Les évêques du Zimbabwe appellent aux urnes et à l'unité nationale

Les Zimbabwéens s’apprêtent à se rendre aux urnes pour des élections générales qualifiées de «critiques, décisives et déterminantes» par les évêques catholiques du pays. Dans une lettre pastorale publiée le 10 juillet 2023, ils exhortent les électeurs à accomplir leur devoir électoral, dans un esprit d’unité nationale et non de divisions idéologiques.

La Conférence des évêques catholiques du Zimbabwe (ZCBC) a exhorté les électeurs et électrices du pays à exercer leur devoir civique le 23 août prochain: «Courage! Levez-vous… et soyez responsables. Faites entendre votre voix dans les urnes!»

Ces élections s’annoncent très importantes pour l’avenir du pays, puisqu’il s’agit rien de moins que d’élire le chef de l’État, les membres de la Chambre et du Sénat et les représentants des organes locaux.

Les évêques appellent aussi à l’unité. Ces élections «ne doivent pas nous diviser en tant que nation», mais laisser aux générations suivantes le souvenir d’un moment historique où, malgré les différences idéologiques, les hommes et les femmes du pays «sont restés unis en célébrant leur unité dans la diversité», développent-ils.

Une grave crise économique qui perdure

Le Zimbabwe souffre encore du lourd héritage de Robert Mugabe, le père de l’indépendance nationale, qui a été destitué en 2017 après 37 ans de pouvoir incontesté. C’est l’actuel président Emmerson Mnangagwa, 80 ans, ancien collaborateur du parti Zanu-PF de Mugabe, qui l’a remplacé en 2018. Les résultats de cette élection avaient été contestés par l’opposition.

Le pays affronte depuis de longues années une grave crise économique et sociale. Celle-ci s’est encore accentuée. Le taux d’inflation a encore augmenté, pour atteindre 175%. Et selon le Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), le taux de chômage est de 90%. Des chiffres contestés par le gouvernement, qui affirme qu’une grande partie de la population travaille de manière informelle.

L’appel au calme des évêques face aux troubles annoncés

Le parti au pouvoir, à qui la base électorale rurale semble être restée fidèle, dispose des moyens de l’État pour mener sa campagne. Les autorités, par contre, entravent les activités électorales de l’opposition: le 6 juillet 2023, huit partisans de Nelson Chamisa, le principal candidat présidentiel de l’opposition, ont été arrêtés pour n’avoir pas respecté l’interdiction d’un rassemblement électoral.

Dans ce contexte, les évêques appellent la population à faire preuve de courage en s’exprimant et en se rendant aux urnes, mais de le faire dans un esprit d’unité nationale. «Les élections, rappellent-ils, ne sont pas une lutte entre amis et ennemis. Si des choix s’offrent à nous, ils découlent des différentes idéologies défendues par les partis politiques, et non de l’existence d’ennemis jurés. Nous sommes un seul peuple, les Zimbabwéens, divisés nous tombons, unis nous restons debout.»

«Les élections ne sont pas une lutte entre amis et ennemis»

Dans la même logique, le message appelle à une utilisation responsable de la presse et des médias sociaux, en évitant les discours haineux et les propos qui incitent à la haine.

Face aux craintes de troubles qui accompagneraient les élections, les évêques avaient déjà invité en mai 2023 les responsables de la Commission catholique pour la justice et la paix au Zimbabwe (CCJPZ) à travailler avec «toutes les parties prenantes», pour favoriser la coexistence pacifique dans ce pays d’Afrique australe, peut-on lire sur le site de l’agence catholique Aci Afrique.

Une implication de longue date dans le débat sociopolitique

La Conférence des évêques fait régulièrement entendre sa voix dans le débat politique. En 2007, elle avait publié une lettre ouverte très critique à l’égard du régime du président Robert Mugabe, qui avait à son tour dénoncé l’attitude des évêques catholiques qui «font de la politique». Une autre de leur lettre datée d’août 2020, dans laquelle ils évoquaient la corruption, l’aggravation de la pauvreté et des atteintes aux droits de l’homme, avait aussi fait réagir le gouvernement du Zimbabwe (cath.ch/fides/ag/lb)

Lucienne Bittar

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