APIC – Interview
Mgr Pierre Bürcher fait le bilan
Du 23 au 30 juin, l’évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg s’est rendu au Liban, accompagné d’une quinzaine de pèlerins vaudois. Au programme: plusieurs réceptions officielles, visites de villes et villages en reconstruction, rencontres avec la population locale et nombre de célébrations, selon différents rites catholiques. Mgr Pierre Bürcher tire aujourd’hui le bilan de ce voyage. Interview.
Mgr Bürcher, vous qui avez déjà «visité» à trois reprises ce pays depuis la guerre, comment vous est-il apparu cette année?
Actuellement, le Liban est un des plus grands chantiers du monde. Dix-sept personnes ont accepté de m’accompagner pour cette troisième visite au Liban; 17 personnes qui, parmi tant d’autres, voulaient être porteurs de paix dans la reconstruction de ce pays ravagé par 17 ans de guerre!
Le chantier est donc immense. Au coeur de Beyrouth tout spécialement, la reconstruction va bon train. Au sud du pays, dans la région de Saïda, j’ai été frappé par la rapidité de la reconstruction à tous niveaux. Des villages entiers ressurgissent de terre.
Cependant, au-delà de la reconstruction matérielle du pays, j’ai été, cette année, témoin de l’espérance de ce peuple et spécialement de sa jeunesse. Le Liban doit maintenant rebâtir la convivialité qui était effective avant la guerre, donc avant la présence syrienne et israélienne. Malgré les nombreuses blessures présentes au fond des coeurs, la convivialité doit être possible entre tous: catholiques de différents rites, maronites, melkites, arméniens, chaldéens, syriens, latins, les fidèles appartenant aux autres Eglises chrétiennes ainsi que les musulmans et les druzes qui croient au Dieu unique.
Depuis plusieurs années, vous êtes en contact avec Mgr Georges Kwaiter, archevêque Grec-melkite-catholique du diocèse de Saïda et de Deir-El-Kamar. D’une manière générale, où en êtes-vous dans vos échanges?
J’étais encore curé à Vevey lorsque je suis entré en contact avec Mgr Georges Kwaiter. Dans les années 80, nous organisions l’accueil en Suisse romande d’enfants libanais. Par dizaines, ceux-ci passaient un ou deux mois de vacances dans nos familles. Et ce sont ces mêmes jeunes qui se trouvent aujourd’hui engagés à la reconstruction de leur pays. Ces victimes innocentes de la guerre sont maintenant des porteurs d’espérance. N’est-ce pas aussi ce que voulait me dire récemment, plein d’espérance, cet enfant du Pays des cèdres: «Regarde comme il est beau notre drapeau du Liban!»
Concrètement, plusieurs paroisses vaudoises participent, avec vous, aux travaux de reconstruction de l’église de Mrah-El-Hbass au Sud-Liban. L’année dernière, vous avez posé la première pierre. Aujourd’hui, le chantier a-t-il bien avancé?
Oui, ce chantier modeste de Mrah-El-Hbass est un peu à l’image de celui du Liban: le gros oeuvre est maintenant terminé. Nous avons déjà pu y célébrer la fête patronale de la Nativité de saint Jean-Baptiste à laquelle l’ééglise sera dédiée. Encore un autre symbole d’une ère nouvelle!
Comment les Libanais accueillent-ils humainement ce soutien vaudois? Financièrement, ont-ils besoin de plus? De combien? Dans quel délai?
Cet appel au partage missionnaire a trouvé un écho surtout dans le canton de Vaud, mais aussi ailleurs, par exemple dans les cantons de Fribourg et de Genève. Les Libanais y voient non seulement le soutien matériel indispensable, mais ils sont surtout foncièrement reconnaissants à l’Occident de ne pas les oublier. Les besoins financiers sont immenses. Les familles sont habituellement nombreuses et il n’y a pas de travail suffisant pour chacun, ceci d’autant plus que la main d’oeuvre syrienne est moins chère. Concrètement, pour mener à bien le projet de l’église de Mrah-El-Hbass, en plus des 100’000 francs déjà trouvés en une année seulement, grâce à de nombreux et généreux donateurs, il faut encore 50’000 francs d’aide. Bien sûr, le plus tôt serait le mieux, car on n’a pas le coeur de faire attendre celui ui est dans le besoin. Et malgré la pauvreté, la population locale s’engage, elle aussi, pour y apporter sa part.
Est-il trop tôt de penser que cette église pourrait être consacrée l’année prochaine? Si cela pouvait être possible, y retourneriez-vous?
Les paroissiens de Mrah-El-Hbass, leur curé et leur évêque souhaitent vivement pouvoir fêter la dédicace de leur église l’année prochaine, pour la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Je souhaite non seulement pouvoir y être présent, mais je serais heureux que beaucoup de personnes puissent elles aussi être témoins de l’espérance qui anime ce peuple.
