La Bolivie a élu dimanche ses nouvelles autorités
La Paz, 2 juin 1997 (APIC) Quelque 3 millions de Boliviens, sur une population totale de 7 millions, ont pris dimanche le chemin des urnes pour élire le nouveau gouvernement appelé à conduire le pays jusqu’à l’an 2002, soit le président, le vice-président et 157 parlementaires entre les candidats d’une dizaine de partis politiques. Les premiers résultats ne devraient pas tomber avant mardi 3 juin.
Les derniers sondages donnaient une avance de 9 points (24% des intentions de vote) à l’Alliance démocratique nationale (ADN) conduite par le dictateur des années 71 à 77, l’ex-général Hugo Banzer, sur les trois autres partis, dans l’ordre, le «Mouvement de gauche révolutionnaire» (MIR), le «Mouvement nationaliste révolutionnaire» (MNR), du centre droit, actuellement au pouvoir, ainsi que l’»Union Civica Solidaridad».
Si les sondages se confirment, l’ex-général Hugo Banzer, qui s’est surtout signalé entre 1971 et 1977 par une dictature caractérisée par une intense répression, succéderait au président Gonzalo Sanchez de Lozada (MNR), en place depuis le 6 août 1994.
Selon le document «Nunca Mas para Bolivia», publié par les mouvements de défense des droits de l’homme liés à l’Eglise catholique, l’époque Banzer se distingue tristement par les emprisonnements de plus de 3’000 détenus. On estime modestement à 100 le nombre de «disparus». Quant à l’Association de la presse étrangère en Bolivie, elle mentionne les chiffres suivants: 12’000 détenus, 20’000 exilés politiques et plus de 780’000 exilés économiques durant la dictature de celui qui se profile aujourd’hui sous une étiquette démocratique.
Si aucun candidat n’obtient la majorité, il appartiendra au Parlement d’élire le nouvel exécutif lors de sa session en août prochain.
De toutes les forces en confrontation électorale, aucune n’est en mesure de présenter un programme alternatif à l’actuel modèle néo-libéral, explique à Cochabamba Tony De Preux, ex-volontaire de «Frères sans frontières (FSF) et actuel coordinateur de la plateforme «Unité/Bolivie, qui regroupe une dizaine d’organisations suisses.
Déguisé en démocrate
La population est préoccupée par la possibilité de voir le retour au pouvoir du dictateur Banzer, aujourd’hui déguisé en démocrate, explique-t-il.
Avec une superficie de plus d’un million de km2, – 26 fois la Suisse – la Bolivie se situe parmi les pays les moins développés. L’espérance de vie n’excède guère 59 ans. Plus de 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, dont 33% dans une situation d’extrême pauvreté. Comme dans la plupart des pays d’Amérique latine, les pouvoirs en place ces dernières années n’ont jamais offert aux paysans des conditions viables de travail, un secteur pourtant clé de l’économie.
Ces dernières semaines, ont vu se mobiliser des milliers de paysans «cocaleros», soutenus par les milieux syndicalistes. Les producteurs de coca de la région du Chaparé ont dénoncé plusieurs cas de violations des droits de l’homme. Une marche sur La Paz des paysans pauvres cultivant la feuille de coca a obligé le gouvernement à mettre en partie fin à sa politique d’éradication forcée. Une politique pourtant maintenue dans la région de Cochabamba, où de nombreux cas de violations de droits de l’homme et de détentions ont été dénoncés ces jours encore a coups de manifestations qui ont fait plusieurs blessés graves.
La surface des plantations illégales, en l’absence d’un programme pour une agriculture alternative, est évaluée à 37’000 hectares.
Tout au long de son mandat, le gouvernement du MNR a poursuivi sa politique de libéralisation de l’économie. Mais il a rencontré sur son chemin une forte opposition syndicale. En 1996, le taux d’inflation était proche de 13%. (apic/sf/pr)
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