Les «gauches» des années 30 feront-elles repentance ?
Las Palmas/Barcelone, 28 octobre 1997 Si l’Eglise catholique espagnole demande pardon pour son soutien au franquisme, les partis de gauche, vont-ils faire la même démarche pour les dizaines de milliers de chrétiens assassinés dans les années 30 pour le seul fait qu’ils étaient croyants ? Telle est la riposte de Mgr Ramon Echarren, évêque des Canaries, au député socialiste Luis Yanez, pour qui l’Eglise espagnole et l’armée devraient reconnaître leur complicité avec la dictature du général Franco.
C’est dans le quotidien «El Pais» que Mgr Echarren a fait connaître sa réaction. Se référant à la «déclaration de repentance» prononcée par les évêques de France à l’adresse de la communauté juive le 30 septembre à Drancy, l’évêque écrit que «ce que l’épiscopat français vient de faire a déjà été fait en Espagne par les évêques et les prêtres».
Mgr Echarren fait allusion à une assemblée qui a réuni en 1971 au séminaire de Madrid tous les évêques d’Espagne et 180 prêtres élus démocratiquement par leurs pairs. Une proposition y fut soumise au vote, qui ne fut pas approuvée, faute d’’avoir pu recueillir les deux tiers des voix (à huit voix près). Elle était ainsi libellée: «Nous reconnaissons humblement qu’à l’époque nous n’avons pas su être de véritables ministres de la réconciliation au sein de notre peuple, divisé par une guerre fratricide, et nous en demandons pardon.»
Mgr Echarren se demande si cette démarche ne suffit pas. «Quand entendra-t-on une voix invitant les «gauches» des années 30 (socialistes, communistes, anarchistes…) à demander pardon pour les dizaines d’évêques, les milliers de prêtres, de religieux, de religieuses, de moines, de séminaristes et les dizaines de milliers de laïcs chrétiens exécutés pour le simple fait qu’ils étaient croyants ? s’interroge-t-il. Faut-il considérer que ce fut correct et positif pour la convivialité entre les Espagnols ?» «Que dire encore, ajoute-t-il, de la destruction, simplement en raison de leur lien avec l’Eglise, de lieux de culte, de monastères, de couvents, de tableaux, de tabernacles, de vêtements et d’objets liturgiques,de bibliothèques, etc., certains d’une grande valeur historique et artistique ?»
L’Eglise ne cédera à aucune pression politique
Dans l’hebdomadaire «Catalunya Cristiana», Mgr Joan Carrera, l’un des évêques auxiliaires de Barcelone, se demande de son côté si une déclaration de repentance telle que la réclame Luis Yanez est bien opportune «aujourd’hui, après le grand pacte de la transition au nom duquel on a refusé de fouiller le passé». Et de suggérer: «Ne vaudrait-il pas mieux nettoyer le présent des vieilles séquelles et regarder vers l’avenir ? A la rigueur, on ne peut nier qu’on a affaire à une matière pendante. Mais il ne serait opportun de rouvrir le débat que s’il y avait une demande sociale, comme cela s’est produit en France à propos de l’antisémitisme.»
Il y a quelques jours, Mgr José Sanchez, secrétaire de la conférence épiscopale, déclarait au quotidien «El Mundo» qu’il est «très probable que les évêques espagnols feront comme leur collègues français, qui ont demandé pardon pour leur silence face aux crimes du régime de Vichy». Cette démarche n’a cependant rien à voir avec le projet de réouverture juridique du dossier Franco à l’initiative du parti socialiste espagnol, précisait-il, et l’Eglise ne cédera à la pression d’aucun parti. Si l’Eglise faisait ce geste, ce serait à l’occasion du Jubilé de l’an 2000, «à l’image du pape, qui a demandé pardon plus d’une centaine de fois ces dernières années pour les erreurs historiques de l’Eglise catholique». (apic/cip/mp)
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