Quelles perspectives pour les catholiques de Chine ?

Le P. Heyndrickx: une évolution « progressivement positive »

Louvain, 6 juillet 1997 (APIC) Dans le numéro de juin du « Courrier Verbiest », Jeroom Heyndrickx, directeur de la Fondation Verbiest, observe une évolution « progressivement positive » pour la religion en Chine en 1996. Encore que certains faits « nous mettent en garde contre la naïveté et nous invitent même à nous poser quelques questions », écrit-il.

Cette évolution positive a commencé au début de 1984, avec l’autorisation de reconstruire des églises, d’ouvrir des séminaires et des noviciats pour religieuses. Elle s’est poursuivie avec la réimpression de la Bible, la permission donnée à des professeurs étrangers d’enseigner dans les séminaires chinois et à des prêtres chinois de poursuivre leur formation à l’étranger. Depuis 1985, date de la première visite d’évêques chinois en Belgique, la Fondation Verbiest participe à cette évolution. En 1996, elle a poursuivi ses activités à partir de Louvain et de Taipei. Une année marquée par de nouvelles avancées, mais aussi par une régression. Pour 1997, le Père Heyndrickx relève des motifs d’espoir.

La religion reste suspecte

Pourtant, la religion reste un sujet d’inquiétude pour les autorités chinoises, même supérieures. « A côté de tant de faits qui nous portent à l’optimisme, il y en a eu en 1996 beaucoup d’autres qui nous mettent en garde contre la naïveté et nous invitent même à nous poser quelques questions », signale le directeur de la Fondation Verbiest.

Pour certains observateurs, note le P. Heyndrickx, l’année 1996 a même été en Chine « la plus mauvaise pour la religion depuis les années 50 ». Pas tellement pour les mauvais traitements qu’ont eu à subir des chrétiens – encore qu’ils ont été nombreux -, mais surtout en raison de nouvelles dispositions prises pour contrôler et limiter la pratique religieuse. Par exemple à Shanghai, où des directives du Bureau des Affaires Religieuses prévoient entre autres des mesures disciplinaires (des amendes élevées) pour les chrétiens qui participent à des offices de l’église clandestine.

L’année 1996 a aussi été marquée par l’intervention sévère des autorités contre les visiteurs étrangers, notamment des catholiques d’origine chinoise qui désiraient rendre visite à leurs frères de Chine, dont certains ont été arrêtés à leur arrivée et renvoyés. D’autres ont été suivis durant des semaines avant d’être arrêtés et conduits à la frontière. Quatre évêques ont été arrêtés et d’autres sont soumis à un contrôle très strict. Après avoir signalé quelques faits survenus en 1996 et ceux que Mgr James Su (Baoding) a signalé dans une lettre, le directeur de la Fondation Verbiest s’arrête au témoignage donné à San Francisco en décembre 1996 par John T. Kamm, un homme d’affaires américain qui se rend régulièrement en Chine pour affaires et qui s’intéresse au sort des catholiques clandestins. La Chine, relevait-il, est le seul pays au monde qui, de nos jours encore, arrête des évêques et des prêtres à cause de leur pratique religieuse et leur foi.

A la veille de la décision que devait prendre le Comité Olympique International pour choisir l’endroit où devaient se dérouler les Jeux de l’an 2000, la pression internationale avait réussi à faire libérer presque tous les catholiques chinois. Lorsqu’il est devenu évident que la Chine n’avait pas réussi à obtenir l’organisation des Jeux à Pékin, les arrestations de catholiques ont reprise de plus belle.

La technique actuelle préférée de la police chinoise, signalait encore John Kamm, est l’emprisonnement de longue durée sans interrogatoires. Le nouveau directeur du Bureau des Affaires Religieuses Ye Xiaowen, semble s’être donné pour objectif d’exterminer l’Eglise clandestine de Baoding. D’où, par exemple, l’interdiction du pèlerinage traditionnel à Donglu, la destruction d’églises et de maisons de prières, l’interdiction de porter des médailles, etc.

Conclusion du Père J. Heyndrickx: les autorités chinoises font souffler le chaud et le froid: « L’Eglise elle-même essaie de mettre en évidence les aspects positifs et de les encourager, tout en assumant aussi le négatif. Là où nous pouvons les y aider, nous le faisons ».

1996 à la Fondation Verbiest: des acquis

Faisant le bilan des activités de la Fondation Verbiest, J. Heyndrickx retient surtout la venue de neuf prêtres et de quatre séminaristes chinois à l’Université Catholique de Louvain (K.U.Leuven) et de trois laïcs, boursiers de la Fondation, à Louvain et à Louvain-la-Neuve. A leur retour en Chine, ils se mettront directement au service de l’Eglise. Ce programme de formation s’est développé en 1996 en un Collège Chinois à Leuven, un institut à travers lequel l’Eglise de Belgique collabore intensément avec celle de Chine. En 1996 également, Mgr Pius Jin est venu en Belgique. Chaque fois, il s’est présenté comme un évêque officiel de Chine reconnu par Rome. Il est le premier évêque à poser ce geste. L’an dernier, la Fondation Verbiest et quelques scheutistes ont visité le nord-est de la Chine, notamment l’ancien diocèse de Jehol, où les scheutistes ont travaillé. Ils ont pu constater que de nouvelles églises sont construites, que des centaines de chrétiens participent à l’Eucharistie et sont particulièrement accueillants pour les chrétiens d’Europe qui les visitent – le tout sous le contrôle strict des autorités locales.

Dans le Shaanxi du Nord et du Sud, dans les régions les moins développées, la Fondation a intensifié son programme de création des Centres de santé. 90 postes ont déjà reçu de l’aide. La Fondation Verbiest collabore aussi au forage de puits et à l’aménagement d’écoles primaires.

Mais 1996 a aussi été marquée pour la Fondation par des régressions. Le bureau de la Fondation Verbiest à Taipei a travaillé plusieurs mois à la préparation d’un cours de formation pastorale pour des laïcs. A la demande de l’évêque de Shanghai, quinze dirigeants laïcs de Shanghai devaient suivre ce cours en chinois à Manille. Tout était prêt quand, en dernière minute et apparemment sur ordre de Pékin, sans en donner les raisons, les passeports ont été refusés aux candidats (dont la liste avait cependant été approuvée préalablement). La session a dû être décommandée.

Mgr Aloysius Jin s’est vu refuser l’autorisation de se rendre en Pologne, en Allemagne et en Belgique où il était chaque fois invité par les autorités religieuses. Alors qu’il avait été invité par des instances officielles, le P. Heyndrickx lui-même s’est vu refuser un visa en 1996, pour la seconde année consécutive, sans que les raisons lui aient été données.i Espoirs pour 1997

En ce début 1997, le Collège Chinois à Louvain s’est développé. Ouvert pour 6 prêtres et séminaristes, il en compte aujourd’hui 15. Quelques laïcs envoyés par leur évêques se joindront vraisemblablement encore à eux. La communauté chinoise comptera alors 22 personnes. A la mi-juillet enfin, trois évêques chinois arriveront à Louvain. (apic/cip/pr)

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