Actualité: Le parlement russe doit en principe adopter le 1er septembre une nouvelle version – non discriminatoire – de la législation religieuse votée par la Douma en juin dernier. Destinée notamment à protéger les «religions traditionnelles» de la Russi

APIC – Interview

Russie: Vers un compromis dans l’affaire de la nouvelle législation religieuse restrictive ?

Mgr Kondrusiewicz: Malgré l’insécurité actuelle, nous survivrons !

Jacques Berset, de l’Agence APIC

Moscou/Novosibirsk, 28 août 1997 (APIC) La Douma et le Conseil de la Fédération, les deux chambres du parlement russe, amenderont vraisemblablement le 1er septembre la nouvelle législation religieuse, qui contient des passages discriminatoires à l’égard des religions chrétiennes non-orthodoxes. «Les catholiques de Russie vivent dans une certaine insécurité…», admet Mgr Kondrusiewicz, administrateur apostolique de la Russie d’Europe. «De toute façon, quoi qu’il arrive, nous survivrons !», lâche, combatif, l’archevêque, nommé à Moscou en avril 1991.

Habitué à se frotter à l’administration soviétique – remplacée aujourd’hui par une bureaucratie russe qui lui ressemble parfois étrangement – Mgr Tadeusz Kondrusiewicz sait de quoi il parle. Né il y a 51 ans sur le territoire de ce qui est actuellement le diocèse biélorusse de Grodno, non loin de la frontière polonaise, il fut en 1989 le premier évêque nommé en Biélorussie depuis l’arrivée au pouvoir des soviétiques.

Dans une interview à l’agence APIC, l’administrateur apostolique de la Russie d’Europe reste dans l’expectative: «Nous espérons un compromis, mais même si nous l’obtenons, il nous faut attendre non seulement le prochain vote de la Douma et du Conseil de la Fédération, mais également les règlements d’application».

APIC: Même si vous obtenez par une négociation préalable que la loi soit changée dans un sens qui ne discrimine pas les Eglises chrétiennes non-orthodoxes, vous n’êtes pas sûr qu’on l’applique effectivement…

Mgr Kondrusiewicz: Nous ne pouvons jamais savoir comment va être appliquée la loi. J’espère que ce sera de manière favorable. En Russie, tout dépend de la manière dont les autorités locales en font usage. C’est une constante dans ce pays: la loi est interprétée de façon très subjective par les autorités locales. Il en était déjà ainsi avec la loi libérale sur la liberté religieuse adoptée sous Gorbatchev en 1990. A l’époque, dans maints «oblasts» et dans certaines Républiques, nous n’avions aucun problème pour faire enregistrer nos communautés. Dans d’autres endroits nous rencontrions par contre beaucoup d’obstacles; la loi et le climat de l’époque étaient pourtant favorables.

APIC: Le pape Jean Paul II et d’autres responsables religieux sont intervenus en juillet auprès du président Eltsine pour qu’il empêche la mise en vigueur de cette loi qui risque de rendre la vie très difficile aux catholiques et aux protestants. Ces interventions ont-elles été perçues comme des ingérences dans les affaires intérieures de la Russie ?

Mgr Kondrusiewicz: La réaction de certains hommes politiques a été vive; des membres de la Douma surtout, étaient très en colère. D’autres, cependant, sont contents qu’il y ait eu des réactions internationales et sont prêts à corriger le tir. Les jeux ne sont pas encore faits, même si l’on considère les rapports de forces à l’intérieur de la Russie, qui que semblent pas en notre faveur. Il faut savoir que cette nouvelle législation viole 16 paragraphes de la Constitution de la Fédération de Russie adoptée en décembre 1993.

Bien que le président Boris Eltsine ait opposé son veto, les deux chambres du Parlement russe peuvent tout de même imposer la loi si elle obtient la majorité des deux tiers. Il ne resterait plus alors au président qu’à la signer. Il ne peut pas faire usage de son droit de veto une deuxième fois, mais il peut saisir la Cour constitutionnelle. J’ignore si on en arrivera là, car l’administration de la présidence tente de trouver un compromis. Le président lui-même a déclaré que la loi devait être confirmée pour autant qu’on lui apporte un certain nombre de changements. J’ai moi-même été invité à deux reprises par l’administration de la présidence à Moscou, comme d’ailleurs d’autres responsables religieux, notamment protestants.

APIC: Si la présidence, malgré les pressions de l’Eglise orthodoxe pour le maintien tel quel de la loi, souhaite des aménagements, n’est-ce pas à cause des répercussions internationales nuisibles à l’image d’une Russie démocratique, respectueuse de l’Etat de droit ?

Mgr Kondrusiewicz: Certainement, mais nous trouvons également des alliés au sein de la société russe: des intellectuels, des écrivains, des hommes politiques, et même quelques prêtres orthodoxes.

Quant à notre avenir comme Eglise catholique sur la terre de Russie, où notre présence est reconnue depuis plusieurs siècles, je ne crains rien: l’administration apostolique va rester, quoi qu’il advienne; personnellement, je resterai car j’ai maintenant le passeport russe. Certes, dans le pire des cas, nous risquons d’avoir de grandes difficultés pour nous faire à nouveau enregistrer. (La loi prévoit qu’il faut qu’une communauté soit présente depuis 15 ans au moins sur le territoire russe pour pouvoir être enregistrée. L’Eglise catholique, quasiment liquidée sous Staline, n’a pu faire enregistrer des paroisses la plupart du temps qu’au début des années 90. Une communauté non-enregistrée ne peut pas devenir propriétaire de locaux voire même en louer, faute de personnalité juridique, ndr).

APIC: Actuellement la majorité des prêtres et des religieuses catholiques au service de la renaissance de l’Eglise catholique en Russie sont d’origine étrangère. On pourrait donc facilement détruire les structures pastorales progressivement mises en place ces dernières années en ne renouvelant pas les visas…

Mgr Kondrusiewicz: C’est un réel danger, c’est la raison pour laquelle j’accorde de nombreuses interviews à ce propos. Il y a quelques années, la situation de l’Eglise catholique était beaucoup plus facile, notamment pour obtenir des visas et des autorisations de séjour pour les prêtres étrangers. Aujourd’hui, nous n’obtenons des visas d’une durée de six mois au plus, et nous ne savons pas s’ils seront renouvelés. Il faut parler franchement de cette situation, pour le bien de la liberté religieuse en Russie. (apic/be)

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