APIC-Enquête
Une discrète et efficace tâche d’Eglise
Bernard Litzler, pour l’Agence APIC
Fribourg, 8 juillet 1997 (APIC) Prendre en compte les besoins spirituels des malades et des personnes âgées: tel est l’objectif de la pastorale de la santé dans le canton de Fribourg. Une tâche d’Eglise souvent discrète, vécue dans les chambres d’hôpitaux et les homes. Mais une tâche en mutation soumise à des besoins croissants. Ce service mobilise bénévoles et aumôniers, paroisses et établissements. Et les projets ne manquent pas: développer les relations avec les paroisses, constituer des équipes d’aumôneries, former les bénévoles. Tour d’horizon avec Sœur Marlyse Cantin, responsable cantonale de ce dicastère.
Si, dans la chanson, «le travail c’est la santé», pour Sœur Marlyse Cantin, religieuse d’Ingenbohl, «la santé, c’est le travail». En effet, elle porte, depuis 1992, la charge de la Pastorale du monde de la santé dans le canton de Fribourg. Vaste mission pour cette ancienne infirmière à domicile. Mais mission assumée en équipe avec Eliane Gendre, une laïque engagée à mi-temps comme elle. Les deux permanentes du monde de la santé sont soutenues par une commission que l’Eglise a créée en 1994 dans le but de coordonner toute la pastorale concernant les personnes malades et âgées ainsi que le personnel soignant.
L’accompagnement spirituel
«Au départ, nous étions centrées sur l’accompagnement spirituel des personnes âgées placées en institutions, précise Sœur Marlyse. Mais cette mission est en train de s’élargir à d’autres formes de la vie des personnes, en hôpital ou à domicile». Mais comment rejoindre les personnes et leur proposer des actions pastorales concrètes? Une enquête lancée en 1995 par les responsables du secteur a permis de cerner les besoins des uns et des autres. Paroisses, établissements, patients des hôpitaux et des homes ont été consultés.
Premier constat: les paroisses accomplissent un gros travail d’accompagnement des personnes malades et âgées. Les visiteuses et visiteurs des aînés et des malades sont nombreux: plus de 80 vont dans les homes et quelques centaines dans les hôpitaux. Les rencontres avec les prêtres sont également fréquentes. Les bénéficiaires se disent satisfaits des visites et de l’accès aux sacrements (communion, sacrement des malades ou réconciliation). Deuxième constat: une importante demande face aux prêtres. En dépit de la présence efficace des agents pastoraux, des auxiliaires de communion et des bénévoles, l’image du prêtre visiteur de malades reste fortement ancrée dans les mentalités. Or la pastorale paroissiale fait de plus en plus appel à la participation des laïcs. Les établissements consultés dans l’enquête émettent le même désir. «Prêtre disponible, sachant écouter, discret, proche du malade comme du personnel, homme de cœur respectueux des convictions de chacun»: une requête sans doute idéale, qui situe bien le charisme souhaité pour les aumôniers de ce secteur.
Une troisième piste de réflexion porte sur la coordination des forces pastorales engagées. La coordination doit être organisée entre tous les intervenants auprès des personnes affaiblies par l’âge ou la maladie. Un rôle que pourrait jouer le dicastère de Sœur Marlyse pour permettre aux prêtres, agents de pastorale et bénévoles de répartir leurs efforts de manière harmonieuse.
Regrouper les forces
On ne peut plus travailler tout seul dans son coin. La nécessité de regrouper les forces semble une évidence pour les responsables du monde de la santé. D’autant que les demandes de formation se multiplient pour accompagner le mieux possible les malades et les personnes âgées. Même de la part des aumôniers d’hôpitaux. Approcher le malade et sa souffrance suppose une formation adéquate. Dans l’avenir, «le développement de ce secteur doit se faire en lien avec les paroisses», estime Sœur Marlyse. Il faut coordonner les missions des visiteurs et visiteuses.
Un autre souci tient à cœur de Sœur Marlyse: rendre à l’accompagnement sa dimension spirituelle. «Il s’agit d’accompagner les personnes dans leurs souffrances, leur vieillesse et de donner un sens à la souffrance et à la mort», souligne la responsable cantonale. Les moyens d’intervention apparaissent cependant bien limités pour un vaste domaine d’action. Même les dirigeants des homes déplorent les insuffisances de cet accompagnement spirituel. «La situation de pénurie de prêtres nous entraîne à un tournant obligé», estime pour sa part l’Abbé Louis Allemann, un des deux aumôniers de l’Hôpital cantonal de Fribourg. L’ampleur de la tâche incite à trouver de nouveaux visiteurs.
Bénévolat et équipes d’aumônerie
Dans cette optique, le bénévolat doit être bien encadré, car l’Eglise n’aura jamais les moyens de rémunérer tous les intervenants. «Nous militons pour une formation plus professionnelle des bénévoles», plaide Sœur Marlyse. Et de défendre des cursus de formation directement dans les paroisses, le plus près possible des intervenants. «Il nous faut aller vers les gens et non tout programmer à Fribourg», prévoit la religieuse. La Pastorale de la santé pourra ainsi soutenir et consolider les projets des personnes accompagnantes en démultipliant les lieux de rencontre et de formation. «L’idéal est de former des gens qui ont des prédispositions pour ce type de travail, rajoute l’aumônier du plus grand établissement hôpitalier du canton. Ce n’est pas parce qu’on est formé qu’on sait tout, mais une bonne base doit aider à exercer de manière optimale».
La notion d’équipe d’aumônerie fait également son chemin dans l’esprit des responsables. «Il faut penser équipe, car le prêtre ne peut plus assumer seul une aumônerie», confie la religieuse. Les laïcs formés et motivés épauleront un ecclésiastique et formeront avec lui une équipe pour un établissement.
….L’hôpital cantonal de Marsens va jouer un rôle de pionnier en ce domaine. Dès cet automne une expérience démarrera en ce sens. Une manière de poser déjà des jalons pour l’avenir. Un avenir que Sœur Marlyse réalise dans son second mi-temps. Elle forme en effet des personnes pour l’accompagnement en fin de vie. Pour que l’espérance chrétienne se vive jusqu’au portes du départ. (apic/bl/ba)
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