Kabila, c’est déjà la déception

Congo: Les évêques dénoncent les violations des droits de l’homme par le gouvernement

Kinshasa, 4 juillet 1997 (APIC) Le nouveau gouvernement en place dans l’ex-Zaïre s’est rendu coupable de nombreuses violations des droits de l’homme, révèlent les évêques catholiques de la République démocratique du Congo. Dans une déclaration publiée jeudi soir à Kinshasa, ils accusent les troupes du président Laurent-Désiré Kabila de rendre des jugements sans respecter les procédures, de mutiler des gens, de semer la haine, de confisquer arbitrairement des églises et des écoles.

Il n’aura fallu que quelques semaines pour que l’aura du président Laurent-Désiré Kabila pâlisse et que la population s’aperçoive de la nature du régime qui s’est installé dans l’ex-Zaïre. Les évêques congolais constatent que la chute du dictateur Mobutu Sese Seko n’a pas amené automatiquement le changement souhaité, et déplorent que les responsables au sommet de l’Etat n’aient pas suffisamment changé.

Les responsables de l’Eglise catholique congolaise réclament une nouvelle classe d’hommes politiques capables et patriotes qui ne cherchent pas à s’enrichir. Ils mettent en garde contre la mise sur pied de milices privées qui pourraient rallumer la guerre civile.

Appel de tous les religieux du Kasaï occidental: une « culture de la mort » s’installe

Dans un appel de « tous les religieux et religieuses » adressé à Pierre Médard Kasonga Nyembue, délégué local de l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL) à Luluabourg, la « Commission de vie religieuse » (CVR) du Kasaï occidental lance un cri d’alarme: « une culture de la mort » est en train de s’installer dans la région. Après avoir salué le départ du dictateur Mobutu et l’arrivée des « libérateurs », la CVR mentionne une liste exhaustive d’agressions, d’assassinats et d’attaques. Même les religieuses n’ont pas été épargnées, elles qui ont été intimidées, battues et rançonnées par des soldats de Kabila. La CVR rapporte que 8 militaires en armes ont attaqué dans la nuit du 22 juin le noviciat des Sœurs Carmélites de Saint-Joseph, « où ils ont sérieusement battu les sœurs, leur ont extorqué de l’argent, avec des menaces de viol ». Les religieux se demandent si l’on peut encore parler de « groupes incontrôlés » alors que l’AFDL est censée avoir la situation en mains.

Libération ou terreur ?

« Nous souhaitons que ceux qui étaient accueillis en libérateurs avec des cris de joie ne se convertissent pas en terreur pour la population… Quelle est la libération qu’ils nous apportent si nous devons revivre encore des événements pires que la terreur de la 2ème République ? Que Dieu nous en préserve ! », écrivent les religieux.

Retour des pratiques de l’ancien régime

L’archevêque de Kananga, Mgr Bakole wa Ilunga, dans une lettre adressée au même délégué de l’AFDL à Luluabourg, s’inquiète lui aussi de l’attaque de la maison de formation des Carmélites de Saint-Joseph à Kambote (dans la région de Kananga), à une quinzaine de minutes de la garnison qui assure la surveillance de la zone. Les assaillants, des militaires fortement armés, ont demandé « cinquante mille dollars et des jeunes sœurs pour leur plaisir ».

Comme les sœurs ne se sont pas exécutées, elles ont été menacées et sévèrement battues. Les soldats ont pillé la maison et volé 2’000 dollars. « Avant de sortir, écrit l’évêque, ils ont dit aux sœurs que ce sera ainsi le sort des maisons religieuses dans la 3ème République et que l’Eglise les aura sur le dos s’ils ne sont pas payés d’ici le 30 juin ».

Mgr Bakole wa Ilunga regrette que chaque jour qui passe « nous assistons à des actes qui font renaître dans les esprits de la population des vexations et des anciennes pratiques de l’armée de l’ancien régime ». (apic/com/kna/be)

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