Le COE est « de plus en plus menacé de paralysie institutionnelle »
Genève, 14 septembre 1997 (APIC) Le Conseil oecuménique des Eglises (COE), fondé il y a 49 ans, est de « plus en plus menacé de paralysie institutionnelle », estime le président du Comité central le catholicos Aram I. « Nous avons trop identifié le Conseil avec des structures et des programmes. L’excès d’institutionnalisation a fait perdre au Conseil une grande partie de sa créativité, de son dynamisme et de sa vision. Les réunions, la paperasse, l’informatique et les voyages ont lourdement pesé sur la vie de cette maison », a fait remarquer Aram Ier, aux membres du Comité central, réunis à Genève du 11 au 19 septembre.
Dans son rapport, le catholicos du siège de Cilicie de l’Eglise apostolique arménienne (Antélias, Liban) a rappelé qu’à l’époque de la guerre froide, les Eglises ont pu, grâce au COE, jeter des ponts par-dessus les divisions géographiques, idéologiques, raciales et culturelles. Il a aussi repris certaines critiques des Eglises membres et en particulier des orthodoxes. Le COE se contente de suivre l’ordre du jour imposé par les Eglises protestantes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. « Le Conseil, lors de sa création, était principalement un conseil d’Eglises protestantes européennes ; il est devenu un conseil mondial grâce à la participation des Eglises orthodoxes et à l’ouverture à d’autres régions », a rappelé le président du Comité central. Cependant « cinquante ans de partenariat orthodoxe et protestant au sein du COE n’ont pas modifié le caractère occidental et protestant du Conseil. Prés des deux tiers des Eglises qui le composaient alors étaient européennes et américaines du Nord. Aujourd’hui, prés des deux tiers des Eglises membres viennent du Sud. Mais l’ethos du Conseil demeure inchangé. Cela n’est pas tant dû à une intention protestante de le dominer, mais plutôt au fait que les orthodoxes répugnent à s’impliquer pleinement dans sa vie et son travail et à s’identifier à lui. »
Le catholicos Aram a exhorté les orthodoxes à « passer de la simple contribution à un véritable partenariat… S’ils s’engagent sérieusement à transformer l’ethos du Conseil, qui est actuellement source de soucis et de tensions, ils doivent remplacer l’aliénation, la résignation ou l’indifférence croissantes qu’ils éprouvent par une approche critique et une participation constructive. »
« C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, la structure, la méthodologie et le style de travail du Conseil doivent être remodelés, afin de ménager plus d’espace à la participation orthodoxe dans l’interaction. (…) Nous devons prendre conscience du fait que dans certaines régions, la crédibilité du mouvement oecuménique est remise en question. On ne saurait ignorer purement et simplement des affirmations telles que: `l’oecuménisme, c’est l’hérésie ou: `l’oecuménisme est une trahison de l’orthodoxie’. »
Pour le catholicos Aram, « le mouvement oecuménique ne devrait plus chercher à parvenir à un consensus. Cette stratégie a échoué. Le processus de `réception’ visant à une convergence, que le Conseil a adopté pour un certain nombre de questions controversées, n’a amené aucune modification des doctrines théologiques et des positions doctrinales des Eglises. »
« Le Conseil, a-t-il souligné, devrait offrir un cadre dans lequel différentes positions peuvent être en interaction. Nous ne faisons pas partie du Conseil parce que nous sommes d’accord. Nous sommes ici précisément parce que nous ne sommes pas d’accord. Nous sommes ici pour entrer ensemble dans un processus d’apprentissage et d’échange. » (apic/eni/mp)
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