Avec 700 délégués officiels, 10’000 participants et quelque 500 journalistes accrédités, le 2e Rassemblement oecuménique européen qui se tient à Graz en Autriche, du 23 au 29 juin, sera sans doute un événement ecclésial majeur de la fin du siècle. Son but
Le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE) et la Conférence des Eglise européennes (KEK) qui regroupe 122 dénominations protestantes anglicanes et orthodoxes, ont osé lancer ce défi face aux changements religieux, politiques, économiques et sociaux que connaît l’Europe depuis une dizaine d’années. La réponse des Eglises à ces bouleversements pourrait bien être décisive. Les Eglises seront-elles capables d’avoir une parole qui résonne dans l’ensemble du monde contemporain ?
Faire naître la nostalgie de l’unité
« Pour motiver les gens à construire un bateau, il faut faire naître en eux la nostalgie de la mer », disait Saint-Exupéry. Le 2e Rassemblement oecuménique européen de Graz doit faire naître chez les chrétiens la nostalgie de l’unité, commente le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques suisses et délégué à Graz.
Depuis le premier rassemblement de Bâle en 1989 sur le thème « Justice, paix, sauvegarde de la création », le mur de Berlin est tombé et le centre de gravité de l’Europe s’est déplacé vers l’Est. C’est un grand pas qui ouvre sur une grande aventure. Car l’Est n’a certainement pas l’intention de se taire. A Graz, les Eglises de l’Est réduites au silence pendant des décennies, auront pour la première fois l’occasion de se rencontrer à ce niveau. Pour elles, ce sera une démarche décisive qui leur servira ensuite sans doute de référence, souligne le Père Trauffer.
Mettre ensemble les 34 Conférences épiscopales européennes et les 122 Eglises membres de la KEK représente un réel défi. Les Eglises chrétiennes en Europe ont le courage de poser cet acte à la veille du troisième millénaire, malgré les tensions évidentes qui existent entre elles. A Bâle, la « maison Europe » avait beaucoup de portes fermées, à Graz elles seront toutes ouvertes les attentes des croyants sont grandes. Graz est. non pas un but en soi, mais un point de départ pour de nouvelles relations entre Eglises, mais aussi entre les peuples et les Etats, commente Roland-B. Trauffer
« La réconciliation don de Dieu, source de vie nouvelle »
Le choix du thème « Réconciliation, don de Dieu, source de vie nouvelle » n’est pas celui de la facilité, tant les conflits ont profondément marqué toute l’histoire européenne de ce siècle. Pour travailler le processus de réconciliation, il faut un certain équilibre des pouvoirs et une analyse partagée des origines du conflit, relève le Père Trauffer. Il s’agit d’un problème de relation, d’alliance. Le peuple croyant doit se distinguer par un engagement concret, au-delà des théories, des prières et des aumônes.
La réconciliation est un thème « dangereux » sur lequel tout chrétien ne peut être que d’accord, souligne André Gachet, ancien animateur missionnaire et observateur international lors de divers conflits. Il met en garde contre les tentations d’angélisme. La réconciliation est certes un don de Dieu, mais ce don est confié aux hommes.
Pour tenter de répondre à ces questions, le programme de Graz a été divisé en six sous-thèmes que les délégués travailleront en une trentaine de groupes de travail. La recherche de l’unité visible entre les Eglises a été retenue comme le premier sous-thème. Les délégués s’attacheront surtout à reconnaître le rôle de l’histoire dans le processus de réconciliation. En abordant le dialogue avec les autres religions et les cultures, les participants au deuxième sous-thème chercheront à découvrir des valeurs d’avenir pour le monde.
Le sous-thème 3 se rattache plus directement à la démarche de Bâle puisqu’il traite de l’engagement pour la justice sociale pour vaincre la pauvreté, l’exclusion et d’autres formes de discrimination.
La promotion de méthodes non violentes de résolution des conflits et la réconciliation entre les peuples occuperont les participants qui se pencheront sur le quatrième sous-thème.
La responsabilité écologique face aux générations futures, qui constitue le cinquième sous-thème, renoue aussi avec le Rassemblement de Bâle de 1989, où le terme sauvegarde de la création avait été développé. Enfin le sixième sous-thème aborde la question du partage équitable avec les autres régions du monde.
