Mgr Aloysius Jin Luxian est évêque «officiel» de Shanghaï, c’est-à-dire reconnu par les autorités communistes, mais pas par le Vatican. Cette personnalité exposée n’a jamais été rejetée par la Compagnie de Jésus, même s’il fait partie de l’Eglise dite «patriotique», seule reconnue et tolérée par les autorités communistes.
«C’est une question qu’aucun pape jusqu’ici n’a voulu soulever; on sait très bien qu’en Chine la situation est très délicate». D’ailleurs, ce n’est pas l’Eglise en tant que telle qui est coupée de Rome et qui serait ainsi ’patriotique’, mais l’Association patriotique qui est appelée ainsi. L’Eglise fait tout ce qu’elle peut, avec un succès notable, puisque le nombre des catholiques atteint les dix millions, soit le double de ce qu’admet Pékin. «Bien sûr, cela ne signifie pas grand-chose pour la Chine, mais c’est tout de même autant de catholiques qu’en Inde», souligne le Père Kolvenbach.
«Il faut relever que la société chinoise est en profonde mutation: il n’y a plus ni idéologie ni idéal, tout se concentre sur le développement économique et la recherche du bien-être. Alors les chrétiens – catholiques, mais aussi les anglicans, les baptistes et les autres protestants – deviennent un exemple attirant pour des secteurs de la population chinoise».
Dans les campagnes, convient le Père Kolvenbach, les fidèles catholiques ne savent pas vraiment distinguer entre l’Eglise dite «clandestine» et celle contrôlée par l’Association patriotique reconnue par le gouvernement. Certains évêques dits officiels sont en réalité en relation avec Rome. La Compagnie de Jésus a des membres des deux côtés. «Une situation idéale pour travailler à la réconciliation entre ’patriotiques’ et ’clandestins’», aurait dit le pape.
Le général des jésuites affirme que le Saint-Siège ne demande qu’une seule chose, la réconciliation afin que quand la Chine s’ouvrira, on ne se retrouve pas, comme ce fut le cas en Tchécoslovaquie, en face d’une hiérarchie parallèle. Certes, il y a des évêques que Rome ne pourra jamais reconnaître: ceux qui sont mariés et les évêques-fonctionnaires qui sont là parce qu’ils croient d’abord au Parti, «mais ils sont tellement connus que les gens savent faire la différence!»
Il n’est pas simple non plus pour les communautés «clandestines», qui ont souvent enduré le martyre, d’accepter le dialogue avec les «officiels». Pourtant ces derniers ne furent pas non plus épargnés lors de la Révolution culturelle et subirent tout autant les persécutions des Gardes Rouges. Ce qui est sûr, pour le Père Kolvenbach, «c’est que tous les catholiques chinois prient pour le pape, dans toutes les églises». (apic/be)
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