Congo: Le supérieur provincial des Passionistes de retour de Kinshasa :
Courtrai, 29 août 1997 (APIC) «Trois mois après la libération de Kinshasa par les troupes de Kabila, l’Eglise catholique et le nouveau régime au Congo sont toujours dans une attitude réciproque d’expectative», observe le Père Harry Gielen supérieur provincial des religieux passionistes de Belgique, de retour du Congo où il a passé un mois.
«Il n’y a pas de signes manifestes d’hostilité, mais il n’y a pas non plus de signes de coopération. Il n’y a pas de conflit, mais il n’y a pas de rencontre non plus. L’Eglise ne cache pas qu’elle est soulagée d’être débarrassée du régime Mobutu. Mais elle n’est pas rassurée sur l’avenir du Congo.» Le supérieur des Passionistes précise cependant que ses observations ne valent que pour Kinshasa : il n’a pu parcourir le pays comme il l’avait espéré.
Le Père Gielen a perçu «les premiers signes d’un nouveau début»: «On refait des routes. On balaie à nouveau les trottoirs. Des volontaires se mettent même à réparer des égouts. Par ailleurs, Kinshasa multiplie les contacts diplomatiques avec l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et l’Angola en vue de renouveler un corps de fonctionnaires qui en a bien besoin et en vue de pouvoir les payer.» «Mais ce ne sont encore que des changements élémentaires. Bien des questions restent en suspens», commente le Père Gielen.
L’Eglise catholique s’interroge, par exemple, sur les activités des militants qui composent aujourd’hui la formation politique de base de l’Alliance autour de Laurent Kabila. En quoi cette formation, qui contrôle tout, diffère-t-elle d’un «parti unique» ? Que signifie son «jargon d’opposants marxistes» peu en phase avec les situations locales ? Pourquoi doit-elle accuser systématiquement l’Eglise de «collaboration avec l’ancien régime» ?
Le Père Gielen ne rejette cependant pas en bloc toutes les critiques émises à Kinshasa. «Dans ce que les gens de Kabila disent sur l’Eglise, il y a beaucoup de vrai. Il faut bien reconnaître que certains évêques, pris isolément, ont profité du régime Mobutu. Mais il serait injuste d’affirmer que toute l’Eglise congolaise l’a fait, alors qu’elle n’a pas ménagé son opposition, surtout depuis sept ans.» Les critiques adressées à l’Eglise par les milieux de l’Alliance sont donc «unilatérales» : «Mettre le doigt sur ce qui ne va pas pour ne pas montrer l’autre visage de l’Eglise, ce n’est pas sérieux.»
Place aux Africains
A Kinshasa, il ne reste plus que trois religieux passionistes belges, répartis dans les trois communautés où le relais sera bientôt entièrement passé aux Passionistes congolais. L’évolution est considérable: en 30 ans, une cinquantaine de religieux belges de cette Congrégation fondée en 1720 en Italie par saint Paul de la Croix auront quitté l’ancienne colonie.
Aujourd’hui, les Passionistes belges ont en formation une quinzaine de confrères congolais, ainsi qu’une vingtaine de postulants. Trois ans de philosophie sont proposées aux postulants, à titre de formation de base, avant même qu’ils entament leur année de noviciat. Après celle-ci, la formation se poursuit par trois ans de théologie, suivie d’une année de stage pastoral pour les candidats à la prêtrise.
Cette longue période de formation est à la fois, se réjouit le supérieur provincial, une période de maturation et une période d’évaluation. Elle aide donc à faire de la clarté sur la vocation à la vie religieuse ou au ministère. Les Passionistes savent qu’un jeune sur cinq qu’ils ont accueillis changera d’orientation.
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