Une série de forums sur la femme en Eglise, Juifs et chrétiens, et Mission et évangélisation compléteront la réflexion, explique Georg Schubert, coordinateur de la délégation suisse.
Un déficit dans l’ouverture Nord-Sud ?
Une réflexion que Benezet Bujot, professeur zaïrois de l’Université de Fribourg et membre de la délégation suisse, aurait voulue plus ouverte sur la dimension Nord-Sud. « Les chrétiens doivent aller au-delà de l’européo-centrisme. La réconciliation doit être totale ou elle ne l’est pas. Par exemple pour nous Africains, l’Holocauste, aussi terrible qu’il ait pu être, n’est qu’une partie de la réalité. Il est légitime que l’Europe parle d’elle-même, mais quand on parle d’économie ou d’écologie, on ne peut pas se limiter à l’Europe. Le soutien des Européens à des gens comme Mobutu parle aujourd’hui de lui-même. «
Le Rassemblement de Graz a heureusement laissé une large place à la prière : une demi-heure le matin, à midi et le soir, sans compter les cultes d’ouverture et de clôture, souligne Georg Schubert. La prière est importante pour que tous les participants puissent vivre quelque chose qui les unit vraiment.
10’000 participants de la base
Graz, c’est aussi la participation de dizaines de mouvements et groupements les plus divers qui participeront à l’agora, aux ateliers et carrefours, à la maison de paix, à la maison du monde ou encore à la maison de l’hospitalité. Quelque 10’000 personnes, dont la moitié issue des pays de l’Est, y sont attendues.
Ainsi, en plus des 19 délégués officiels des Eglises, quelque 370 personnes feront le déplacement de Suisse. Le pasteur Jean-Baptiste Lipp, de Fribourg, est l’une d’elles. Il y participera par exemple dans le cadre d’un groupe international de foyers mixtes. La découverte de la résurrection des Eglises de l’Est est sa motivation principale. Les Eglises doivent apprendre à développer de nouveaux modes de résolution des conflits, estime-t-il.
Quel impact ?
Mesurer l’impact d’un grand rassemblement reste une chose difficile. Mais il est faux de croire ou de dire que le premier Rassemblement de Bâle en 1989 n’a eu aucune suite. Pour l’Eglise catholique les documents de Bâle servent de référence lors de prises de positions sur des sujets comme l’asile, l’écologie, le commerce équitable, rappelle le secrétaire de la Conférence des évêques suisses. Le thème Justice Paix et Sauvegarde de la création a été repris lors de trois campagnes oecuméniques de Carême successives.
Pour Martin Bernet, secrétaire général de Pax Christi et membre de la délégation suisse, faire passer à la base dans les paroisses les enjeux et les résultats du rassemblement de Graz reste un défi difficile à maîtriser. L’écho est resté assez tiède, constate-t-il. Les gens ne se rendent pas tellement compte de ce que représente un tel événement.
A Graz, il n’y aura d’ailleurs pas de vote sur des engagements des Eglises, mais seulement des propositions et des recommandations. C’est peut-être une vision plus réaliste qu’à Bâle, mais le sens des responsabilités et la vision prophétique risquent d’être un peu occultés, relève Martin Bernet.
La démarche oecuménique est aujourd’hui plus difficile, reconnaît le Père Trauffer. Mais il faut savoir accepter des rythmes de dialogue différents sans soupçonner l’autre de vouloir freiner le débat. De fait, personne aujourd’hui ne veut quitter le bateau. Graz pourra sans doute donner un nouvel élan et offrir de nouvelles pistes. Par exemple en vue de la participation des Eglises à l’Expo nationale 2001.
Après le pas de « l’agir ensemble », il faut aller plus loin et aborder les questions fondamentales de la foi. Pour le Père Trauffer, le document de travail est lacunaire sous cet aspect. Les bases anthropologiques et la défense de la vie n’y sont par exemple pas abordés.
Au-delà des questions et des interrogations le rassemblement de Graz restera sans doute un moment historique pour la vie des Eglises chrétiennes en Europe. Il faut donc y aller avec joie et le vivre avec enthousiasme, pour pouvoir le partager au retour conclut André Gachet. (apic/mp)
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