L’hommage du pape à Blaise Pascal

Pour Blaise Pascal, la Révélation est «la réponse inouïe à laquelle nulle philosophie n’a pu arriver par elle-même», déclare le pape François dans sa lettre apostolique Sublimitas et miseria hominis (Grandeur et misère de l’homme) publiée le 19 juin 2023. Le texte sort à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance du Français (1623-1662).

Avec Sublimitas et miseria hominis, le pontife jésuite rend un hommage touchant et personnel au philosophe janséniste, «compagnon de route» dans «notre recherche du vrai bonheur». Ce texte de 12 pages est la seconde lettre apostolique consacrée par le pape François à un écrivain laïc après Candor Lucis Æterne, sa lettre sur Dante Alighieri publiée en 2021. Comme le poète italien, Pascal fait partie des références culturelles et spirituelles récurrentes du pontife, ancien professeur de lettres en Argentine et grand lecteur.

Dans un entretien accordé en 2017 à Eugenio Scalfari, fondateur du journal italien La Repubblica, le pape François avait même confié considérer «personnellement» que Pascal «devrait être béatifié». Ces dernières années, dans ses méditations et enseignements, le pontife a eu plusieurs fois recours au «monument» que constituent ses Pensées.

Pascal, «chercheur infatigable de vérité»

Dans sa lettre apostolique, le pontife donne Pascal comme modèle à «tous ceux qui veulent continuer de chercher la vérité», saluant un «homme à l’intelligence prodigieuse qui a rappelé qu’en dehors des visées de l’amour, il n’y a rien qui vaille». Il met cependant en garde contre la tentation d’une lecture d’un Pascal voulant imposer sa foi aux autres, car ce dernier savait que «l’acte du croyant est possible par la grâce de Dieu, reçue dans un cœur libre».

«L’intelligence et la foi» du Clermontois, assure le pape, prémunit «contre les fausses doctrines, les superstitions ou le libertinage». Pascal, poursuit-il, sut saisir très tôt le «drame de notre vie», c’est-à-dire notre incapacité à voir et donc à éviter le mal, et comprit que la foi ne pouvait être exclue de notre recherche de bien et de vérité.

La logique du paradoxe

Rappelant son parcours, François estime que Blaise Pascal est d’abord «stimulant» en tant qu’esprit rationnel – ou «esprit de géométrie», pour reprendre les termes du philosophe – parce qu’il «nous rappelle la grandeur de l’âme humaine, et nous invite à nous en servir pour déchiffrer le monde». Mais pour le pape, son génie précoce, qui fit de lui l’inventeur de la première calculatrice et de nombreuses découvertes scientifiques, l’ouvrit, «selon une logique du paradoxe qui fait sa marque philosophique et le charme littéraire de ses Pensées», à la compréhension des «raisons surnaturelles de la Révélation».

Pascal, souligne François, fut ensuite un grand philosophe, qui comprit que l’homme est «comme un étranger à lui-même, grand et misérable» en reconnaissant la «disproportion insupportable» entre sa volonté d’être heureux et ses «limites indépassables». Face à ce traumatisme, Pascal remarque que l’homme cherche à se distraire «pour ne pas éprouver son néant», même si ce divertissement «n’apaise pas, ni ne comble son désir de vie et de bonheur», note le pape.

L’évangélisation par la raison

Par la philosophie, Pascal a voulu pousser «le plus loin possible la discussion avec ceux qui ne partageaient pas sa foi» en son temps, en choisissant de continuer de s’appuyer sur un discours rationnel, fait remarquer le pape. Le Français, assure-t-il, est un exemple «d’évangélisation toute de respect et de patience que notre génération aura intérêt à imiter».

Le pontife loue le soin que met Pascal à éviter une pensée désincarnée, car la spéculation intellectuelle nourrit les «idéologies mortifères». Ces dernières, affirme le pape, placent les hommes qui les suivent dans des «bulles de croyance où l’idée s’est substituée au réel».

À cette tendance, Pascal assure que le «critère supérieur de vérité est la grâce» et se propose, «avec la simplicité de l’esprit d’enfance, en humble témoin de l’Évangile», de trouver des raisons solides de croire. Le philosophe, insiste le pape, sait que la raison ne s’oppose pas à la Révélation, mais que cette dernière apporte «la réponse inouïe à laquelle nulle philosophie n’aurait pu arriver par elle-même».

Pascal, mystique rationnel

Dans la lettre, le pontife revient sur la grande expérience mystique de Blaise Pascal qui illumine son engagement, sa «Nuit de Feu» dont il gardera mémoire grâce au Mémorial, petit poème qu’il garda cousu dans son vêtement jusqu’à sa mort. Le philosophe découvre alors que Dieu est joie en faisant l’expérience d’un «Dieu personnel». Cela le mène à une conversion profonde qui lui fait comprendre, dans le même temps, «la puissance de la grâce divine», note le pape.

Comme toute «conversion authentique», ce bouleversement s’opère pour Blaise Pascal dans «l’humilité, qui le délivre d’une conscience isolée et de l’autoréférence», assure François. La raison humaine, illuminée par la grâce et mue par une volonté libre de s’ouvrir à Dieu, «reconnaît qu’elle n’aura jamais fini de le découvrir».

Pascal rejette ainsi le «fidéisme», qui sépare radicalement foi et raison, parce qu’il est profondément attaché au «caractère raisonnable de Dieu». Ce qui signifie aussi, souligne le pape, que «la foi ne peut pas s’imposer, parce qu’elle est d’un ordre supérieur, non opposé».

Sortir Pascal de sa controverse avec les Jésuites

Le pontife jésuite revient aussi sur les liens qui unissaient Blaise Pascal à Port-Royal et au milieu janséniste en son temps. Il rappelle avec quelle ardeur il prit, dans ses Provinciales, la défense de ces derniers contre les jésuites molinistes – qui insistaient sur l’importance du libre arbitre dans le salut, et moins sur la grâce.

S’il prend soin de ne pas ressusciter cette controverse, le pape reconnaît cependant que Pascal s’est engagé «sincèrement» contre le pélagianisme de son temps, cette hérésie qui considère que l’homme peut se sauver seul. Et il insiste sur le fait que Pascal n’embrasse pas les dérives jansénistes, notamment la prédestination.

Pascal face à la mort

Le pontife fait aussi de Blaise Pascal un maître pour se préparer à affronter la mort. Il souligne comment, à la fin de sa vie, l’Auvergnat était un «homme pacifié», éloigné de toute controverse, et entièrement dévoué aux pauvres. 

François rappelle comment le philosophe, sur le point de mourir à seulement 39 ans, ne put communier durant son agonie. Il demande alors à communier «dans les membres» [du corps du Christ, dont le chef est la tête, ndlr], c’est-à-dire en secourant les pauvres.

Le pontife le donne en modèle pour tous ceux qui arrivent «au bout du chemin». Et conclut, en citant le philosophe: «Car la vie est si courte: ›Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre. Amen›». (cath.ch/imedia/cd/rz)

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