JMJ: les jeunes se mettent en route à Saint-Maurice

Près de 350 jeunes Romands se sont réunis le 13 mai 2023 à l’Abbaye de St Maurice (VS), pour la journée de préparation de Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Ils ont eu l’occasion de se «mettre en route» à la fois sur le plan pratique et spirituel, pour cet événement, qui se déroulera cet été à Lisbonne.

Par Raphaël Zbinden, photos: Bernard Hallet

En ce froid et venteux matin de mai, l’Abbaye de St-Maurice est le lieu d’une agitation inhabituelle. Une foule de personnes, en grande majorité des jeunes, est rassemblée sur le parvis.

L’ambiance joyeuse et vive ne déconcerte pas le Père-Abbé, Mgr Jean Scarcella. «Cette agitation, c’est la vie de l’Esprit qui nous anime, assure-t-il à cath.ch. C’est la joie de la rencontre, le bonheur d’être ensemble qui s’exprime et apporte la grâce». Une forme de «pentecôte» complètement compatible avec l’esprit de l’Abbaye, habituellement lieu de silence et de recueillement. Mgr Scarcella a ainsi tout de suite accepté d’accueillir la journée de préparation des JMJ lorsque cela lui a été proposé. «L’Abbaye est un lieu phare dans la vie de l’Eglise en Suisse romande. La prière des siècles y est imprégnée dans les murs, et je suis sûr que les jeunes pourront le ressentir et y trouver un ressourcement avant leur départ.»

Mgr Jean Scarcella, Père-Abbé de l’abbaye de St Maurice, s’est mis au rythme des jeunes | © Bernard Hallet

«Enflammer le monde du feu de l’amour»

Un temps de louange et d’enseignement suit dans la basilique. Le prêtre valaisan Pierre-Yves Pralong est à la guitare pour l’animation musicale. L’assemblée entonne des «tubes» des JMJ, tels que le fameux Resucito. Avec la musique, le climat devient résolument festif. Même Mgr Scarcella se met à taper des mains. Entre deux chansons, l’abbé Pralong rappelle que d’aller aux JMJ, c’est «faire un pas de plus vers Jésus».

© Bernard Hallet

Mareva,20 ans, Fribourg: «Ce sont mes premières JMJ. Je n’ai pas vraiment d’attentes. Je vais me laisser porter par l’événement. J’ai été baignée depuis mon enfance dans la foi. C’était donc logique pour moi de participer aux JMJ. J’ai ressenti de façon très juste ce qui a été dit au cours de la journée, cette nécessité de «se mettre en chemin», de «faire un pas vers Dieu». Aujourd’hui, c’est l’occasion pour moi de préparer mon cœur à recevoir l’amour de Dieu.»

Le temps de louange terminé, le Père-Abbé vient raconter l’histoire de l’Abbaye.

Jean Scarcella rappelle que l’édifice a abrité 1500 ans de prière en continu, une réalité inédite en Europe. L’Abbaye est ainsi «le témoin de la fidélité de Dieu», au même titre, selon lui, qu’un événement tel que les JMJ. Encourageant les jeunes à faire, à Lisbonne, «l’expérience de l’universalité», le chanoine les exhorte «autour du Saint Père François», à «enflammer le monde du feu de l’amour».

Un invité surprise

Un enseignement est aussi donné par Roland Jaquenoud, prieur de St Maurice. Il pose la question de ce que signifie un pèlerinage tel que les JMJ. Il se réfère pour cela à l’épisode de la visite de Marie à Elisabeth, ainsi que du voyage d’Abraham, envoyé par Dieu vers le pays de Canaan. «Partir, c’est une démarche spirituelle», relève le chanoine. «Tel Abraham, Dieu nous invite à quitter nos repères, quelque chose de nous-mêmes, nos certitudes, notre confort, sans savoir vers quoi l’on va». Pour Roland Jaquenoud, le voyage physique est l’image du voyage intérieur. L’important dans la démarche, n’est ainsi pas la destination, mais le parcours en lui-même, dont le but réel est «le fond de moi-même, mon cœur, dans lequel Dieu habite.»

Mgr Jose Cordeiro, archevêque de Braga, a été l’invité surprise de la journée de préparation des JMJ | © Bernard Hallet

L’assemblée réunie dans l’abbatiale frémit soudain à l’annonce d’un invité surprise. Elle exulte en apprenant qu’il s’agit de Mgr José Cordeiro, archevêque de Braga, le diocèse du nord du Portugal qui accueillera les jeunes au cours de la première semaine des JMJ. Le prélat a fait un détour par St Maurice, alors qu’il va participer à Sion à la fête de Notre-Dame de Fatima, célébrée traditionnellement le 13 mai. Il exprime aux jeunes sa joie de pouvoir les recevoir dans son diocèse.

