le Congo expulse ses réfugiés ou les prive de secours

Une collaboratrice de Caritas Secours International témoigne:

Bruxelles, 28 septembre 1997 (APIC) Dix jours après son retour en Belgique, une collaboratrice de Caritas n’est toujours pas remise du mur d’encerclement qu’elle a vu se dresser contre les réfugiés au Congo. Une stratégie qui a brusquement rendu « impossible », donc « inutile » le travail d’une équipe envoyée dans la région de Kisangani par Caritas Secours International.

La collaboratrice de Caritas, qui garde l’anonymat pour des raisons de sécurité, vient de passer quatre mois et demi à Kisangani, essentiellement pour porter secours à des réfugiés exténués et affamés. Un travail de longue haleine pour redonner espoir autant qu’affermir la santé. Une action brusquement réduite à néant par l’encerclement du site de transit de Kisangani, le 4 septembre dernier à 4h du matin, et par une évacuation militaire des réfugiés pris en charge par les organisations humanitaires.

Jusque là, l’équipe internationale de cinq personnes envoyée à Kisangani par Caritas avait vu sortir, jour après jour, un peu plus de réfugiés rwandais et burundais, terrés jusque là dans la forêt, affaiblis physiquement et moralement par des mois d’exode et de privation. « Au début, certains réfugiés ne sortaient de la forêt que pour venir chercher leur ration de bouillie à haute valeur nutritionnelle que nous leur préparions », raconte la collaboratrice de Caritas.

« Peu à peu, une relation de confiance s’est nouée et les réfugiés ont été plus nombreux à rester au site de transit. Pour nous, le rythme était difficile à tenir, car les autorités ne nous autorisaient à travailler sur le site que cinq à six heures par jour. On ne pouvait commencer à préparer les repas qu’en fin de matinée. Puis il fallait veiller à ce que tous aient leur ration, que les plus faibles parviennent à l’ingurgiter.

« A côté des repas, d’autres activités servaient à remonter le moral à cette population, y compris des ateliers de fabrication de jeux ou des ateliers de coutures. Les réfugiés, souvent en guenilles, ont un grand besoin de vêtements : s’ils arrivent quelque part, s’ils regagnent leur pays, ils veulent se présenter avec dignité. Nous leur avons donc acheté du tissu pour leur permettre de confectionner eux-mêmes leurs vêtements ». Au fil des semaines, la présence des réfugiés a diminué sur le site. Deux membres de l’équipe de Caritas ont alors quitté la ville pour chercher les réfugiés dispersés dans les villages environnants. « A la mi-août, poursuit la collaboratrice de Caritas, nous avons reçu la visite d’un représentant des autorités. Il nous a dit que cela ne pouvait plus durer, que les réfugiés devaient partir. Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a fait savoir qu’il avait mandat de protéger ces demandeurs d’asile et ces réfugiés, et qu’il fallait du temps pour que leur dossier aboutisse ».

Terrible témoignage des événements

« Le 4 septembre, à 4h du matin, les soldats ont encerclé le site de transit. « Une heure plus tard, ils commençaient l’évacuation. Direction : l’aéroport. Les réfugiés, encadrés seulement par quelques surveillants à l’arrivée des soldats, étaient persuadés qu’on venaient les chercher pour les tuer. Affolés, résignés à une mort prochaine, ils n’ont même pas emporté ce qui leur restait de bagage.

Certains tremblaient littéralement de peur, d’autres étaient tétanisés. Un moment affreux ! Les équipes humanitaires ont été prévenues en cachette par un surveillant. Mais il a été impossible de rejoindre le site, ne fût-ce que pour rassurer les personnes. La route ayant été coupée et l’aéroport bouclé, nous avons attendu jusqu’à 17h pour apprendre des autorités que deux avions étaient déjà partis pour Kigali ».

On ignore aujourd’hui combien de réfugiés vivent encore dans la région. Ceux qui se terrent dans la forêt sont plus dispersés et plus isolés que jamais. Depuis l’évacuation forcée des derniers réfugiés repérés, l’équipe de Caritas n’avait plus de raison de rester à Kisangani. Aussi une collaboratrice belge a-t-elle regagné Bruxelles. Non sans un sentiment d’impuissance et d’indignation devant l’évacuation forcée des réfugiés. (apic/cip/pr)

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