Belgique: «Point de contact» et affaires de prêtres pédophiles

Le cardinal Danneels s’explique

et s’étonne des soupçons a priori sur l’Eglise

Bruxelles, 5 septembre 1997 (APIC) Le cardinal Danneels s’est expliqué sur le «Point de contact» et s’est étonné des soupçons qui pèsent sur l’Eglise, accusée de pressions pour «étouffer» des affaires dans lesquelles ont été récemment impliqués des prêtres belges. L’archevêque de Malines-Bruxelles donnait une conférence de presse organisée par les évêques de Belgique pour présenter l’année pastorale 1997-98. Mais le cardinal a eu surtout à répondre à des questions ravivées par la récente inculpation d’un abbé, un prêtre pédophile de son archidiocèse.

Serré par plusieurs questions portant sur l’utilisation du «Point de contact» téléphonique mis par l’Eglise catholique à disposition du public depuis le 1er septembre pour des affaires d’abus sexuels impliquant des prêtres, l’archevêque de Malines-Bruxelles a commencé par ironiser sur l’intérêt du journaliste, porté à «zoomer» sur ce sujet plus que sur celui que les évêques avaient choisi pour la conférence de presse. Puis le cardinal s’est ressaisi en disant comprendre l’intérêt porté à des faits qui apparaissent d’une particulière gravité quand ils sont commis par un prêtre, par des professeurs ou des éducateurs.

Avant d’affronter le feu des autres questions à ce propos, le cardinal s’est étonné d’un «triple soupçon» que les évêques enregistrent dans la presse à leur encontre ou à l’égard de l’institution ecclésiale sous les titres les plus divers: «Les évêques et la hiérarchie sont inaccessibles; ils sont retranchés dans leur forteresse!»; «L’Eglise protège de façon inacceptable ses prêtres ou ses agents qui ont commis des actes répréhensibles»; «L’Eglise ne prend pas suffisamment de mesures contre les coupables.»

«Faciliter l’accès»

«C’est précisément pour faciliter l’accès aux autorités ecclésiales que la ligne téléphonique a été installée, ainsi que je l’avais annoncé il y a un an», répond d’abord le cardinal. Et l’archevêque de mettre les points sur les «i», face aux suspicions a priori d’autorités qui auraient trouvé, par le «Point de contact», un nouveau «moyen d’étouffer les affaires» : «Ce point de contact, tout le monde peut l’atteindre. Et les répondants, au bout du fil, sont indépendants des autorités religieuses. Ils ont été choisis pour leur compétence. Il n’y a parmi eux aucun prêtre : on ne peut donc les soupçonner a priori d’accointances avec les évêques. Ce point de contact n’a nullement été érigé pour dissuader quiconque de s’adresser à une autre instance, que ce soit la Justice ou le délégué aux droits de l’enfant. Son objectif était, au contraire, d’abaisser le seuil d’accessibilité».

Et le cardinal de s’étonner: «Je ne comprends pas qu’on nous accuse hier de ne rien faire, puis qu’aujourd’hui, on mette en cause a priori une initiative alors que nous cherchons à faire quelque chose».

«Circonspection» et non «protection»

Fin août, le délégué aux droits de l’enfant, Claude Lelièvre, avait fait état de «deux» lettres écrites à Mgr Danneels pour évoquer le cas de l’abbé soupçonné de pédophilie – il a avoué depuis avoir abusé de 7 enfants -. A la première, le cardinal avait répondu qu’il avait «donné ordre» à son évêque auxiliaire, Mgr Paul Lanneau, d’interroger le prêtre soupçonné de pédophilie, mais que celui-ci avait nié les faits, qu’il jouissait d’une bonne réputation et qu’il convenait dès lors de traiter ce dossier «avec circonspection». Cette dernière expression a été interprétée par certains journalistes comme une «pression» des autorités ecclésiastiques pour «étouffer l’affaire» et «protéger» indûment le clergé. Or, note le cardinal Danneels, Claude Lelièvre en personne lui a écrit qu’il n’avait jamais lu derrière cette expression la moindre «tentative d’immixtion».

Mais quelle fut la suite réservée à la seconde lettre envoyée à Malines par le délégué aux droits de l’enfant ? Le cardinal précise : «Cette lettre ne demandait pas de réponse. Elle apportait des éléments d’information, mais aucune donnée suffisante qui puisse justifier une mesure immédiate et publique à l’égard du prêtre aujourd’hui mis en cause. Il en aurait été autrement si j’avais su ce que je sais aujourd’hui par les aveux faits par le prêtre devant la Justice. Mais à l’époque, je ne le savais pas, puisque le prêtre niait les faits. Or, jusqu’à preuve du contraire, il bénéficie comme tout le monde de la présomption d’innocence.»

Des devoirs… parfois en conflit

Soupçonner l’Eglise de passivité ou de mesures insuffisantes contre les prêtres ou les agents pastoraux auteurs d’abus sexuels est injuste, estime encore l’archevêque. «Tous ceux qui ont été à juste titre mis en cause ont été arrêtés et condamnés. Dans tous les cas, nous avons suivi les recommandations de la Justice. Mais, à défaut de certitude, je suis tenu, comme évêque, à respecter la présomption d’innocence tout en redoublant de vigilance à l’égard des enfants. C’est ce qui s’est passé après que le prêtre aujourd’hui en aveux avait nié l’an dernier tout acte répréhensible.» Mais dans pareil cas, l’évêque ne pourrait-il pas mener plus à fond sa propre enquête ? Ne pourrait-il pas informer la Justice de tout ce qu’il sait ?

Pour ce qui est de «mener sa propre enquête», le cardinal Danneels laisse entendre que ce n’est pas tout à fait ni dans les moyens ni dans le rôle de l’évêque. «J’ai accru la vigilance sur les activités pastorales de ce prêtre. Et l’Eglise est entièrement disposée de collaborer avec la Justice, comme avec le délégué aux droits de l’enfant, mais dans le respect des compétences respectives.» L’archevêque note d’ailleurs qu’un conflit de devoir reste non éclairci sur le plan juridique : comme citoyen, Godfried Danneels peut être tenu à dénoncer un délit ; mais comme évêque, il peut être tenu au secret de la confession.

Enfin, le cardinal a redit sa conviction qu’il n’y a pas plus de cas de pédophilie aujourd’hui dans l’Eglise qu’ailleurs, quoi qu’en laisse percevoir les affaires grossies par le «zoom» des médias. Et d’ajouter : «Et si un de mes prêtres ou un de mes agents pastoraux a commis des fautes graves, il reste mon prêtre ou mon agent pastoral». (apic/cip/pr)

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