Une brève présentation du pays d’accueil relève ensuite effectivement à quel point la mère de Jésus était proche du cœur des Portugais.

Un autre prélat portugais, Don Amerigo Aguiar, évêque auxiliaire de Lisbonne, intervient par message vidéo enregistré. Le principal organisateur des JMJ 2023 souhaite notamment aux jeunes «une pluie de grâce.»

«Charte du pèlerin»

Mais la rencontre est aussi l’occasion de toucher les aspects pratiques du voyage. Une animatrice détaille ainsi par le visuel les objets essentiels à prendre dans son sac à dos.

La première partie de l’après-midi est consacrée à divers ateliers. Introduction à la langue, à la culture, à l’histoire portugaise, visite de la basilique, ou encore bricolage de la bannière Suisse romande, il y en a pour tous les goûts.

L’abbaye a résonné au rythme du «Resucitó», chanté par l’abbé Pierre-Yves Pralong | © Bernard Hallet

L’un des ateliers, estampillé «obligatoire», concerne la «Charte du pèlerin», une nouveauté dans ses JMJ. Le document, qui doit être signé par tous les participants, ainsi que par les parents des pèlerins mineurs, veut conscientiser les jeunes par rapport à leurs responsabilités dans ce voyage. Il exhorte principalement au respect de l’autre, que ce soit sur le plan relationnel, culturel, affectif ou sexuel.

Jean-Marie Cettou, abbé à Lausanne, présente l’atelier, avec Marie, animatrice de la pastorale jeunesse à Bienne. «La grâce des JMJ, c’est une grâce qui nous garde toujours jeunes», assure le prêtre.

Une initiative bien reçue

Suite à la diffusion d’un message vidéo du pape François incitant les jeunes à dire «oui aux horizons» et «non aux murs», les participants se mettent par groupe de 10 pour lire la charte et en parler entre eux. Quelques interrogations émergent, notamment sur une phrase indiquant: «En cas de discussion privée/intime, je veille à toujours avoir en vue des membres de mon groupe pour éviter toute ambiguïté.» L’abbé Cettou rappelle aux jeunes qu’ils ne rencontreront pas sur place que d’autres pèlerins catholiques, mais aussi des personnes ne prenant pas part à la manifestation et pas forcément «bienveillantes». Le point de la charte incite surtout à ne pas quitter le groupe en cas d’invitation d’une personne extérieure.

Les jeune sont travaillé sur la «Charte du pèlerin» lors de cet atelier obligatoire | © Bernard Hallet

Cette démarche de la charte, bien que nouvelle ne choque pas les participants. «Je trouve cela utile, confie un jeune garçon. La plupart des points mentionnés découlent simplement du bon sens. Mais c’est bien que cela soit énoncé par écrit». Il ne se sent nullement «oppressé» par l’exigence. «C’est une façon d’assurer que le vivre ensemble se passe bien sur place». Pour une jeune fille «les JMJ sont par essence une expérience collective. Il faut faire en sorte que ça se passe au mieux pour que tout le monde puisse en profiter au maximum.»

Jérôme, 29 ans, Valais: «Jai déjà fait trois JMJ. Je vais le faire probablement pour la dernière, mais c’est chaque fois et une expérience incroyable et très différente. Les JMJ sont quelque chose de spécial pour moi, elles ont été le premier tremplin qui m’a amené vers Dieu. Et à chaque fois que j’y suis allé, ça m’a permis de rebooster ma foi.»

«Entamons la marche»

Marie précise que la charte n’est pas là pour «embêter» les jeunes et qu’elle n’a pas été «inventée» par les JMJ romandes. «C’est une synthèse de chartes organisées pour des événements similaires dans des grandes villes.» L’animatrice jeunesse donne également des précisions sur un point enjoignant aux jeunes d’aller parler de leurs éventuelles difficultés. Elle indique qu’il y aura sur place une association portugaise d’aide, qui aura des tentes à plusieurs endroits et dont le numéro de téléphone sera fourni.

La journée s’est conclue avec une messe présidée par Mgr Jean Scarcella et dont l’homélie a été prononcée par Mgr Alain de Raemy, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF). «Entamons notre marche», a lancé l’évêque des jeunes en forme d’envoi vers Lisbonne. (cath.ch/rz)

| © Bernard Hallet

Julie, 23 ans, Fribourg: «J’ai déjà fait les JMJ de Cracovie et de Panama. La première fois, je n’étais pas sûre de ce en quoi je croyais, et ça m’a donné le goût de la foi. Les rencontres qu’on y fait nous renforcent aussi spirituellement. On découvre aussi qu’on n’est pas seuls, on se retrouve avec des personnes qui pensent la même chose que nous. C’est un lieu où on ressent que l’on peut être nous-mêmes. Le pape a aussi toujours des mots forts, qui nous parlent.» RZ

Raphaël Zbinden

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