Entre scepticisme et réprobation

Les JMJ n’emballent pas tous les catholiques

Paris, 21 août 1997 (APIC) A l’heure où le pape rencontrait les 300 représentants d’ATD Quart Monde au Trocadero, au cours de la cérémonie qui restera la plus simple, la plus intimiste et la plus vraie peut-être des XIIe Journées Mondiales de la Jeunesse, des milieux catholiques de jeunes, comme la JEC, la JOC ou encore l’ACO s’interrogent sur ces JMJ. Réactions pour le moins mitigées, si ce n’est une franche réprobation.

Les milieux de l’Action catholique réagissent… Se rencontrer, disent-ils, est certes toujours une bonne chose, mais, estiment-ils, un certain triomphalisme de l’Eglise catholique, l’impasse faite sur le dialogue interreligieux, le peu de place accordées aux autres confessions chrétiennes, la forte présence de réseaux conservateurs, le coût ainsi que l’impact réels d’une manifestation jugée poudre aux yeux ternissent l’image de l’événement.

Partie prenante de l’organisation des JMJ, La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ne marque pas une vraie distance critique à l’égard des JMJ. «On ne veut pas polémiquer», dit avec prudence Blandine Quentin, secrétaire nationale aux relations internationales de la JOC. La forte présence des réseaux charismatiques ou traditionalistes? Réponse en demi-teinte: «La diversité de l’Eglise est une bonne chose. Il ne faudrait cependant pas que les médias se polarisent trop exclusivement sur le pape et que sa venue n’occulte pas le vrai événement: le brassage des jeunes, tel qu’il a pu se faire au Village mondial du développement», où la JOC tenait un stand.

A l’Action catholique ouvrière (ACO), Jean-Michel Lanoizelez, responsable de l’international, est plus catégorique: «On n’aime pas ces grands rassemblements qui masquent la réalité: la marginalisation de l’Eglise, notamment auprès des jeunes. C’est une Eglise puissante qui se met en scène. Ce n’est pas cette Eglise qu’on aime, mais une Eglise humble, discrète. Les responsables syndicaux et les ouvriers que je rencontre réagissent mal à l’événement. Ils sont agacés.

La présence forte de réseaux à l’identité catholique crispée? «Au village du développement, on a bien vu que les scouts d’Europe, branche très conservatrice, étaient nombreux. Les charismatiques sont dans le coup, c’est évident. Ils étaient 12’000 à Bercy mardi soir». Autre interrogation, qui laisse sceptique l’ACO: l’origine sociale des jeunes des délégations étrangères, sachant l’effort financier qu’ils ont à fournir pour venir à Paris. «Combien sont de milieux modestes, comment ont-ils été choisis?»

Méfiance et questions

Réserve encore sur la dimension interreligieuse, «inexistante», et sur la dimension oecuménique, «vraiment restreinte. Il faut le dire, il s’agit là d’une grande fête catholique». Mais le positif «est quand même que les jeunes se rassemblent, se rencontrent. On regarde aussi plus favorablement ce qui s’est passé dans les diocèses, dans les jours qui ont précédé les JMJ: des actions à taille humaine, dans lesquelles des militants de l’ACO ont été engagés».

Michel Cool, rédacteur en chef de «Témoignage chrétien», admet lui aussi que la rencontre de milliers de jeunes chrétiens, qui ont en Europe des difficultés à vivre leur foi minoritairement, est une bonne chose. Il s’interroge toutefois sur la portée des JMJ, sur le suivi. «Qu’y aura-t-il après? Et surtout en retiendront-ils l’enseignement qu’aimer son prochain entraîne une charité en actes? Si tel est le cas, alors tant mieux, même si je me méfie des grands rassemblements avec leurs risques de dérive fusionnelle, de démagogie et de débordements». A ses yeux, un point reste cependant sans conteste: la visite du pape au Trocadero, sur le parvis des libertés et des droits de l’homme, qui est «un hommage à des milliers de militants anonymes. (apic/jcn/pr)

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