APIC – Interview
Russie: A. Lechinski, représentant de l’administration de la présidence, optimiste
La nouvelle loi sur les religions vraisemblablement amendée
Jacques Berset, Agence APIC
Novosibirsk, 15 août 1997 (APIC) La nouvelle loi «sur la liberté de conscience et les associations religieuses», votée en juin par le parlement russe et à laquelle le président Eltsine a opposé son veto, sera vraisemblablement amendée et débarrassée de ses passages les plus controversés, a déclaré à l’APIC le professeur Anatoli Nikolaïevitch Lechinski, expert auprès de l’administration du président Boris Eltsine.
Représentant le Bureau pour les organisations religieuses au sein de l’administration de la présidence russe aux cérémonies de consécration de la cathédrale catholique de Novosibirsk, où son intervention fut très applaudie, le professeur Lechinski a déclaré à l’agence APIC que la nouvelle législation religieuse ne passera pas telle quelle. Les paragraphes controversés et qui contredisent la Constitution russe et les obligations internationales de la Russie devraient être amendés, tout en maintenant la substance de la loi, notamment la protection contre les «sectes totalitaires».
Invité à Novosibirsk par l’évêque catholique Joseph Werth, Anatoli Lechinski a qualifié de «très grand événement» la consécration de la cathédrale catholique romaine pour toute la Sibérie. Docteur en sciences religieuses, l’expert gouvernemental s’occupe de la religiosité contemporaine de la Russie.
Anatoli Lechinski a relevé que la loi sur la liberté religieuse de 1990, qui a apporté de très profonds changements par rapport à la situation antérieure, a donné aussi à l’Eglise catholique – qui est en Russie depuis plus de deux siècles – la possibilité de s’exprimer plus librement et de retrouver certaines de ses anciennes positions. Il a confirmé le caractère «très positif» des activités de l’Eglise catholique romaine après 1990.
«Jusqu’à la moitié des années 80, il était quasiment impossible d’enregistrer de nouvelles communautés religieuses dans ce qui était alors encore l’Union soviétique», a-t-il poursuivi. A cette époque, il n’y avait qu’une dizaine de communautés enregistrées, alors que théoriquement plus de 200 auraient dû être enregistrées. Toutes les autres existaient à l’état clandestin et n’avaient pas le droit à une personnalité juridique. Avec pour conséquence qu’elles ne pouvaient notamment ni acheter ni louer des locaux pour le culte. Aujourd’hui, plusieurs centaines de communautés et d’institutions catholiques sont enregistrées légalement dans toute la Russie.
L’Eglise catholique en Russie fait partie des religions traditionnelles
Outre les deux instituts de formation spirituelle qu’elle a ouverts en Russie, ses deux administrations apostoliques, à Moscou et à Novosibirsk, l’Eglise catholique possède en Caritas une œuvre d’entraide «qui fonctionne très bien», souligne A. Lechinski. «Je pense que cette Eglise a très bien réussi à se développer, et moi je soutiens qu’elle est une Eglise traditionnelle en Russie, même si elle n’apparaît dans le préambule de la nouvelle loi». La nouvelle loi, qui définit dans son préambule l’orthodoxie comme «une part inaliénable de l’héritage historique, spirituel et culturel de la Russie, considère également comme «nationales» la religion islamique, bouddhiste et juive. L’Eglise catholique, à la présence sur sol russe pluriséculaire, n’est mentionnée nulle part. Elle court ainsi le risque que lui soient appliquées les sévères restrictions imposées aux religions «étrangères».
Anatoli Lechinski affirme que le préambule de la loi sur les religions sera changé et qu’une nouvelle rédaction – avec les corrections nécessaires – est en préparation pour la Douma, le parlement russe. Le président Eltsine a envoyé à la Douma une demande de modification de la loi sur les points les plus graves. Le préambule n’est pas le plus important, relève A. Lechinski, parce qu’il n’a pas de valeur juridique. Par contre, les articles qui ne sont pas conformes à la Constitution de la Fédération de Russie et aux accords internationaux signés par la Russie devront absolument être rédigés de façon acceptable. «Je ne pense pas que le président signera une loi qui serait ouvertement en contradiction avec des articles de la Constitution». Si la Douma campait sur ses positions, il y aurait toujours la possibilité de recourir à la Cour constitutionnelle. Anatoli Lechinski est d’avis que les députés qui ont voté la loi n’ont pas eu le temps de réfléchir à ses conséquences, et qu’ils modifieront leur position. (apic/be)
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