«Quand je parle, je cherche la communication», affirme le pape

Dans l’avion qui le ramenait de Lisbonne à Rome, après cinq jours de voyage dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse, le 6 août 2023, le pape François a répondu aux questions des journalistes présents à bord sur sa santé, sur les abus sexuels dans l’Église portugaise ou encore sur son prochain voyage à Marseille.

Sur sa santé et sa forme après les JMJ

«Ma santé va bien», a affirmé le pape de 86 ans, qui avait promis lors du voyage aller qu’il rentrerait «rajeuni» de cette rencontre avec les jeunes. «On m’a enlevé les points [de suture, ndlr]», a-t-il expliqué, deux mois après son opération pour une hernie abdominale, le 7 juin dernier.

Le pape a précisé qu’il devait porter une ceinture «pendant deux ou trois mois» pour éviter les déchirements des suites de l’opération. «Mais je suis bien», a-t-il assuré.

«[Il faut] un discours clair avec une image, une idée, une affection»

Alors qu’il s’est excusé de ne pouvoir lire un discours le 3 août, au deuxième jour de son voyage, le pape a expliqué qu’il avait été gêné par la lumière de projecteurs ce jour-là, qui l’empêchait de lire, dans le centre paroissial de Serafina.

Par la suite, le pape a souvent improvisé et raccourci ses textes préparés à l’avance. Un choix qui a soulevé des questions sur sa capacité à bien voir. «Quand je parle je cherche la communication», a-t-il confié. Et auprès des jeunes, a-t-il ajouté, il a préféré donner «l’essentiel du message» que les «longs discours».

Le pape a répondu aux questions des journalistes durant 25 minutes | © Vatican News

«Les jeunes n’ont pas beaucoup de temps d’attention», a glissé le pape qui a plaidé pour «un discours clair avec une image, une idée, une affection». Il a une nouvelle fois fustigé les homélies qui parfois sont, selon lui, «une torture» en raison de leur longueur.

Sur les abus dans l’Église au Portugal

Le pape a aussi répondu à une question sur les éventuels manquements des évêques portugais dans la lutte contre les abus, alors qu’un rapport en janvier dernier estimait à 4’815 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles au sein de l’Église entre 1950 et 2022. Le pape a défendu le travail de vérité entrepris par l’Église portugaise, estimant qu’il se faisait «avec sérieux».

Il a évoqué sa rencontre avec des victimes d’abus sexuels, dès le premier soir de son voyage au Portugal, le 2 août. «Parler avec des victimes d’abus est une expérience très douloureuse que pourtant j’apprécie […] parce que cela m’aide à porter ce drame.»

Le pontife a admis que la situation «est très grave» et que l’Église devait «assumer la responsabilité de cette irresponsabilité». Condamnant les abus comme «une peste, une terrible peste», il a redit la ligne de conduite de l’Église: la tolérance zéro.

Sur son prochain voyage à Marseille

Le pape François a aussi évoqué son prochain voyage à Marseille, les 22 et 23 septembre, pour les Rencontres méditerranéennes, présentant son voyage comme un déplacement pour la Méditerranée. «Je suis allé à Strasbourg, j’irai à Marseille, mais la France non», a affirmé une nouvelle fois le pape, se défendant cependant d’avoir quelque chose contre la France. «Je visite les petits pays européens, mais les grands pays, Espagne, France, Angleterre, je les laisse pour plus tard».

Il a confié que le «problème» qui le préoccupait était celui des migrants de la Méditerranée et que son voyage était consacré à ce thème. Condamnant l’exploitation «criminelle» des migrants dans certains camps, il a une nouvelle fois cité le livre Hermanito d’un migrant «capturé, torturé, rendu esclave» alors qu’il voulait se rendre de la Guinée à l’Espagne.

«Je suis allé à Strasbourg, j’irai à Marseille, mais la France non»

«La Méditerranée est un cimetière, mais ce n’est pas le plus grand, le plus grand est en Afrique du Nord», a affirmé le pape. Il s’est particulièrement inquiété des migrants bloqués dans le désert entre Libye et Tunisie. La rencontre des évêques de la région méditerranéenne, a-t-il souligné, doit donc permettre de «réfléchir sérieusement» à ce drame.

Sur Fatima et la paix en Ukraine

Interrogé sur son silence au sanctuaire marial de Fatima, où il s’est rendu le 5 août, le pontife a affirmé: «J’ai prié la Vierge, j’ai prié pour la paix, je n’ai pas fait de publicité mais j’ai prié». Faisant référence à l’histoire du sanctuaire portugais et à l’invitation de la Vierge Marie pendant la Première Guerre mondiale, il a souligné que cette prière pour la paix devait se faire continuellement.

Le pape a prié «avec douleur pour la paix», a indiqué le bureau de presse du Saint-Siège | © Flickr/Santuário de Fátima/JMJ 2023CC BY-NC-SA 2.0

Cette visite du pape au sanctuaire marial avait été présentée comme une démarche pour la paix, notamment en Ukraine, mais sur place, le pape n’en a pas fait mention directement, faisant en revanche une prière silencieuse dans la chapelle des apparitions. Le pape a prié «avec douleur pour la paix», avait indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège.

Sur l’ouverture de l’Église aux personnes homosexuelles

Interrogé par une journaliste allemande sur l’ouverture de l’Église aux personnes homosexuelles ou aux femmes, le pape a répondu que la question ne se réduisait pas aux homosexuels et que l’Église devait être ouverte à tous, à ceux «malades et en bonne santé, aux jeunes et aux vieux, aux laids et aux beaux, aux bons et aux méchants». Il a souligné la dimension maternelle et ministérielle de l’Église, qui consiste à faire «aller de l’avant le troupeau» en accompagnant «pas à pas les personnes», et chacun «selon son propre chemin».

«[L’Église doit être ouverte à ceux] malades et en bonne santé, aux jeunes et aux vieux, aux laids et aux beaux, aux bons et aux méchants»

François a cependant mis en garde sur la distinction entre cette ouverture et sur les «législations qui régulent la vie dans l’Église», et par exemple le fait que certaines personnes ne peuvent pas donner les sacrements. «Cela ne veut pas dire qu’elle [l’Église, ndlr] soit fermée», a affirmé le pontife. 

Le pape a mis en garde contre les «réductions», une attitude qui n’est selon lui «pas ecclésiale» et s’apparente à une «hérésie gnostique». Il a déploré cette tendance «aujourd’hui un peu à la mode» qui réduit la dimension ecclésiale à des «idées». «Cela n’aide pas», a-t-il regretté. (cath.ch/imedia/hl/ak/bh)

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