnaire englobe tout le monde, des jeunes aux personnes âgées, et s’adresse aux situations différentes, mais surtout aux 50 % de Brésiliens baptisés qui ne sont pas des pratiquants.

Quelle Eglise espérez-vous voir en Amazonie au Troisième Millénaire ?

M.G.: Une Eglise qui croît en qualité et en quantité; une Eglise plus mure, plus illuminée par une évangélisation substantielle, qui soit ferment d’une vie différente. (apic/fides/ba)

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