La répression militaire s’accentue: le PRI contre de la nourriture

Mexique: C’est toujours l’impasse au Chiapas

Liège, 2 juin 1997 (CIP) Au Chiapas, dans le sud du Mexique, Le dialogue est dans l’impasse au Chiapas. «Malentendus, faux-fuyants, tout semble bon au gouvernement pour éviter de respecter les accords qu’il a pourtant signés», affirme la religieuse liégeoise Marie-Paule Cartuyvels, responsable du réseau Kairos, de retour du Chiapas. La représentation zapatiste a refusé de se rendre au dernier rendez-vous proposé, considérant que sa sécurité n’était pas assurée. Il est vrai que la présence militaire massive dans le Chiapas contrevient totalement aux accords conclus. Pendant ce temps, la répression militaire s’accentue. Pour ceux qui ne marchent pas dans le chantage: le PRI – parti au pouvoir – contre de la nourriture.

Marie-Paule Cartuyvels, qui s’est rendue au Chiapas en tant qu’observateur des droits de l’homme pour le compte du Centre «Fra Bartolome de las Casas» (du diocèse de San Cristobal de las Casas), a passé dix jours avec une communauté indigène «zapatiste à 98 %», qui vivait cependant en intelligence avec les quelques familles «PRI-stes» de la communauté. «Elle était organisée, disciplinée, réservée, aimable, raconte-t-elle, poursuivant la lutte «pour la paix et dans la justice et dans la dignité avec une conviction inébranlable».

La responsable de Kairos a trouvé une communauté qui travaille beaucoup (culture des milpas, tissage, exploitation du bois…), mais qui vit dans une très grande pauvreté et, surtout, dans la peur constante de l’armée. «Les jours que j’ai passés là-bas ont été calmes, dit-elle, mais les indigènes étaient aux aguets à tout passage d’hélicoptère (forcément militaire, à cet endroit) ou de militaires (en civil) sur la route. Chaque personne de la communauté avec qui j’ai pu parler a exprimé à la fois cette conviction, cette volonté de paix et cette peur.»

La «guerre de basse intensité»

Pour les communautés indigènes, le bilan est lourd: des centaines de morts, victimes de la répression militaire ou des groupes armés; des familles expulsées, contraintes de se réfugier dans des lieux dépourvus des ressources minimales.

Dans le nord du Chiapas, les communautés indigènes sont menacées par une sorte de décomposition, suite à une stratégie de division exercée par le pouvoir: souvent les communautés ont une «dominante» religieuse (protestants, catholiques) ou politique (PRD, PRI, Zapatistes…). En attisant ces différences, le pouvoir suscite l’expulsion des minorités de chaque groupe. Le gouvernement a donné des armes à un groupe de dénommé «Paix et Justice» pour qu’ils délogent les paysans qui ne font pas allégeance au PRI. Le problème est très sérieux, car on évalue à 20’000 le nombre des personnes ainsi déplacées dans la zone nord du Chiapas.

Les organisations civiles demandent la mise en place de mécanismes pour arrêter les abus de pouvoir des militaires; ils exigent que les bandes paramilitaires soient désarmées. Qu’on ne renouvelle pas ce qui c’est passé au Salvador et au Guatemala: une «guerre de basse intensité» dans laquelle le gouvernement arme lui-même les indigènes pour créer un contexte qui lui permette d’envoyer l’armée. Le problème est préoccupant, car il dépassent le cadre du problème zapatiste.

Dialogue bloqué

Pour M.P. Cartuyvels, le dialogue de San Andrès – actuellement bloqué – dépasse lui aussi, et largement, les frontières du Chiapas et du mouvement zapatiste – les Zapatistes ont été les premiers à l’affirmer. Et les perspectives sont loin d’être encourageantes. Après Marco Antonio Bernal, représentant du gouvernement jusqu’il y a quelques semaines, qui voulait un dialogue entre «vainqueurs et vaincus», quelle sera la politique de son successeur? «Et pourtant, pour les indigènes du Chiapas – pas seulement pour eux, mais pour eux d’abord – il y a urgence: les communautés sont fatiguées, à bout de nerfs suite aux actions constantes de l’armée, souligne la responsable de Kairos. Que vont devenir les paysans s’ils ne peuvent pas sortir de leur village pour semer et faire la moisson ? Les communautés manquent d’aliments, de soins, de médicaments. Le gouvernement va jusqu’à utiliser la faim comme moyen de diviser les communautés et de réduire les résistances: ceux qui promettent d’appuyer le PRI reçoivent des aliments, les communautés zapatistes n’en reçoivent pas».

A la Fujimori ?

La CONAI, la Commission nationale de médiation présidée par Mgr Samuel Ruiz, l’évêque de San Cristobal de las Casas, n’a à aucun moment épargné ses efforts pour la poursuite du dialogue. Elle se rend compte aujourd’hui que son action doit passer du régime de l’»urgence» à celui de la «permanence», entrer dans la durée.

L’impression la plus répandue aujourd’hui est que le gouvernement va laisser passer les élections de cet été: si celles-ci lui réussissent, il en profitera pour proposer un «dialogue» dont il pourra tirer profit. Dans le cas contraire, qui sait ce qui se passera ?

Le coup de force par lequel le président péruvien Fujimori a mis fin à la prise d’otages de la MRTA dans l’ambassade du Japon de Lima a suscité au Mexique des réactions en sens divers: certains ont exprimé leur approbation et le désir que le gouvernement Zedillo en finisse de la même manière avec l’armée zapatiste de libération nationale. En période pré-électorale, cela pourrait être un coup d’éclat payant disent ses patisans.

«Le Mexique dispose d’une diplomatie dont la qualité est reconnue, note M.P. Cartuyvels. Cela n’empêche pas que, malheureusement, il a accordé son satisfecit à Fujimori.» Heureusement, conclut-elle, il y a eu un mouvement d’opinion très fort pour préférer le dialogue à ce terrorisme d’état et refuser de cautionner la politique de guerre de basse intensité au Chiapas, qui rend les indigènes victimes d’atrocités, les fait vivre dans la peur et la misère». (apic/cip/pr)

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