Genève: un accord Etat-Eglises permet de protéger 15 lieux de culte

L’Etat genevois et les Eglises chrétiennes du canton sont parvenues à un accord, dévoilé le 25 avril 2023, sur l’avenir du patrimoine architectural de ces dernières. Quinze lieux de culte bâtis après 1945 seront ainsi inscrits à l’inventaire des sites protégés. Un développement qui satisfait l’Eglise catholique romaine Genève (ECR).

«Nous avons eu l’impression d’un vrai partenariat avec l’Etat, nous avons pu discuter de manière très ouverte», assure à cath.ch Dominique Pittet. Le secrétaire général de l’ECR a été le principal protagoniste pour l’institution des négociations menées avec l’Etat de Genève et les autres Eglises du canton. L’enjeu était de faire la part des choses entre les besoins de gestion immobilière des institutions religieuses et la préservation du patrimoine architectural cantonal.

L’âge d’or des églises

Pour les Eglises genevoises, les défis sont de taille dans ce domaine, depuis quelques décennies, notamment concernant les bâtiments construits après la Seconde guerre mondiale. Durant les Trente glorieuses, s’est produit un bond de la construction de lieux de culte dans la ville. Entre 1945 et le début des années 2000, près de 90 églises et temples ont vu le jour au bout du lac.

L’église Sainte-Claire de Genève fait partie des sites désormais protégés | © Office du patrimoine et des sites, Laura Keller, 2023

Ceci dans le contexte d’un fort essor démographique, en lien notamment avec l’installation d’importantes communautés du sud de l’Europe et du personnel des organisations internationales, explique Matthieu de la Corbière, directeur du Service de l’inventaire des monuments d’art et d’histoire dans la Tribune de Genève.

Des bâtiments donc souvent volumineux sont sortis de terre pour permettre d’accueillir les larges communautés de fidèles et répondre aux différents besoins des paroisses de l’époque. De véritables centres ont été construits en plusieurs endroits, regroupant à la fois des lieux de culte, des salles de réunions, des foyers, des crèches… En même temps, ces nouveaux besoins ont généré une grande créativité architecturale, artistique et technique. On y retrouve notamment le talent d’Albert Cingria, d’André et de François Grobéty, ou encore de Gilbert Frey.

Des bâtiments plus adaptés

Mais le changement d’ère a rendu ces édifices passablement inadaptés. Nombre d’entre eux sont désormais trop grands face à une fréquentation en constante diminution. Ils ne sont pas conformes aux normes écologiques actuelles et coûtent très cher à entretenir, confirme Dominique Pittet.

L’intérieure de la chapelle Ste-Rita à Genève | © Office du patrimoine et des sites, Laura Keller, 2023

Face à cette problématique, les Eglises ont développé un certain nombre de projets immobiliers, à la fois pour adapter les lieux et générer des revenus. Mais ces démarches se sont parfois heurtées à l’intérêt patrimonial dont l’Etat est le garant.

La Tribune de Genève relève ainsi deux cas emblématiques: le premier concerne l’église de Sainte-Jeanne de Chantal, aux Charmilles. L’ECR, souhaitait détruire l’édifice pour reconstruire un lieu de culte plus petit, ainsi que 80 logements. Le canton s’y est opposé, et a voulu inscrire le bâtiment à l’inventaire. Au final, l’ECR a obtenu gain de cause en 2018 et a pu poursuivre le projet. Dans une autre affaire concernant le temple de la Châtelaine, l’Eglise protestante de Genève (EPG) n’a cependant pas pu mener à bien un important projet de reconversion.

Dominique Pittet est Secrétaire général de l’ECR (Genève) depuis ocotbre 2008 | DR

Un héritage sauvegardé

C’est donc pour éviter de telles situations conflictuelles que le Département du territoire et les Eglises genevoises ont entamé des négociations, il y a quelques années. L’accord qui en a résulté a été rendu public le 25 avril 2023. Le document indique principalement que quinze lieux de culte – sur une trentaine présentant selon les historiens de l’art une valeur patrimoniale – se sont vus octroyés un nouveau statut en tant que monument historique. «Il s’agissait principalement de trouver des objets représentatifs de la ligne architecturale de cette époque», indique Dominique Pittet. «Cela ne va pas dire que l’on ne pourra plus rien faire avec, précise-t-il. Les bâtiments pourront être rénovés, mais seulement dans une certaine mesure, tant qu’ils resteront proches de leur état d’origine.»

Satisfaction mutuelle

Les édifices en question ont été construits entre 1958 et 1975. Il s’agit de huit églises et chapelles de l’ECR, dont les églises Sainte-Clotilde, Sainte-Claire et Sainte-Marie-du-Peuple, de quatre temples de l’EPG, d’un temple adventiste, de l’église grecque-orthodoxe de Prégny-Chambésy, ainsi que du centre funéraire œcuménique du cimetière des Rois.

L’église de l’Epiphanie à Genève | © Office du patrimoine et des sites, Laura Keller, 2023

«Pour nous, l’accord est très satisfaisant, assure le secrétaire général de l’ECR. Nous avons l’impression que l’Etat de Genève a bien compris nos besoins, qui sont à la fois de pouvoir continuer à financer notre mission tout en préservant notre patrimoine architectural.» L’ECR possède une vingtaine d’autres bâtiments dont le destin est aux mains de l’institution. Deux d’entre eux font l’objet de projets de destruction-reconstruction.

Dans un communiqué, le Département du territoire et les Eglises genevoises s’est également félicité de la préservation de ces quinze lieux de culte, «œuvres majeures pour l’histoire de l’architecture et des arts en Suisse, témoins précieux de l’histoire du canton de Genève et de ses habitants, et repères familiers de la population genevoise». (cath.ch/tdg/rz)

Lien vers le dossier de présentation des sites (Etat de Genève)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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