Les autres Eglises dénoncent une politique de propagande

Nicaragua : des manuels catholiques pour toutes les écoles ?

Managua, 7 août 1997 (APIC) Des représentants du parti évangélique « Chemin chrétien nicaraguayen » et du Front Sandiniste de Libération Nationale soupçonnent le ministre catholique de l’Education, Humberto Belli, de faire pression sur les écoles primaires et secondaires pour qu’elles adoptent une série de manuels publiés dans la collection catholique « Education à la foi », ce qui serait en contradiction flagrante avec l’article 14 de la Constitution, qui garantit le caractère laïc de l’Etat.

Le ministre Humberto Belli, que l’on dit membre de l’Opus Dei et très proche de l’archevêque de Managua, Mgr Obando y Bravo, avait pris une mesure spectaculaire en 1991 en récusant systématiquement les manuels en vigueur sous l’ancien gouvernement sandiniste pour les remplacer par de nouveaux livres. Or ceux-ci, se sont alors étonnés de nombreux parents, ne sont pas exempts d’une tout autre propagande. Ainsi, ils célèbrent unilatéralement le rôle des Etats-Unis dans l’histoire du Nicaragua.

Des responsables d’Eglises évangéliques se disent aussi choqués par les références exclusives accordées à l’enseignement de l’Eglise catholique, tandis que des catholiques s’étonnent de la surabondance de citations typiques de l’époque d’avant le concile Vatican II. En février dernier, peu avant le début de l’année scolaire au Nicaragua, deux cents chefs d’écoles publiques de la région de Managua avaient été convoqués à une réunion où le représentant du ministre de l’Education les a invités à adopter les livres publiés dans la série « Education à la foi », édités sous les auspices de l’archevêché. La couverture des ouvrages ne laisse planer aucun doute sur le label de la collection : y sont reproduits les photos du pape et de Mgr Obando y Bravo.

C’est précisément ce que des responsables protestants jugent choquant pour des manuels scolaires prétendument destinés à tous. Le langage de ces manuels, estime en outre le pasteur Miguel Angel Casco, responsable de l’Eglise Mission Chrétienne, est souvent « inadéquat » et inutilement « polémique et provoquant ». Le pasteur baptiste Sixto Ulloa, ancien député sandiniste, considère que la pression exercée sur les chefs d’écoles pour qu’ils adoptent ces ouvrages apporte une caution à une « alliance stratégique » entre le gouvernement et l’Eglise catholique. Le président Aleman, se demande ironiquement le pasteur Ulloa, serait-il en train de « payer sa dette à Mgr Obando y Bravo pour l’appui que lui a accordé l’archevêque durant la campagne électorale » ?

Les accusations diverses lancées contre le ministre de l’Education n’ont pas tardé à suscité la réplique de son porte-parole Alfredo Marenco : Le gouvernement n’a rien imposé du tout. Nous ne faisons aucune pression sur les écoles et nous ne leur imposons pas d’obligations en la matière. C’est d’ailleurs aux parents qu’il appartient de décider quelle éducation ils veulent donner à leurs enfants. » Cette réaction n’a pas convaincu dans les milieux protestants. Sebastian Castillo, chargé de la défense des droits humains au sein du Conseil Evangélique pour l’Alliance entre les Dénominations, estime qu’il est abusif de reporter le problème sur le seul dos des parents. « On va tout droit vers un conflit juridique touchant le droit des parents : droit pour une majorité de décider telle orientation des cours donnés à leurs enfants, droit pour une minorité de ne pas se voir imposer une autre religion. » (apic/cip/mp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/nicaragua-des-manuels-catholiques-pour-toutes-les-ecoles/