APIC – Interview
Mgr Berranger: Du silence officiel d’alors
à la repentance d’aujourd’hui
Paris, 26 septembre 1997 (APIC) Le 30 septembre prochain, à Drancy, Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis, évêque où se trouvait le camp de Drancy d’où 64’000 juifs ont transité avant de rejoindre le camp d’Auschwitz, lira en présence d’une vingtaine d’évêques une déclaration sur le silence de leurs prédécesseurs face à la persécution anti-juive. Ses explications sur la question.
APIC: Quelle analyse faites-vous du silence de l’Eglise face aux lois anti-juives d’alors?
Mgr de Berranger: Le silence en question est le silence de l’Assemblée des cardinaux et des évêques. Un silence officiel. Même si quelques évêques, comme Mgr Saliège ou Mgr Théas, ont su parler et prendre position, ont eu le courage d’agir. L’objet de cette déclaration, c’est précisément que lesdites lois n’ont pas été dénoncées au plus haut niveau et de façon collective.
APIC: C’est à vous que revient de lire cette déclaration. Comment le ressentez-vous?
Mgr de Berranger: C’est un honneur, j’éprouve beaucoup de fierté et d’émotion. Mais je l’inscris dans la communion et la solidarité avec mes frères évêques d’aujourd’hui et d’alors: dans les mêmes circonstances, aurais-je eu plus de lucidité et de courage qu’eux? La question reste ouverte. Ce qui n’empêche qu’aujourd’hui, nous dénoncions d’une même voix les manquements graves dans le témoignage rendu au Christ à cette époque.
APIC: En quoi consistera cette déclaration?
Mgr de Berranger: C’est une «repentance» adressée à Dieu et aux hommes. Nous demandons aux représentants de la communauté juive d’en être les témoins. Il s’agit en fait d’un travail de mémoire, purification de celle-ci. Je rappelle que les épiscopats allemands et polonais ont déjà fait cette démarche en 1995. Nous ne savons pas ce que déclarera le 30 septembre M. Hadjenberg, président du Conseil représentatif des institutions juives (CRIJ). Mais il a fait savoir qu’il se félicitait de l’initiative.
APIC: La communauté juive est-elle importante dans votre diocèse? Quel dialogue nouez-vous avec elle?
Mgr de Berranger: Il faut d’abord préciser qu’à Drancy même existe une association juive du souvenir très active. Elle réagit très positivement à notre démarche et a reçu une délégation de jeunes dans le cadre des JMJ. Ces jeunes ont fait une marche silencieuse entre le mémorial et l’Eglise de Drancy. Une initiative qui a elle-même été bien reçue et que nous reprendrons à notre compte le 30 septembre. Pour le reste, je ne dispose pas de chiffres récents, mais je peux dire que rares sont les communes de Seine-St-Denis où la communauté juive n’est pas présente et où il n’y a pas de synagogue. Pour ma part, partout où je me rends, je cherche à entretenir un dialogue avec les responsables des communautés juives et musulmanes. Avant mon arrivée ici, des comités pour les relations avec les frères juifs et musulmans et pour le dialogue œcuménique existaient déjà. L’action sera poursuivie, voire amplifiée.
APIC: Diriez-vous comme le cardinal Etchegaray que le christianisme a besoin du judaïsme?
Mgr de Berranger: C’est une évidence absolue. Voyez l’épître de saint Paul aux Romains: le christianisme est un olivier sauvage greffé sur l’olivier franc. Ce qui est bizzare, c’est qu’on ait perdu cela de vue. Au fond, à cause de l’ignorance de l’Ecriture.
APIC: Le 19 octobre, cela fera un an que vous êtes à la tête de ce diocèse. Quel premier bilan dressez-vous?
Mgr de Berranger: J’ai visité 26 communes sur 40. Je fais de mon mieux avec les acteurs concernés, les responsables du Département, pour que l’image de la «mise au ban» s’estompe. Et qu’on prenne conscience des potentialités et de la vitalité tout à fait encourageantes des familles qui le peuple. Il faut qu’elles-mêmes se défassent de cette image négative dont elles sont prisonnières, qu’elles réalisent l’énorme travail qui se fait pour rendre cette terre plus conviviale. (apic/pr/ propos recueillis par Jean-Claude Noyer)
Kenya: Violences sur la côte ouest du pays
Afflux de réfugiés dans les églises de Mombassa
Nairobi, 26 septembre 1997 (APIC) L’Eglise catholique de la région de Mombassa, sur la côte ouest du Kenya fait actuellement face à un afflux de réfugiés chassés de leurs foyers par des bandes armées qui les terrorisent, rapporte l’Agence internationale d’images de télévision (AITV).
Depuis le 13 août dernier, la région de Mombassa est secouée par une vague de violence qui a fait 67 morts jusqu’à présent. Ces violences sont dirigées contre les populations migrantes venues de l’intérieur du pays pour y travailler. Même si les tueries ont cessé, les bandes armées continuent d’incendier maisons et magasins des migrants.
Sur près de 100’000 personnes qui ont fui le domicile, 2’600 ont trouvé refuge dans les églises de Mombassa et de Liktoni; mais ces églises ne sont pas à l’abri des violences. La semaine derrière, trois d’entre-elles ont été attaquées. On ne connaît cependant pas le bilan.
Selon ARTV, les partis politiques de l’opposition kenyane accusent les extrémistes musulmans d’être à l’origine de ces violences. L’Eglise catholique, pour sa part, estime qu’elles ne sont pas seulement tribales, mais aussi liées aux élections présidentielles et législatives, prévues pour la fin de l’année au Kenya.
Je pense qu’actuellement, c’est une agitation politique. Tous les partis veulent gagner les élections, commente le père Ernest Mutumba, prêtre dans un église de Mombassa. (apic/ic/pr)
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