Comptes 1996 équilibrés mais inquiétudes pour l’avenir

Vaud: Assemblée générale de la Fédération des paroisses catholiques à Echallens

Echallens, 3 juin 1997 (APIC) La Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud tiendra son Assemblée générale ordinaire d’été jeudi 5 juin à Echallens. A l’ordre du jour essentiellement, la clôture des comptes de l’exercice 1996, qui boucent sur un résultat équilibré. Jean-Philippe Gogniat, Secrétaire général de la Fédération est cependant plus inquiet pour l’avenir.

J.-Ph. Gogniat : Les comptes 1996 sont équilibrés. Ils permettent les attributions habituelles: de ce point de vue, l’exercice est positif. Pour l’avenir, en revanche, il m’est difficile de dire aujourd’hui comment se présentera le bouclement 1997. Pour avoir reçu tout récemment le décompte de l’Etat de Vaud, je sais néanmoins que nous aurons plutôt une bonne surprise quant à la fameuse liste 2 (autres dépenses de l’Etat, cures non comprises pour l’instant) : pour toutes les autres dépenses en faveur de l’Eglise réformée, sur lesquelles nous est calculée la contribution annuelle, nous sommes légèrement en dessus du budget. Mais attention, pour la contribution sur les travaux d’entretien des cures réformées, nous nous trouvons maintenant dans une nouvelle situation, basée sur une autre méthode de calcul : les chiffres de l’année précédente débouchent sur une contribution très modeste à la Fédération de 5’000 francs, alors que l’année d’avant il s’agissait de 765’000 francs. La diminution est donc de 760’000 francs.

Dès lors, première incertitude, tout va dépendre de la politique de l’Etat en matière d’investissements. S’il investit beaucoup, pour procéder à la réfection de ses cures réformées, la contribution aux catholiques sera importante. Si, par contre, il serre le « robinet financier », comme il l’a fait l’année dernière, notre part risque de se réduire à la portion congrue.

Deuxième élément d’incertitude, les postes-prêtres. Nous avons mis au budget un chiffre relativement important, au niveau de l’occupation du contingent des prêtres. Les responsables pastoraux l’ont fixé à 133 prêtres. Or, aujourd’hui, nous en sommes à 127 unités. Autant dire qu’il ne sera pas simple de tenir cette partie du budget.

J.-Ch Zufferey: Vous n’êtes pas très rassurant. Peut-on l’être, à vrai dire?

J.-Ph. Gogniat: Je ne pense pas. L’Etat de Vaud est entré, depuis deux ou trois ans, dans une zone de très forte turbulence. Si l’on tient compte de son déficit structurel très important et d’une situation plus globale, qui ne s’améliore que très lentement, je suis sincèrement inquiet. Cette situation ne peut pas perdurer. Ce d’autant plus qu’une motion vient d’être déposée au Grand Conseil, qui demande de revoir le budget de l’Etat 1997. Du jamais vu! En clair, l’ambiance générale est très attentive à tout ce qui pourrait permettre de réaliser des économies.

Pour moi, c’est un facteur de préoccupation. Tôt ou tard, l’Eglise évangélique réformée va en faire les frais et, par contrecoup, les catholiques. Sitôt que les réformés auront terminé leurs efforts de réflexion interne, je pense que l’Etat imposera une renégociation de ses relations avec les Eglises reconnues. Et l’on s’achemine, dans le meilleur des cas, à un régime généralisé d’enveloppe budgétaire pour les cultes. Ajoutons à cela, très probablement, une enveloppe réduite par rapport à celle dont nous disposons maintenant.

Pour prendre une image, je dirais que le « bateau financier de l’Eglise catholique dans notre canton » doit être piloté avec beaucoup de doigté ».

Voyez-vous un moyen pour appréhender la suite plus positivement? « Dans notre canton, nous avons une tradition réformée avec des liens privilégiés entre l’Eglise réformée et l’Etat. Les réformés se retrouvent donc, en première position, dans sa « ligne de mire ». Nous autres, catholiques, nous ne sommes que deuxième. Il arrivera un moment où nous devrons établir notre jonction avec nos frères réformés pour présenter un front uni vis-à-vis de l’Etat.

