Bruxelles: Deux experts européens saluent le rôle incontournable de Caritas au Burundi
Bruxelles, 9 septembre 1997 (APIC) «Le réseau des centres nutritionnels et des centres de santé géré par Caritas Catholica au Burundi a remarquablement tenu le cap malgré les tensions qui déchirent le pays. Le réseau est performant et incontournable, mais il a besoin d’être renforcé pour l’avenir pour faire face à une situation devenue dramatique dans certains régions.» Tel est le constat ramené par deux experts indépendants, qui viennent de passer un mois au Burundi pour évaluer un programme alimentaire dont l’Union Européenne a confié la gestion à Caritas.
Le docteur Nicolas Krzemien et son collègue Francis Le Boulengé ont parcouru durant le mois d’août plus de 5’000 km à travers le Burundi. Ils ont pu visiter 68 des 72 centres nutritionnels et de santé gérés par Caritas dans les six diocèses du pays, soit dans 15 des 16 provinces du pays. Seule la province de Cibitoke au nord-ouest est restée inacessible à ces experts, comme elle l’est depuis plus de deux ans, à moins d’y pénétrer dans un blindé aux couleurs de l’ONU.
«Les divers centres visités concernent un tiers de la population civile. Deux millions de personnes en dépendent, ainsi que 220’000 sinistrés, explique le Dr Krzemien. A mon grand étonnement, le réseau Caritas a tenu le coup, alors que des centres de santé de l’Etat ont été complètement pillés ou détruits. Des centres de Caritas ont aussi été pillés, mais ils sont en rénovation.» «Souvent, ces centres sont encadrés par des religieuses africaines ou expatriées, note F. Le Boulengé. Quelques-uns ne peuvent compter que sur des infirmiers burundais. Mais la bonne implantation du personnel et le fait que les religieuses connaissent bien la population ne sont pas étrangers à la bonne tenue du réseau, même s’il faut déplorer qu’il n’y ait plus sur place de médecins expatriés, ni de nutritionnistes pour encadrer le personnel local, extrêmement dévoué, mais insuffisamment formé». Aussi les deux experts ont-ils recommandé aux responsables européens du programme ECHO, qui entre dans sa huitième phase, d’engager au moins un médecin et quatre nutritionnistes pour accompagner la poursuite du programme. «Sans quoi les résultats risquent d’être compromis d’ici un an.»
Une situation dramatique
Depuis deux ans, cependant, la situation a fortement évolué au Burundi. Les conflits ne se sont apaisés dans certaines régions que parce qu’ils se sont déplacés dans d’autres. Aujourd’hui, tout l’ouest du pays, depuis la province de Cibitoke au nord jusqu’aux rives du lac Tanganika au sud, se situe en «zone rouge» sur le plan de la sécurité. Or, explique le docteur Krzemien, les zones de combat qui provoquent l’exode et les regroupements de populations déplacées «sont deux facteurs aggravant pour les problèmes d’alimentation». Premières victimes : les mamans et les enfants. Le programme soutenu par la Communauté européenne couvre deux types de situations. D’abord, celle des enfants qui souffrent d’une très grave carence alimentaire en protéines ou en calories. Ils risquent la mort dans les huit jours s’ils ne peuvent bénéficier d’une hospitalisation d’urgence, qui permettra une réanimation, une stabilisation et un traitement des complications médicales en même temps qu’un programme strict et complet de réalimentation.
Au delà de l’aide humanitaire
«Le projet ne se réduit pas à un programme d’aide alimentaire urgente», soulignent les deux experts. La distribution de nourriture, en effet, s’accompagne d’un soutien médicamenteux, d’un suivi médical quand il est possible, d’une vaccination et, dans tous les cas, d’une éducation à la santé et à la nutrition, parfois même de visites dans les familles. «Le but est, dans tous les cas, de faire reculer la malnutrition si possible en six semaines.» D’où l’importance d’un réseau stable : «Grâce à ce réseau, nous sommes confiants que le programme d’assistance nutritionnelle ne faillira pas, mais qu’il pourra se prolonger en aide au développement.» Les deux experts ne cachent pas, néanmoins, que les tensions sur le terrain entre les groupes de population ne se sont pas dissipées. Les initiatives de réconciliation ne manquent pas, reconnaissent-ils, mais elles restent dramatiquement insuffisantes face à l’ampleur des problèmes.
En attendant, l’ambiance générale au Burundi semble s’être radicalisée. Dans ce contexte, les experts insistent une fois encore sur le rôle du réseau développé par Caritas. Le personnel expatrié a joué la carte de neutralité et sa présence, par la force des choses, s’est imposée comme un troisième pôle pacifiant en regard des tensions frontales entre les ethnies. Les centres accueillent, de fait, du moins quand ils sont accessibles à toute la population, aussi bien des Tutsis que des Hutus. Et le personnel burundais, comme les religieuses, témoigne visiblement d’un souci humanitaire qui dépasse les oppositions ethniques. Le travail et les relations qui se poursuivent au sein de ce réseau sont ainsi facteurs de paix. (apic/cip/mp/ba)
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