Le cardinal Martini: une conscience typiquement moderne

Rome: Paul VI aurait cent ans le 26 septembre

Rome 24 septembre 1997 (APIC) « Paul VI savait se mettre en question, se laisser interroger et douter. En ce sens, sa conscience était typiquement moderne ». A l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de Paul VI (Jean Baptiste Montini, né le 26 septembre 1897 à Concesio, près de Brescia, en Italie) le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, confie ses souvenirs à l’hebdomadaire italien « Famiglia Cristiana » à paraître le 25 septembre.

« J’ai toujours été profondément touché par son humanité, par son attention aux personnes et par sa curiosité intellectuelle », témoigne le cardinal Martini, que Paul VI nomma à la tête de l’Institut Biblique de Rome, puis de l’Université Grégorienne.

« Il avait un désir hors du commun de connaître l’opinion des autres », souligne le cardinal jésuite, qui estime que « la capacité de dialogue de Paul VI dérivait à la fois d’une inclination naturelle de sa sensibilité, d’une exigence évangélique de charité et d’un besoin des temps ». Le cardinal Martini poursuit en établissant un bilan du dialogue dans l’Eglise d’aujourd’hui: « On me demande souvent pourquoi, nous chrétiens, nous avons tant de mal à suivre la voie du dialogue. Personnellement, je ne serais pas si pessimiste. Je retiens que nous avons fait beaucoup sur la voie du dialogue. On s’est également rendu compte que le dialogue ne résout pas tous les problèmes. Le dialogue les met en évidence quand les deux parties sont bien disposés mais il faut ensuite franchir des pas objectifs. Le dialogue n’est donc pas une panacée ou une solution à tous les problèmes: c’est une attitude de fond à laquelle on doit être fidèle tout en sachant que le dialogue peut demander de nouveaux engagements et des sauts qualitatifs. »

Revenant à la personnalité de Paul VI, le cardinal explique: « Il savait se mettre en question, se laisser interroger et douter. En ce sens, sa conscience était typiquement moderne. » Une attitude qu’il retrouve chez Jean-Paul II quand il invite à « revisiter sous un angle critique notre propre passé en vue du troisième millénaire ». « Et c’est n’est pas un leçon facile, dit-il. Comme Jean-Paul II l’a souligné à plusieurs reprises, c’est une attitude courageuse. […] Il ne s’agit pas de se charger des fautes que nous n’avons pas commises, mais de reconnaître notre continuité historique et, par conséquent, le lien que nous avons avec les générations passées, dans leurs mérites et dans leurs erreurs. »

Promotion de la liberté chrétienne

Interrogé sur la conception de la liberté qu’avait Paul VI, le cardinal Martini répond: « Paul VI, à partir de la liberté du monde occidentale, a très bien compris que la liberté serait toujours davantage la clef de lecture du monde contemporain. C’est pourquoi il a senti que l’Eglise devait se préparer à vivre, un peu partout dans le monde, dans ce régime de pluralisme, en faisant la promotion de la vraie liberté chrétienne. […] Le thème d’une liberté, bien entendue, se joue en grande partie dans le dialogue avec la culture contemporaine. Nous ne devons pas avoir peur de proclamer la liberté, mais nous devons démontrer qu’elle dérive de la liberté de la mort et du péché qui nous vient de Jésus crucifié. […] Une grande lutte se joue dans la civilisation entre la liberté de l’Esprit et l’esclavage des idoles. » Dans cette ligne, Mgr Martini fait ce commentaire à propos de l’Europe: « Il n’est pas possible de penser à un futur harmonieux de l’Europe sans le christianisme, même s’il importe de rester en dialogue avec toutes les autres religions et cultures. Pour l’Eglise, le point crucial du défi des années à venir dans ce chemin vers l’unité réside dans l’éducation à la mondialisation, dans le dépassement des oppositions entre ethnies et Eglises. Nous devons croire à une convivialité entre les différentes cultures, fondée en particulier sur la base des grandes valeurs humaines que proclament le christianisme et que l’on appelle les droits de l’homme. Telle est l’Europe que voulait le Pape Montini. » L’archevêque de Milan juge très actuelle la le\on spirituelle et pastorale de Paul VI: « Il s’est toujours montré soucieux de comprendre la situation de l’autre, de se mettre à la place de l’interlocuteur, de comprendre l’homme contemporain et ses problèmes. Ceci est plus nécessaire que jamais aujourd’hui.

Certes, il est vrai que le contexte général a profondément changé. A l’époque, la division entre les blocs existait encore. Cette situation pesait lourdement sur la vie sociale et politique. Aujourd’hui, il est important de tendre vers un futur d’intelligence et de dialogue, dans la proclamation courageuse des valeurs évangéliques et des béatitudes. »

Paul VI avait pensé démisionner

Interrogé par Radio Vatican, l’ancien confesseur de Paul VI, le cardinal Paolo Dezza, révèle de son côté que Paul VI, à la fin de sa vie, a sérieusement envisagé de donner sa démission.

« Il y a pensé beaucoup, affirme le cardinal, en particulier quand les journaux parlaient d’une éventuelle renonciation du pape. Il aurait renoncé, mais il disait: « Ce serait un traumatisme pour l’Eglise », et donc il n’avait pas le courage de le faire. Pourtant, il l’aurait fait parce qu’il avait, surtout dans les derniers temps, deux préoccupations: avant toute chose se préparer saintement à la mort, et puis la peur de tomber malade. Il priait donc le Seigneur de pouvoir continuer à travailler jusqu’à la fin, et de fait, il a travaillé comme pape jusqu’à la veille de sa mort. »

Le cardinal Dezza, religieux jésuite, ajoute: « Paul VI n’était pas triste, mais plutôt sérieux et réservé. Il souffrait beaucoup. Je l’avais connu avant qu’il ne devienne pape, quand il était cardinal à Milan et ensuite comme Subsitut à la secrétairerie d’Etat. Je l’ai vu un peu changer en devenant pape, dans le sens où la responsabilité, les décisions qu’il devait assumer comme pape, le faisaient souffrir, comme spécialement dans le cas de Mgr Lefebvre. »

Outre la messe annuelle à la mémoire pour les papes défunts qui aura lieu le 28 septembre, un hommage particulier et solennelle sera rendu à Paul VI le 22 novembre par la curie romaine. (apic/imed/cip/mp)

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