J.-Ch. Zufferey: A ceux qui critiquent systématiquement les Assemblées générales, estimant qu’elles sont « statiques », que diriez-vous? Faites-vous vraiment au mieux pour que celles-ci soient vivantes, sans qu’elles ne deviennent le lieu d’interminables discussions?

J.-Ph. Gogniat: Je peux déjà vous annoncer que, pour rendre un peu plus vivante notre prochaine Assemblée, les décans (délégués des décanats chargé de faire le lien entre l’administratif et le pastoral ndlr ) seront appelés à y jouer un rôle plus important. Un ou plusieurs décans devraient rapporter sur des points d’intérêt général. J’ajoute qu’à l’issue de la partie statutaire, nous avons aussi le plaisir d’accueillir, à chaque fois, un intervenant de qualité. Cette fois-ci, c’est M. Joseph Boillat, Administrateur de la Collectivité ecclésiastique du canton de Jura et vice-président de la Conférence Centrale catholique Romaine de Suisse (RKZ), qui nous parlera de ses expériences sur le thème: « Co-responsabilité en Eglise: du canton du Jura à la Suisse ». (Propos recueillis par Jean-Charles Zufferey)

Pologne: Jean-Paul II plaide pour l’Europe devant sept présidents européens

Une journée placée sous le signe de saint Adalbert

Gniezno/Poznan, 3 juin 1997 (APIC) Le pape Jean Paul II a fait mardi, au quatrième jour de sa visite en Pologne, un plaidoyer pour l’Europe, en présence de sept présidents d’Etats européens. A Gniezno, berceau historique de la Pologne, Jean-Paul II s’est en effet fait l’avocat des nations européennes « de moindre puissances », afin qu’elles puissent intégrer le grand ensemble européen. Il a également plaidé pour une Europe caractérisée par une « généreuse solidarité », qui « n’abandonne aucun citoyen sur la route ».

Le pape honorait en cette journée la mémoire de saint Adalbert (956-981), dont une partie des reliques sont conservées à Gniezno, et « qui a fait entrer la Pologne dans la famille européenne ». Il a pris la parole en présence de sept présidents européens: Aleksander Kwaniewski (Pologne), Vaclav Havel (République Tchèque), Roman Herzog (Allemagne), Algirdas Brazauskas (Lituanie), Michal Kovak (Slovaquie), Arpard Goncz (Hongrie), et Kuczma (Ukraine).

Au quatrième jour de la visite, les étapes gardent un air de déjà vu: foules massées à tous les coins de rues sur le moindre trajet du pape, portraits de Jean-Paul II collés aux fenêtres, bannières blanches et jaunes flottant sur les façades des immeubles. Un pays en fête semble vivre une passionnante récréation autant qu’une intense communion avec « son » pape, qu’elle voudrait d’ailleurs garder dans chaque ville si on l’écoutait.

Le programme du pontificat d’un Slave

Le rendez-vous de mardi à Gniezno était indéniablement le sommet des onze journées de cette septième visite de Jean-Paul II dans sa patrie. La veille, à Gorzow Wielkopolski, ville des premiers martyrs polonais, à la pointe ouest de son itinéraire, il a déclaré devant 300’000 personnes: « Le cardinal Stefan Wyszynski m’a dit que je devais conduire l’Eglise jusqu’au troisième millénaire. A Gniezno, je vais particulièrement prier à cette intention sur la tombe de saint Adalbert. » Pourquoi saint Adalbert occupe-t-il une telle place dans la pensée de Jean-Paul II ? Parce qu’ »avec saint Adalbert la Pologne est entrée dans la famille des pays européens », a-t-il expliqué mardi lors de la messe qu’il a présidée sur la Place St-Adalbert à Gniezno. Son témoignage et son martyre ont permis à la nation polonaise « d’acquérir le droit de s’insérer, au même titre que les autres nations, dans le processus nouveau de formation du nouveau visage de l’Europe ».

