Espagne: Les Jésuites du monde réunis à Loyola
Loyola/Verviers, 10 août 1997 (APIC) A invitation du Père Peter-Hans Kolvenbach, leur supérieur général, les Jésuites ont tenu en Espagne leur premier Congrès international pour la promotion des vocations. La rencontre s’est tenue du 21 au 25 juillet à Loyola, où saint Ignace fit le choix décisif qui le conduisit à fonder la Compagnie de Jésus. L’assemblée comprenait une cinquantaine de participants : des représentants des grandes régions du monde, des membres de la Curie générale et divers experts.
Le Congrès était organisé par le Père José Morales Orozco, conseiller du Père Kolvenbach pour la formation et pour la promotion des vocations. Le supérieur général a mis d’entrée de jeu l’accent sur la responsabilité de toute la Compagnie à l’égard des vocations à promouvoir. Sans cacher sa préoccupation d’une meilleure visibilité des religieux et d’un manque de vocations de frères jésuites, il a incité l’assemblée à faire oeuvre de discernement pour saisir avec finesse et compréhension la situation des jeunes dans le monde. Cette ouverture d’esprit devra aller de pair avec une expression renouvelée de la spiritualité et du charisme des Jésuites.
Lumières et ombres
Sur la lancée de cette introduction, les représentants régionaux ont d’abord dressé un tableau de la situation. Un peu partout, ils ont relevé un intérêt grandissant des Jésuites pour la promotion des vocations. Ce souci se traduit notamment dans des missions confiées à des équipes d’éveil et d’accompagnement des vocations. Il est présent dans la prière et dans les initiatives prises pour inviter les jeunes à partager la vie d’une communauté locale ou pour stimuler leurs charismes personnels.
Néanmoins, il reste du chemin à faire pour favoriser la concertation sur le sujet et pour que chaque Jésuite porte au quotidien le souci des vocations. Or, la lassitude de certains religieux et le style de vie de certaines communautés ne présentent pas un grand attrait pour les jeunes, a-t-on reconnu. Mais «le matérialisme et l’érotisme» qui façonnent la culture ambiante ont aussi été mis en cause.
Entre la prière et l’engagement de chacun pour offrir un témoignage parlant de sa vocation religieuse, le Père général a une nouvelle fois insisté sur le discernement à poursuivre. Il s’agit, a-t-il souligné, de lire «ce que Dieu dit à travers la crise des vocations» au lieu de se laisser paralyser par le pessimisme, la panique ou la résignation.
Pour un style prophétique
Un message final rédigé par un groupe de jésuites hispanophones a bien rendu le ton de la rencontre, rapporte le Jésuite belge Daniel Sonveaux, un des trois délégués d’Europe occidentale. Les signataires y redisent d’abord leur gratitude pour la grâce de leur vocation et se replacent dans le sillage des choix fondamentaux de saint Ignace. Leur «prière adressée au Maître de la moisson pour qu’il y envoie plus d’ouvriers» s’accompagne d’un regard lucide porté sur un monde contrasté : «quelques-uns vivent dans l’opulence et d’autres ont à peine de quoi nourrir leurs enfants; quelques-uns cherchent Dieu et d’autres ignorent comment Dieu est à leur recherche».
Aussi les Jésuites ont-ils refait à Loyola, comme leur fondateur, une profession de foi. Celle-ci leur a aussi inspiré un engagement raffermi à promouvoir les vocations, avec la conviction que «les jeunes d’aujourd’hui sont l’avenir de l’Eglise», «qu’ils ne sont pas moins généreux que les jeunes d’autrefois et qu’ils attendent une invitation à une vie authentique de prière et de service». Dans ce contexte, les Jésuites ont valorisé l’exemple des communautés qui ont développé leur souci d’inviter les jeunes à partager leur manière de vivre pendant quelque temps. Ce sera sans doute une des suggestions que le Père Kolvenbach mettra en relief dans la lettre qu’il compte adresser sur ce sujet dans les prochains mois à la Compagnie.
Une pastorale du choix
De sa participation au Congrès de Loyola, le Père Daniel Sonveaux a ramené en Belgique l’impression d’une grande diversité des contextes. Les distances n’avantagent pas les Africains, tandis que les relations de proximité dont se réjouissent les Latino-Américains n’empêchent pas les délicats problèmes de discernement des vocations.
Mais ce sont davantage les constantes qui ont frappé le Père Daniel. A commencer par le poids de la famille ou de l’entourage immédiat : beaucoup de jeunes héritent d’une aventure familiale mouvementée une grande fragilité affective. La culture ambiante, volontiers matérialiste et hédoniste, ne les aide pas à grandir en maturité. En revanche, les collaborations nouvelles avec les laïcs et la redécouverte de la vocation particulière du religieux frère semblent ouvrir des pistes prometteuses.
A Loyola, toutes les régions ont souligné le besoin d’un promoteur des vocations à temps plein, mais non d’un spécialiste isolé. Mais, comme le Père Kolvenbach s’est plu à le répéter, la vocation reste avant tout un appel de Dieu. Un appel à discerner avec les jeunes dans leur vie. Quels jeunes ? Sans doute la Compagnie, dont la plupart des candidats novices proviennent des classes moyennes, est-elle appelée à s’ouvrir davantage, selon le Père Sonveaux, «à d’autres groupes sociaux, à d’autres mentalités, particulièrement à des couches de la population qui sont l’objet d’exclusions politiques ou autres».
Il importerait également, ajoute le délégué belge à Loyola, de promouvoir «une pastorale du choix». Il y a 476 ans, rappelle-t-il, Ignace était un officier blessé, à peine convalescent, handicapé à vie se morfondant sur son sort. Or cet homme, dans sa chambre, a appris à choisir : «Dieu l’a éduqué au choix», comme en témoignent ses «Exercices spirituels», qui proposent en quelque sorte une «école évangélique du choix». Ce qui fait dire au Père Daniel : «Aujourd’hui, ce dont nous avons particulièrement besoin, et spécialement les jeunes, c’est d’apprendre ou de réapprendre à choisir». (apic/cip/mp)
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