Une étude historique met en lumière un élément
important mais peu connu du protestantisme francophone
Lausanne, 17 septembre 1997 (APIC) Le nouvel ouvrage paru dans la Bibliothèque historique vaudoise sous la plume de Claude Lasserre sous le titre «Le séminaire de Lausanne (1726-1812): instrument de la restauration du protestantisme français», met en évidence une institution étrangement peu connue, bien qu’ayant existé durant 80 ans. En effet, ce ne furent pas moins de 486 candidats au ministère en France qui défilèrent dans cette école tenue secrète en Pays vaudois. Ce séminaire basé en Suisse allait ainsi défier les décrets répressifs du grand voisin catholique et avoir une influence déterminante sur la propagation du protestantisme francophone au 18e siècle.
Ce n’est pas par hasard que la présentation de cet ouvrage à la presse a eu lieu, mardi 16 septembre, dans la Maison Levade qui fait face au porche de la Cathédrale de Lausanne. La plaque apposée à l’entrée indique en effet que ce bâtiment hébergea le «Séminaire français» qui forma de nombreux pasteurs appelés à prêcher dans les paroisses protestantes persécutées en France. Mais peu de Lausannois, probablement, se doutent de l’importance qu’eut ce séminaire pour le relèvement du protestantisme clandestin après la révocation de l’Edit de Nantes.
Le travail de Claude Lasserre enrichit ainsi la vision que l’on avait de l’histoire de l’Eglise du Désert et met en lumière les vastes réseaux spirituels, politiques et financiers qui se tissèrent au plan européen durant la période du Refuge huguenot.
Dès la mort de Louis XIV, des visionnaires français avaient eu le désir de resserrer les rangs des protestants. Mais il fallait pour cela de nouveaux pasteurs, car les anciens ministres exilés n’étaient guère désireux de revenir dans leur pays, craignant de se voir mettre la corde au cou. C’est pourquoi le séminaire fut créé à Lausanne, indépendamment de l’Académie. Les enseignants du Séminaire furent pourtant – du moins au début – des professeurs de l’Académie à l’ombre de laquelle se tenait cette école secrète.
Le secret sera effectivement de rigueur, afin de ne pas envenimer les relations déjà fragiles entre les cantons protestants et la cour de France. C’est ainsi que les subsides de Berne seront comptabilisés comme envois de livres, le rôle des professeurs dans le séminaire ne sera mentionné dans aucun procès-verbal, les cours auront généralement lieu au domicile des enseignants, les étudiants ne devront pas mentionner le but de leur séjour à Lausanne et prêter serment de ne pas révéler l’existence du séminaire. La destruction – ou la dispersion – de bien des archives, ainsi que le fait que ces «proposants» dissimulent leur identité sous un nom d’emprunt poseront d’ailleurs bien des problèmes à C. Lasserre.
Comment se fait-il cependant que la cour de France, qui disposait de bons services de renseignements, n’ait jamais protesté auprès de Berne, ce qui eût abouti à la fermeture immédiate du séminaire? Il est certain que plusieurs hauts fonctionnaires français ont eu connaissance de ce qui se passait à Lausanne. Mais la politique de la France visait à éviter les conflits avec les cantons protestants: depuis la paix de 1515 avec le Corps helvétique, elle se savait protégée de tout attaque à travers le Jura. En outre les «capitulations militaires» conclues avec les cantons lui procuraient les régiments indispensables pour mener sa politique de puissance.
Sur les 486 «proposants» inscrits au Séminaire de Lausanne, 400 ont ensuite servi les Eglises de France. Or parmi eux, seuls sept payèrent leur ministère de leur vie. Ce chiffre peut paraître faible si l’on sait que, jusqu’à la Révolution, la seule peine prévue en cas d’arrestation d’un pasteur était la mort. L’attestation de consécration délivrée à Lausanne était même surnommée «brevet de potence».
Mais les paroisses protestantes de France avaient alors notamment pour tâche de prendre en charge les pasteurs, de les protéger et de les cacher, ce qui n’était pas le cas des «prédicants» d’occasion. Le Séminaire de Lausanne reçut ainsi une réputation héroïque qui allait permettre à Michelet d’écrire: «Un séminaire fut formé à Lausanne pour fournir des victimes aux dragons et aux juges. Etrange école de la mort, qui défendant l’exaltation, dans un modeste prosaïsme, sans se lasser, envoyait des martyrs et alimentait l’échafaud.» (apic/spp/pr)
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