Amérique latine: Les accusations du cardinal Ratzinger provoquent l’indignation
Buenos Aires, 13 juin 1997 (APIC) Les récentes considérations du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, sur le Conseil oecuménique des Eglises (COE) continuent de susciter l’indignation dans divers milieux d’Eglise en Amérique latine. Lundi, le prélat allemand a affirmé que le COE avait apporté son soutien aux mouvements subversifs en Amérique latine dans les années 60 et 70, aide «très dommageable pour les voies de l’Evangile en Amérique latine».
Pour l’évêque Aldo Etchegoyen, de l’Eglise méthodiste évangélique d’Argentine, l’accusation du cardinal est «injuste et irresponsable». Dans une lettre adressée cette semaine au secrétaire général du COE, le pasteur Konrad Raiser, l’évêque Etchegoyen, rappelant que durant les années 60 et 70, de nombreux pays d’Amérique latine étaient sous le joug de dictatures militaires, exprime sa «gratitude et sa reconnaissance pour le soutien et la solidarité pastorale» apportés par le COE durant cette période.
«Déclarations nuisibles aux relations œcuméniques «
Le COE a, précise-t-il, «développé un ministère pour la vie et la défense des droits de la personne en ces temps difficiles où les coups d’Etat militaires étaient suivis par la répression dans nos pays». Dire que «ceux qui ont défendu la vie dans notre continent sont subversifs» n’est pas une accusation nouvelle, fait remarquer l’évêque Etchegoyen. «Qu’un prélat de l’Eglise catholique la répète est très préoccupant, non seulement parce qu’elle est injuste, mais aussi parce qu’elle nuit aux relations oecuméniques.»
L’évêque Glauco Soares de Lima, chef de l’Eglise anglicane épiscopale du Brésil, estime, quant à lui, que l’accusation du cardinal Ratzinger est «absurde». Le primat, qui est aussi président du Conseil des Eglises chrétiennes du Brésil (CONIC), a ajouté que les commentaires du cardinal étaient «très négatifs, aussi pour l’Eglise catholique», rapporte l’agence œcuménique ENI, qui a rassemblé un certain nombre de réactions aux propos du cardinal Ratzinger.
Walter Altmann, théologien luthérien brésilien et président du Conseil des Eglises d’Amérique latine (CLAI), qui rassemble les grandes Eglises protestantes et certaines Eglises évangéliques, qualifie l’accusation de «lamentable». Faisant observer que le COE «avait seulement soutenu les mouvements sociaux», Walter Altmann insiste sur l’aide que le COE avait apportée dans le cadre de la défense des droits de la personne en Amérique latine durant cette période.
Il rappelle aussi l’appui donné par le COE à Paulo Freire, un des pionniers de la lutte contre l’analphabétisme, décédé au début mai de cette année. «Paulo Freire a bénéficié du soutien du COE; alors qu’il était en exil, durant le régime militaire au Brésil, il a pu travailler au siège du COE (à Genève).»
«Le COE a toujours oeuvré pour la paix», ajoute Walter Altmann. «Par exemple … au Salvador et au Guatemala, pour soutenir les négociations de paix. Vous ne pouvez parler d’artisans de la paix et de médiateurs comme s’ils finançaient des guérillas.» (apic/eni/be)
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