Contre l’esclavage des enfants dans la production de tapis d’Orient

Suisse: Emanation des œuvres d’entraide, la Fondation STEP fête son 2ème anniversaire

Berne, 28 octobre 1997 (APIC) Marchands suisses de tapis d’Orient et œuvres d’entraide s’unissaient en 1995 pour lancer le label « STEP », dans le sillage d’autres initiatives pour un commerce équitable. La fondation STEP lutte notamment contre le travail abusif des enfants dans ce secteur. Deux ans après, le bilan est positif: les tapis produits dans des conditions défendables sur le plan éthique occupent déjà le 23% du marché suisse.

La fondation STEP – une initiative des œuvres d’entraide Pain pour le prochain, Caritas, Action de Carême, Swissaid, Déclaration de Berne et Association suisse pour un commerce loyal du tapis d’Orient (IGOT) – milite pour un commerce des tapis plus juste et pour une production respectueuse des travailleurs et de l’environnement. Les entreprises suisses actives dans le commerce du tapis qui signent un contrat de licence STEP peuvent ensuite porter le label du même nom. Par le biais d’un code de conduite, elles s’engagent à vendre des tapis produits dans des conditions équitables, tant du point de vue social qu’écologique.

Une taxe de 4 francs par m2 de tapis vendu versée à STEP

Les entreprises qui veulent porter le label doivent fournir à la fondation toutes les informations indispensables à un contrôle efficace afin que STEP puisse contrôler le respect du code de conduite. Les preneurs de licence versent une contribution à la fondation STEP de 4 francs par m2 de tapis vendu. Cette taxe sert à financer le travail d’information, les contrôles ainsi que le soutien à des projets de développement dans les pays de production.

En deux ans, 12 preneurs de licence avec 35 points de vente dans toute la Suisse ont signé le contrat STEP. Migros Bâle, première des filiales du « géant orange », vient de signer son contrat en septembre. Depuis avril dernier, l’Office fédéral des affaires économiques extérieures (OFAEE) soutient financièrement la fondation STEP. Des experts ont été mandatés pour contrôler le respect des critères de STEP dans la « ceinture du tapis indien », à Bhadohi/Mirzapur, au Népal et au Pakistan. Des négociations sont en cours avec l’Egypte et le Maroc pour établir un partenariat en vue de contrôles réguliers et des premiers contacts ont été pris avec l’Iran.

Outre ce travail de « monitoring » qui permet un contrôle sur place sérieux et efficace qui concerne tant les ateliers de production que les exportateurs, STEP soutient sept projets qui dépendent d’organisations de développement suisses en Inde et au Népal. Ces projets visent à améliorer les conditions sociales, sanitaires, éducatives et les droits de l’homme dans ce secteur.

La mauvaise réputation de l’industrie du tapis: les petites mains exploitées

Parmi les branches d’activités qui occupent des dizaines de millions d’enfants dans des conditions inhumaines – exploités, sans accès à l’école et aux services sanitaires – l’industrie du tapis ces dernières années s’est taillée une très mauvaise réputation. De petites mains, des enfants exploités, nouent des tapis en Asie du Sud au profit essentiellement des marchés européens et américains.

Les inégalités locales et les relations commerciales inéquitables entre pays du Nord et du Sud sont autant de facteurs qui favorisent l’exploitation du travail des enfants, explique STEP. « Le dédommagement des noueuses et des noueurs – il est indécent de parler ici de salaire ! – ne représente qu’une toute petite partie du prix du tapis. Malgré cela, l’engagement des enfants est rentable pour les intermédiaires locaux », souligne la fondation.

Selon des organisations népalaises de défense des droits de l’enfance, la moitié des 250’000 noueuses et noueurs au Népal sont des enfants. En Inde, ils sont entre 250 à 300’000, chiffre qui n’est pas loin du double au Pakistan. Ces deux derniers pays connaissent encore le servage pour dette, l’enfant-esclave devant rembourser la dette de la famille, souvent de l’argent prêté par des agents recruteurs à des taux d’intérêt se situant entre 100 et 200 % par mois. « L’impossibilité de rembourser la dette est programmée et l’enfant devient un simple serf », constate STEP.

Le travail des enfants n’aide pas la famille à survivre

Le pire, c’est que, contrairement à une opinion répandue, le travail des enfants n’aide absolument pas la famille à survivre, tellement les montants touchés sont dérisoires. En Inde, par exemple, cinq enfants travaillent pour le prix d’un adulte; au Népal, le rapport est même de 7 à 1. Ces centaines de milliers d’enfants travailleurs n’ont pas d’accès à l’école; ils contractent des maladies respiratoires dues aux fibres de laine et dorment souvent à même le sol dans des ateliers mal éclairés et mal aérés. Maintes fois, ils sont victimes d’abus sexuels de la part des adultes qui les exploitent.

Ces enfants-esclaves ne sont qu’un maillon de la chaîne. Un boycott des tapis ne servirait à rien, affirment les défenseurs des enfants: « c’est tout le climat social qu’il faut changer; il vaut mieux établir un climat de confiance avec les entreprises que de chercher la confrontation ».

La responsabilité du consommateur suisse

Le consommateur suisse est dans ce secteur un partenaire commercial important, étant donné qu’il occupe le premier rang mondial des amateurs de tapis d’Orient. Il a ici par conséquent un rôle décisif à jouer. Etant donné la crise actuelle du marché du tapis – la médiatisation du scandale du travail des enfants n’y est pas tout à fait étrangère – certains pays producteurs ont connu des baisses considérables de leurs revenus. La pression sur les prix consécutive oblige les producteurs à faire davantage appel à de la main d’œuvre enfantine. L’acheteur doit donc devenir toujours plus conscient de ce qu’il acquiert. Le label STEP lui garantit que le tapis qu’il achète est produit « dans des conditions sociales équitables, respectueuses de l’environnement et sans travail abusif d’enfants ». (apic/com/be)

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