Pour moi, en effet, cette action de solidarité libanaise voudrait être un symbole: nous n’avons pas le droit d’être heureux tout seuls. Répondant aux urgences mondiales, de nombreuses actions de partage missionnaire ont lieu chez nous tout au long de l’année. C’est le vrai sens du partage chrétien avec toutes les Eglises. Et l’évêque, en particulier, doit en être le promoteur. Mais seul, il ne peut rien. D’où ma plus profonde gratitude à celles et ceux qui, par un geste ou un autre, manifestent leur sens du partage ici et au loin.
Les catholiques jurassiens participent aussi à la construction d’un foyer d’étudiants, à Zahlé, dans la plaine de la Bekaa: suivez-vous de près leur projet? Des synergies sont-elles envisagées? Le souhaiteriez-vous?
Mgr Koch, évêque de Bâle, a remercié récemment les jurassiens pour la beauté de leur engagement. J’ai eu l’occasion moi-même de visiter la construction de ce foyer d’étudiants à Zahlé dans la plaine de la Bekaa. A plusieurs reprises déjà, j’ai eu la joie d’échanger avec l’abbé Claude Schaller, vicaire épiscopal, sur ce projet si important. Cette région du Nord, comme celle du Sud que nous soutenons, ont été très éprouvées par la guerre. La foi et l’espérance y sont vives et communicatives.
Qu’en est-il, par ailleurs, de l’éventuel projet de jumelage entre une paroisse de la Riviera vaudoise et une paroisse libanaise?
Ce serait un beau témoignage. L’avenir le dira. (apic/pr/propos recueillis par Jean-Charles Zufferey)
Genève: Le COE salue les 20 ans de travail des peuples autochtones à l’ONU
A quand la reconnaissance des
droits des populations autochtones?
Genève, 24 juillet 1997 (APIC) Le Conseil œcuménique des Eglises (COE) salue les 20 ans de travail des «Peuples autochtones» auprès de l’ONU. La «persévérance et la ténacité» dont ont fait preuve ces peuples durant leurs vingt années de participation aux discussions de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sont «véritablement impressionnantes», écrit dans un message Konrad Raiser, secrétaire général du COE. Ce dernier attend de l’ONU qu’elle proclame très vite une déclaration des droits des populations autochtones.
Les peuples autochtones doivent se réunir à Genève dans le cadre de la prochaine session du Groupe de travail des Nations Unies sur les populations autochtones (28 juillet – 1er août 1997).
Chaque fois que le Groupe de travail des Nations Unies tient sa session, le COE finance cette réunion préparatoire. Dans son message, le pasteur Raiser déclare aux peuples autochtones que le COE est heureux d’avoir pu ainsi apporté sa contribution à leur travail dès le premier débat organisé il y a vingt ans dans le cadre des Nations Unies sur la situation de ces populations. Il considère comme un «privilège» de pouvoir continuer à travailler à leurs côtés dans ces réunions. Le pasteur Raiser se félicite en outre du soutien apporté à cette réunion préparatoire par certaines Eglises suisses.
Les conditions indispensables à la survie
Le pasteur Raiser rappelle la demande du COE formulée l’an dernier à l’intention des gouvernements pour qu’ils mettent rapidement la dernière main à un projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des populations autochtones afin que le texte puisse être soumis à l Assemblée générale pour adoption. Le projet énonce les conditions minimums indispensables à la survie des peuples autochtones.
En septembre dernier, le Comité central du COE a adopté une résolution dans laquelle il invitait les Eglises membres du COE à «engager le dialogue avec les peuples autochtones qui vivent au milieu d’elles. Dans le cadre de ce dialogue, elles porteront un regard critique sur l’histoire de leurs relations avec ces peuples… Elles saisiront en outre l’occasion du jubilé pour rendre aux peuples autochtones leurs terres traditionnelles qui sont aujourd’hui propriété des Eglises, ou pour leur offrir réparation».
Parlant des principaux problèmes auxquels sont confrontés les peuples autochtones, l’évêque Poma relève de son côté que «pendant des siècles, les peuples autochtones ont réussi à vivre au milieu de civilisations et de peuples puissants en maintenant leur mode de vie traditionnel. Actuellement, leur vie est constamment menacée à cause des lois que les gouvernements décrètent concernant les terres et les territoires où ils sont installés.
Lenteur
Dans nombre de cas, ces lois étrangères ont conduit au génocide. Les peuples autochtones ont besoin de la protection d’un instrument international relatif aux droits de l’homme, tel que le projet de déclaration sur les droits des populations autochtones, afin de pouvoir s’épanouir et continuer à vivre en harmonie avec toute la création».
Pour le pasteur Bob Scott, secrétaire exécutif du Programme de lutte contre le racisme du COE, «il est terriblement frustrant d’observer l’extrême lenteur avec laquelle on met en place une instance permanente pour les populations autochtones au sein du système des Nations Unies. Cette instance est indispensable pour permettre à ces peuples de participer officiellement et à part entière à la discussion des questions qui les touchent non seulement eux, mais aussi l’humanité tout entière. Si les Nations Unies échouent dans cette entreprise, l’appel au partenariat lancé par l’Assemblée générale dans le cadre de la Décennie internationale des populations autochtones n’aura été qu’une déclaration mensongère». (apic/pr)
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