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Genève: 30 ans après, la théologie de la libération provoque encore des controverses

Les propos du cardinal Ratzinger sur le COE ont choqué

Genève, 13 juin 1997 (APIC) Les sévères critiques visant le Conseil oecuménique des Eglises (COE) émises le 9 juin dernier par le cardinal Joseph Ratzinger ne sont pas passées inaperçues. Le préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi avait affirmé, sans donner plus de précisions, que dans le passé l’aide apportée par le COE aux mouvements de subversion avait été « très dommageable pour les voies de l’Evangile en Amérique latine ». Un responsable du COE, Dwain Epps, a tenu à remettre l’église au milieu du village et justifier le soutien apporté ces dernières décennies aux tenants de la théologie de la libération.

Dans une interview accordée à l’agence de presse œcuménique ENI à Genève, Dwain Epps, chargé des affaires internationales auprès de l’Unité « Justice, paix et création » du COE, explique que la théologie de la libération est née du dialogue entre catholiques romains et protestants, et que la hiérarchie catholique avait elle-même joué un rôle-clé dans la formulation de cette nouvelle théologie.

La théologie de la libération, qui s’est développée en Amérique latine à la fin des années 60, a provoqué de vives controverses au sein de l’Eglise catholique romaine, surtout en raison de son contenu politique, de sa forte opposition à l’oppression de l’Etat et de l’économie, et du fait que de nombreux théologiens de la libération tiraient leur inspiration du marxisme et d’autres philosophies non chrétiennes, note ENI. En 1984, la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, dirigée par le cardinal Ratzinger, avait d’ailleurs vivement critiqué l’analyse marxiste faite par les théologiens de la libération.

Aux côtés des pauvres et des opprimés durant les sombres années de la dictature

Par ailleurs, poursuit Dwain Epps, le COE n’a jamais accordé son soutien aux mouvements engagés dans la lutte armée en Amérique latine. Et de défendre vigoureusement l’action du COE aux côtés des pauvres et des opprimés durant ce qu’il a décrit comme étant l’une des périodes « les plus sombres » de l’histoire de l’Amérique latine.

Sous les régimes militaires et dictatoriaux qui ont ensanglanté l’Amérique latine durant plusieurs décennies, des dizaines de milliers de personnes qualifiées de « subversifs » – dont de nombreux catéchistes, prêtres, religieux, religieuses, et même plusieurs évêques! – ont été assassinés, torturés ou sont sur la liste des « disparus ». Cette campagne d’élimination physique des membres de l’opposition ou des « suspects » a été menée justement sous prétexte d’ »éradiquer la subversion », au nom de l’idéologie de la « sécurité nationale ».

Le cardinal Ratzinger avait, lors du lancement d’un livre le 9 juin, lâché devant les journalistes qu’un grand nombre d’évêques de l’Amérique latine avaient déploré le soutien du COE aux mouvements de subversion, aide peut-être apportée avec de bonnes intentions, mais « très dommageable pour les voies de l’Evangile ». Ces remarques avaient aussitôt été reprises dans les médias d’Amérique latine, d’Afrique et d’Europe.

Dwain Epps a précisé à l’ENI que le COE n’avait pas pris de position officielle concernant les commentaires du cardinal, qui avaient été apparemment faits spontanément en réponse la question d’un journaliste, et qu’il était juste de retracer l’historique et d’expliquer les origines de la théologie de la libération. « Il est vrai que le COE s’est engagé en soutenant, et ceci depuis la fondation du COE, les nouvelles méthodes de pensée théologique en Amérique latine et en d’autres régions du monde. Il a appuyé le mouvement ’Eglise et société’ en Amérique latine qui, dans les années 60, a ouvert un espace pour le dialogue oecuménique. » Ce processus a été formalisé sous forme écrite comme « théologie de la libération », explique Dwain Epps.

Au début, la théologie de la libération était une initiative oecuménique

« A ses débuts, la théologie de la libération était une initiative oecuménique entre catholiques romains et protestants », poursuit-il. Et comme l’Amérique latine était majoritairement catholique, il n’est « pas surprenant qu’elle ait été principalement identifiée avec le catholicisme romain ». Pour Dwain Epps, les théologiens catholiques de la libération ont formulé leurs idées dans le cadre de la « structure catholique romaine » et répondu à la vision du Concile Vatican II. Cette forme de théologie a été élaborée même par les évêques catholiques d’Amérique latine réunis à Medellin, en Colombie, en 1968, à la demande du pape Paul VI.

« Ils répondaient en particulier aux affirmations du pape et du Concile Vatican II sur les problèmes auxquels se trouvaient confrontés les pauvres de ce monde », poursuit Dwain Epps. « Ceci correspondait à une position oecuménique de longue date et il n’était pas surprenant de trouver le Conseil oecuménique des Eglises aux côtés d’évêques et théologiens catholiques romains connus. »

Les théologiens de la libération n’étaient pas des guérilleros

Concernant la critique formulée par le cardinal Ratzinger – à savoir que le COE avait financé « des mouvements de subversion en Amérique latine » – Dwain Epps fait observer qu’ »il est vrai que les dictatures en Amérique latine et ceux qui leur étaient alliés, y compris certains éléments de l’Eglise, considéraient la théologie de la libération comme subversive ».

Mais, a-t-il ajouté, « peu de théologiens de la libération, et peut-être même aucun, ont été engagés dans des mouvements rebelles armés ». Le COE n’a pas apporté de soutien financier à de tels mouvements en Amérique latine. « Ceci est différent du soutien apporté par le Programme de lutte contre le racisme du COE en Afrique du Sud où le COE a soutenu certains côtés humanitaires de l’action de mouvements révolutionnaires armés. » (apic/eni/be)

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