Fait plutôt rare, le pape s’est mis en scène dans d’une large fresque historique, citant un passage de l’homélie prononcée lors de sa première visite à Gniezno en 1979, qu’il désigne aujourd’hui comme « le programme du pontificat ». Il a répété ce qu’il avait dit à l’époque: « N’est-ce-pas la volonté du Christ et celle du Saint Esprit que ce pape polonais, ce pape slave, manifeste en cet instant l’unité spirituelle de l’Europe chrétienne ? Nous savons que cette unité de l’Europe chrétienne est composée de deux grandes traditions, celle de l’Occident et celle de l’Orient.

D’autres murs

Sur des thèmes d’actualité, Jean-Paul II n’a pas caché son insatisfaction: « Nous avons constaté parfois de façon très douloureuse »: retrouver le droit à l’autodétermination et l’amplification de la liberté politique et économique ne sont pas suffisants pour la reconstruction de l’unité européenne ». Et de mentionner « la tragédie » de l’ex-Yougoslavie, « le drame » de l’Albanie, « l’énorme poids subi par toutes les sociétés qui ont retrouvé la liberté et qui se libèrent aujourd’hui de l’oppression du système totalitaire communiste ».

Le pape s’est érigé contre « un autre mur, invisible, qui continue de diviser notre continent », un mur dressé par « la peur, l’agressivité, le manque de compréhension pour les hommes d’origines différentes ou d’autres couleurs de peau, ou de diverses convictions religieuses », par « l’égoïsme politique et économique ».

Jean-Paul II voit « l’ombre de ce mur s’étendre à toute l’Europe »: « Le seuil d’une unité authentique du continent est encore loin. Il n’y aura pas d’unité européenne tant que celle-ci ne se fondera pas sur l’unité de l’esprit. […] C’est pourquoi le mur qui s’érige dans les coeurs, le mur qui divise l’Europe, ne sera abattu que par un retour à l’Evangile. Sans le Christ, il est impossible de construire une unité durable […], une maison commune pour l’Europe. […] Il nous faut reprendre avec vigueur l’oeuvre d’évangélisation entreprise par saint Adalbert. » Aux yeux du pape, cela n’est pas « s’approprier l’histoire »: « L’histoire de l’Europe est un grand fleuve, alimenté par de nombreux affluents. La variété des traditions et des cultures qui le forment sont toutes sa grande richesse. Les fondements de l’identité de l’Europe sont construits sur le christianisme.

Après la messe, le pape a rencontré les sept présidents à la résidence de l’archevêque. Une réunion « hautement significative », a-t-il affirmé, où il a présenté saint Adalbert comme « un inspirateur hors pair pour ceux qui, aujourd’hui, travaillent à la construction d’une Europe renouvelée, dans la fidélité à ses racines culturelles et religieuses ». « Puissent les Européens s’engager résolument dans une collaboration constructive, pour consolider la paix entre eux et autour d’eux », a-t-il lancé devant ses hôtes, leur demandant de n’exclure « aucune nation, même de moindre puissance, des ensembles qui sont en train de se constituer ».

Aux jeunes: un héritage à ne pas galvauder

Dans l’après-midi de mardi, le pape s’est rendu à Poznan, cinquième ville de Pologne et centre industriel et universitaire important. Il avait rendez-vous avec les jeunes sur la place Adam Mickiewicz, où il n’avait pas été autorisé à se rendre en 1983. Cette place a abrité un monument consacré au Coeur de Jésus qui a été détruit par les communistes après la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, deux croix monumentales en granit commémorent les victimes d’un massacre perpétré en 1956 par l’armée lors d’une protestation populaire.

Le pape a rendu hommage « aux travailleurs qui, ce jour-à, ont donné leur vie pour défendre la vérité, la justice et l’indépendance de la patrie ». Il a rappelé aux jeunes que « la génération de la seconde guerre mondiale a été immolée, d’une certaine manière, sur le grand autel de la lutte pour maintenir et assurer la liberté de la patrie ». Il leur a demandé d’être fidèles à cet héritage: « L’homme doit entrer dans ce monde, s’y immerger d’une certaine manière », a-t-il dit, mais sans se laisser enfermer dans l’horizon matériel. (apic/imed/pr)

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